
Le jury du Prix du Cafard cosmique 2009 s’est réuni samedi 2 mai. En compétition, les 5 finalistes pour lesquels vous avez votés par centaines, par mail. Après délibérations, le Prix du Cafard cosmique 2009 pour la meilleure oeuvre de SF&F a été décerné à Les murailles de Jéricho de Edward Whittemore aux Editions Robert Laffont / Ailleurs & Demain.
Vers 15h., le 2 mai, une quinzaine de rédacteurs du Cafard cosmique s’est réunie dans un bistrot parisien. Ceux qui étaient venus pour en découdre et défendre mordicus des choix littéraires indéfendables en furent pour leur frais : très rapidement, une sorte d’accord étonné et béat se dégagea spontanément en faveur du roman de Edward Whittemore.
Point ne fut besoin, contrairement à l’habitude, de longs débats, d’assauts de mauvaises fois et de surenchères de dessous de table : tous étaient du même avis, et pas mécontent de l’être, à propos de cet épatant OLNI, Les murailles de Jéricho.
Il fut donc décidé de ne pas sortir les glaives, de laisser les massues aux vestiaires et les sarbacanes dans leurs étuis, de remettre à plus tard les effusions de sang : le Prix du Cafard cosmique 2009 restera comme le plus unanimiste des Prix du Cafard cosmique jamais remis.
Mais était-ce réellement étonnant ?
L’an dernier, il faut s’en souvenir, le précédent volume du Quatuor de Jérusalem, le cycle de Whittemore, figurait déjà parmi les finalistes. Il ne dut qu’à un cheveu de se voir ravir le trophée au profit de Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski.
Bien que chacun des volumes de ce cycle puisse se lire indépendamment des autres, c’est donc aussi à l’ensemble de cette œuvre incroyable, baroque, érudite et stylée que le Prix est cette année remis.
Dans sa préface, Gérard Klein n’écrit-il pas que Le Quatuor de Jérusalem fait partie de ces œuvres, rares, "trop incroyables pour se réclamer du réalisme et trop logiques pour procéder de l’onirique ou du fantastique", et de citer La Tempête de Shakeapeare, Fictions de Borges, le V de Thomas Pynchon, l’Ada de Nabokov, Le Pendule de Foucault de Umberto Eco ou le Cryptonomicon de Neal Stephenson... ?

Les murailles de Jéricho raconte la vie de Yossi, soldat israélien recruté par le Mossad pour s’infiltrer en Syrie, point de départ de l’opération Coureur, la plus incroyable histoire d’espion jamais couchée sur le papier.
Un roman d’espionnage délirant, écrit d’une plume magnifique.
Le roman peut, comme on l’a dit, se lire de façon indépendante, mais nous ne saurions trop recommander aux habitués du Cafard cosmique, la lecture de l’ensemble des quatre romans du cycle, qui constituent une tétralogie hallucinée, pleine d’humour et de verve, d’Histoire et de fantasmes, bref un grand moment de littérature transfictionnelle, comme on les aime.
A LIRE : La critique de Les murailles de Jéricho de Edward Whittemore
Rappelons que les 5 finalistes étaient :
Pour info, les œuvres arrivées juste après les 5 finalistes dans le classement des internautes étaient, dans l’ordre :
Merci à tous les votants !
UN PRIX OUVERT A TOUTES LES ŒUVRES DE SF
Le Prix du Cafard cosmique récompense chaque année la meilleure oeuvre de Science et Trans / Fiction, roman ou recueil de nouvelles, française ou étrangère, parue pour la première fois en France l’année concernée.
ETAPE 1 : LE VOTE DES INTERNAUTES
Le vote par mail des internautes, pendant une période de 1 mois, permet d’établir la liste de 5 oeuvres en compétition. Attention : un seul vote admis par votant et par adresse IP, c-a-d par ordinateur.
ETAPE 2 : LE VOTE DU JURY
En mai, un collège restreint de rédacteurs du Cafard cosmique se réunit dans un endroit extrêmement secret pour débattre avant de choisir l’oeuvre qui remporte le Prix.
CONDITIONS POUR FAIRE PARTIE DU COLLEGE RESTREINT :
Prix du Cafard cosmique 2008 :
Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski
[Editions Les Moutons Electriques]
En sept histoires, le portrait de sept personnages qui n’ont en commun que de vivre dans ce Vieux Royaume en voie d’effondrement. Un chevalier incorruptible, une paysanne, un barbare tourmenté, un scribouillard malchanceux, un assassin, un prêtre ayant fait voeu d’Obscurité, un roi tout puissant rongé par les cauchemars... petits ou grands, leur vie se précipite, et la destinée les frappe.
Habile à jouer de la psychologie et des sentiments, Jaworski sait aussi comme personne décrire les faits d’armes : où donc a-t-il été chercher cette façon de décrire les sièges de villes fortes, les assauts et les joutes, les affrontements chevaleresques et les corps à corps boueux ?
Superbe et même envoûtant.
> A LIRE : La critique de Janua Vera
Prix du Cafard cosmique 2007 :
La cité des saints et des fous de Jeff Vandermeer
[Editions Calmann-Levy / Interstices]
La cité d’Ambregris est ailleurs, un ailleurs bien réel dont La Cité des Saints et des Fous est à la fois le guide de voyage, le précis d’histoire, le dépliant touristique, et le recueil de légendes. Ambregris contient la poésie et l’horreur, des monstres et des calmars géants, des complots artistico-politiques, des conflits religieux. Ambregris se contient elle-même, et contient aussi son auteur et ses lecteurs.
Comment Jeff Vandermeer a-t-il réussi à pondre un truc pareil sans jamais lasser son public ? Comment réussi-t-il à rendre digeste et passionnant un machin indescriptible et effrayant ?
> A LIRE : La critique de Janua Vera
Prix du Cafard cosmique 2006 :
Le chevalier de Gene Wolfe
[Editions Calmann-Levy / Fantasy]
Un adolescent américain se retrouve, sans explication, dans un monde médiéval peuplé d’elfes et de géants. De rencontres en mésaventures, il se fixe rapidement l’objectif de devenir chevalier. Mais rien n’est simple dans son nouvel univers...
En choisissant comme personnage un adolescent de notre époque, Gene Wolfe s’interroge sur la portée universelle de la fascination exercée par l’archétype du héros. Le chevalier s’inscrit donc comme une synthèse entre les mythes d’autrefois et les rêves d’aujourd’hui [le terme « able », en anglais « capable », renvoyant à l’apprentissage du héros mais aussi au domaine des songes où on peut tout faire], prouvant ainsi, s’il en était besoin, de l’intemporalité de ces mythes. C’est là l’une des nombreuses réussites de ce roman prenant et terriblement attachant.
> A LIRE : La critique de Le chevalier
Prix du Cafard cosmique 2005 :
L’Ombre du Schrander de M. John Harrison
[Fleuve noir / Rendez-vous ailleurs]
Des personnages remarquables de crédibilité, attachants, déchirés, angoissés, paniqués, auxquels on s’identifie avec une facilité déconcertante, une narration parfaitement maîtrisée, un style inimitable, Light laisse pantois une fois la dernière page tournée. De par sa très haute tenue littéraire, sa fluidité, la profondeur du propos et l’évidente vigueur de la prose, ce roman est appelé à faire date.
> A LIRE : La critique de L’Ombre du Schrander
Prix du Cafard cosmique 2004 :
Le système Valentine de John Varley
[Denoël / Lunes d’encre]
Sparky Valentine n’est pas un acteur comme les autres. Il n’y a que lui pour changer de visages plusieurs fois par jour, connaître par coeur les plus grands rôles de Shakespeare, masculins ET féminins, dialoguer avec son chien-robotique, et voyager dans les soutes cryogénisées des cargos spatiaux.
Et si son passé de star du petit écran le poursuit, il ne se doute pas que son voyage vers Luna, avec les impitoyables tueurs de la mafia charonaise à ses trousses, le mène droit vers la plus grande énigme qu’il ait eu a affronter : son père.
Un humour dévastateur, une utilisation brillamment érudite et sacrilège des textes shakespeariens, une imagination débordante et aucun tabou : Le système Valentine est sans doute le meilleur roman de John Varley. Il positionne de fait son auteur aux côtés des plus grands !
> A LIRE : La critique de Le système Valentine
Prix du Cafard cosmique 2003 :
Le sens du vent de Iain M. Banks
[Robert Laffont / Ailleurs & Demain]
La planète Chel constituait une civilisation stable, malgrè un régime de castes particulièrement rigide. "Modifié" par la Culture, le système politique chelgrien est subitement devenu égalitaire, sans la moindre transition. Porté au pouvoir par la section contact, le gouvernement n’a pas su gérer cette nouvelle donne. La guerre civile qui s’en suivit fut une des plus sanglantes de l’Histoire...
Sans doute l’opus le plus réussi du cycle de la Culture de Iain M. Banks. Si le fracas meurtrier des guerres est inscrit en toile de fond, cette présence sourde, massive et impitoyable donne toute son amplitude au récit intimiste. La description de ces êtres perdus à tout jamais, cherchant la mort parce que la guerre leur a tout pris, est d’une sincérité et d’une sobriété bouleversante.
> A LIRE : La critique de Le sens du vent
Mr.C