Même après s’être fait virer de la Nasa, Reid Malenfant n’a jamais cessé de penser aux étoiles. Mais parce qu’il a bien compris que ses contemporains ne regardent jamais au-delà du temps qui leur est échu, il a habillé ses rêves d’enfant de considérations économiques à court terme. Et parce qu’il sait que les programmes spatiaux ne sont plus que de poussives reliques embourbées dans les marécages financiers et les méandres politiques internationaux, il a monté de toutes pièces, et dans le plus grand secret, son propre programme spatial privé.
Objectif : ouvrir la voie à l’exploitation des ressources minières des astéroïdes...
A ce stade, on se demande si
BAXTER n’est pas en train de nous proposer une nouvelle version de « Voyage » ou de
« Titan »... Mais très vite, l’intrigue prend de l’ampleur. Et ce n’est rien de le dire.
Il y a celui par qui tout arrive, Cornélius Taine. Représentant d’une organisation aux allures quasi mystiques, il cherche à s’associer avec Malenfant pour sauver l’humanité de la « catastrophe de Carter » : un truc à base de probabilités qui laisse à penser que l’humanité est condamnée à périr d’ici 200 ans. Malgré cette échéance, Taine a la curieuse manie d’attendre un message qui nous serait envoyé... du futur.
Il y a le monde qui se réveille un beau matin avec l’annonce de sa fin prochaine, et qui perd les pédales.
Il y a ces enfants surdoués que l’on découvre un peu partout sur la planète, qui feraient passer Einstein, Turing et Hawking pour des simples d’esprit, que les gouvernements s’empressent d’interner dans des "écoles" adaptées...
Il y a l’ombre de "2001" version KUBRICK, et celle de la Singularité qui n’est peut-être pas là où tout le monde semble l’attendre.
Il y a l’entropie.
Et, bien sûr, il y a les calmars...
BAXTER, vulgarisateur scientifique rigoureux et efficace, va vite et loin. Il a le goût de la démesure : démesure de l’intrigue, du cadre, des idées... Les perspectives qu’il ouvre s’élargissent sans cesse sur une fascinante immensité, à un rythme tel qu’on se demande vers la moitié du bouquin comment il pourrait aller plus loin, si tout ça ne va pas finir par retomber comme un soufflé. Mais le pari est gagné.
Stephen BAXTER pratique la science-fiction avec un art consommé du « vertige logique » cher à
Serge LEHMAN. Avec classe.
Alors bien sûr, on se prend à chercher des défauts. On regrette le manque d’épaisseur de quelques personnages, l’aspect parfois décousu de la narration. Que la réflexion sur la déliquescence des sociétés confrontées à l’annonce de la fin de l’humanité ne soit pas un peu plus poussée, que certaines questions éthiques ne soient qu’abordées...
Mais au regard de la vision cosmologique et métaphysique qui est au cœur de ce roman, était-il vraiment nécessaire de s’appesantir sur ces petits détails bassement humains ?

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On savait déjà BAXTER doué. Ce premier tome des « Univers multiples » fait plus que le confirmer : le voilà incontournable. On attend avec impatience « Space » et « Origin » pour enfin savoir jusqu’où il va nous emmener...
« La lune, Malenfant. Regardez la lune. Ça commence... »
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