Publié le 02/12/2007

« Espace : Les Univers Multiples T.2 » de Stephen BAXTER

[« Manifold : Space », 2001]

ED. FLEUVE NOIR / RVA, NOVEMBRE 2007

Par Nolive

Avec Temps, Stephen BAXTER nous avait donné à explorer un monde dans lequel la Terre était le seul berceau de vie, et s’interrogeait sur la raison d’être de l’humanité dans un tel univers. Changement de tome, changement d’univers : Espace n’est pas une suite, mais plutôt une autre version du même livre, dans un contexte radicalement différent...


Mais où sont-ils donc ?

Il est probable que les conditions nécessaires à l’apparition de la vie aient été réunies à plusieurs reprises en en plusieurs endroits de l’univers ; étant donné la relative jeunesse de notre système solaire, pour peu qu’une seule espèce intelligente apparue peu après la naissance de notre galaxie soit parvenue à maîtriser le voyage spatial, elle devrait avoir à l’heure actuelle colonisé la totalité de la galaxie... Mais dans ce cas, pourquoi ne sont-ils pas là ?

Alors que Temps explorait les conséquences de la première réponse possible à ce qu’il est convenu d’appeler le paradoxe de Fermi [les extra-terrestres n’existent pas], Espace se déroule dans un univers qui apparait rapidement surpeuplé...

2020. Reid Malenfant, qui est cette fois-ci un ex-astronaute militant pour l’exploration du système solaire et l’initiation d’une vague de colonisation de la galaxie, rencontre Nemoto, une astronome japonaise qui lui annonce avoir découvert des preuves d’une activité extra-terrestre dans la ceinture d’astéroïdes du système solaire. Désormais, la question n’est plus « où sont-ils », mais « pourquoi n’arrivent-ils que maintenant ? ».

Cette question est moins anodine qu’il n’y paraît, et BAXTER fait feu de tout bois pour en explorer les implications. Alors que Temps se déroulait de manière quasiment linéaire dans un univers vide de vie [si tant est que les jeux temporels auxquels il nous conviait puissent être qualifiés de linéaires], Espace, plus touffu, lui oppose le foisonnement d’un univers vivant, multiplie les récits, les personnages et les idées [chaque chapitre ou presque pourrait donner lieu à un roman complet] pour mener l’intrigue à sa conclusion logique.

Au fil des lieux et des millénaires, Stephen BAXTER nous entraîne avec sa rigueur et son habileté habituelles dans une vision paranoïaque de l’univers, qui pourrait sembler pessimiste si elle n’était pas totalement dépourvue d’anthropocentrisme.
Dans ce contexte, réussir à émerveiller le lecteur page après page relève du tour de force, et, une fois de plus, le pari est gagné. Moins vertigineux sans doute que le premier tome, Espace propose en contrepartie, d’une part une galerie de mondes et d’extra-terrestre qui n’a rien à envier aux plus flamboyants space-operas, et d’autre part des pistes de réflexion sans aucun doute plus nombreuses et plus profondes que Temps...
Mais comparer ces deux romans n’a pas de sens : ils se complètent plus qu’ils ne se suivent, se mettent l’un et l’autre en perspective pour former un tout plus grand que la somme des parties.


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Que vous ayez ou non lu Temps, que vous l’ayez aimé ou non, jetez-vous sur Espace. Même s’il reste indissociable de son prédécesseur, ce roman se suffit à lui-même. En attendant Origin, dernière partie du triptyque, passez donc la porte qui mène aux « Univers multiples » de Stephen BAXTER, et découvrez l’un des meilleurs visages que la science-fiction contemporaine ait à offrir...

> A LIRE : LA CRITIQUE DE « Origine : Les Univers Multiples T.3 »