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Publié le 01/12/2006

Les amis des amis d’H. James / Le miroir qui fuit de G. Papini

REED. FMR - PANAMA / LA BIBLIOTHEQUE DE BABEL 3 ET 4

Par PAT

Et deux de plus ! C’est déjà ça. Dans la série des entreprises suicidaires, La bibliothèque de Babel montre l’exemple et nous offre désormais quatre beaux volumes, l’esprit de Borgès en plus.


> Les amis des amis par la superstar Henry James

> Miroir qui fuit de l’inconnu Giovanni Papini

Commençons par la très bonne surprise, à savoir Giovanni Papini, écrivain italien rigoureusement inconnu sous nos longitudes (1881-1958, pour faire court, avec des sympathies fascistes sur la fin, malgré des position politiques - sur l’homosexualité, notamment - particulièrement iconoclastes et sympathiques), et dont la modernité est assez sidérante quand on tient compte du fait que ses nouvelles ont pour leur grand majorité été publiées dans les années 20 et 30.

Souvent décrit comme une sorte de Edgar A. Poe italien, Papini a en commun avec le célèbre américain une approche du fantastique toute en nuance qui oscille entre hallucination, onirisme et manipulation. Ainsi, des dix textes qui composent Le miroir qui fuit, il est impossible d’en faire ressortir un en particulier, tant l’ambiance qui les hante semble les lier les uns aux autres.

Que ce soit un manifeste politique pro-futuriste (« Le miroir qui fuit ») ou une exploration toute personnelle du thème du double (« Deux images dans une conque »), l’ensemble du recueil est de toute beauté et propose une vision du monde véritablement novatrice via une écriture vaporeuse assez unique.
Si Borges reconnaît lui-même dans sa préface à quel point son œuvre est intimement liée à celle de Papini, l’ombre du très grand Dino Buzzati n’est pas loin non plus. Une excellente occasion de se replonger dans un monument de la littérature italienne injustement méconnue en France.

Beaucoup plus classique et évidemment bien plus célèbre, Henry James n’en reste pas moins superbe de cynisme, de détachement et de virtuosité littéraire avec Les amis des amis, recueil de trois textes parfaitement ciselés.
Avec cette persistance du mystère (en l’occurrence du fantôme, élément central des trois nouvelles) et cette perpétuelle ambiance de théâtre, James brosse un tableau sans concession d’un milieu qu’il connaît bien et auquel il appartient : l’aristocratie heureuse des roturiers qui ont réussi et qui remplacent peu ou prou les nobles d’antan. Mais comme à son habitude, le grand écrivain évite soigneusement les clichés et use de techniques journalistiques pour simuler une non-implication détachée qui relève les défauts et manies de ces victimes - pardon - de ses personnages.

Deux amoureux qui ne se rencontrent jamais dans la nouvelle titre, un malheureux étudiant au prise avec une filiation difficile qui aura finalement sa peau [« Owen Wingrave »], un ballet mondain dans un cadre de villégiature coquette avec là encore le thème du double [et un sentiment de fin du monde qui rappelle curieusement L’auberge de l’alpiniste mort des frères Strougatski, les extraterrestres en moins], les trois textes qui composent Les amis des amis sont de toute beauté. La routine, en quelque sorte, pour un écrivain que Borges qualifie de Maître de l’ambiguïté et de l’indécision.
Deux termes magnifiques qui en disent long sur une œuvre qui ne l’est pas moins.


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Même constat que pour les deux premiers volumes de la série, on a affaire à deux recueils de haute tenue. Beaux objets [avec ces délicieuses couvertures aussi modernes que surannées], beaux livres et textes intelligents, que demander de plus ?

Louons à nouveau la très belle initiative des éditions du Panama et souhaitons que la Bibliothèque de Babel tienne le pari d’arriver jusqu’à son terme. [NDCC : pas moins de trente volumes sont prévus !]