Et puis, vendredi, je suis mort.
Fiction spécial est donc revenue à la vie, et la thématique des Anges électriques s’accorde à merveille avec cette renaissance. L’ange gardien de la revue s’est penché sur son sort et l’a ramenée d’entre les morts. D’ailleurs, ce royaume entre la vie et la mort est visité par certains des auteurs de cette anthologie et le plus souvent avec talent. Parfois les personnages préfèrent se voiler la face pour ne pas admettre qu’ils sont bel et bien morts et qu’ils se trouve dans ce monde de transition, comme dans
« Cendres » de
René BEAULIEU,
« Dormeurs, sortez du sommeil » de
Jamil NASIR et
« Passage » de
Andrew WEINER. Mais ce n’est pas systématique. Dans
« Carnation, Lily, Lily, Rose » de
Kelly LINK le protagoniste est clairement conscient de se trouver dans cet entre deux mondes. Coincé sur une île déserte, il écrit des lettres à sa femme dont il ne se rappelle pas le nom. A noter que le coté onirique de cette île est particulièrement savoureux.
« Les Coucous de la félicité » de
Rhys HUGHES se déroule directement au Paradis alors que le héro est pourtant bien vivant. Un chômeur se voit proposer un poste de responsable de la sécurité céleste. Dieu a commis une boulette, lourde de conséquence pour le Paradis et notre pauvre chômeur doit y trouver une solution. Bien déjanté,
Rhys HUGHES, dont on peut apprécier la nouvelle
« Le cosmos de cristal » dans
« Fiction N°4 », y confirme son statut d’auteur hors norme.
Mais dans la section Hors des sentiers battus, le prix du jury est assurément attribué à
Sylvie DENIS pour
« La Mort de l’ange » dont le sous titre
Féerie pour Noël technologique [une histoire avec décors et dialogue ou bien une pièce en un acte présentée par un metteur en scène particulièrement bavard] donne déjà un aperçu de la chose. Bizarre autant qu’étrange, c’est l’histoire d’un royaume dirigé par un ours en peluche rose et raconté sous la forme d’une pièce de théâtre. La poupée qui dirige le royaume d’à cote convoite le trône de l’ours rose depuis que les insectes ont envahis ses terres. La statue qui trône au « carrefour de l’ange » s’éveillera-t-elle à temps pour venir en aide à l’ours ? Déroutant, au début, de part les personnages atypiques, on rentre progressivement dans le jeu du fait de l’architecture du récit et l’on ne peut qu’applaudir le résultat.
Des ailes ? Quelles ailes ?
Parmi les dix huit nouvelles de cette anthologie, il y en a certaines qui laissent la part belle à l’ambiguïté. On ne sait pas vraiment qui sont les personnages comme dans la courte nouvelle d’introduction de
Jean-Pierre ANDREVON,
« Les Ailes brisées », ou dans
« Des Ailes dans la tête » de
Fabrice MÉRESTE où un artiste célèbre, premier greffé du cerveau, retrouve, lors d’un vernissage, le professeur qui lui permit de renaître.
D’autres, ne donnent pas de visage aux évènements surnaturels de l’histoire comme dans
« Les Anges des tombes » de
Richard KEARNS. Comme quoi, une pelle et une pioche qui apparaissent dans la chambre d’un homme à son réveil peuvent créer une superbe histoire, sensible et grave. C’est, d’ailleurs, probablement le plus beau récit de cette anthologie.
La ville est pleine d’anges écrasés.
Mais ou sont les anges dans tout ca ? Etalés au sol, silhouettes recroquevillées comme des fientes de pigeons tombés au hasard pour
Jean-Louis TRUDEL avec
« Des Anges sont tombés ». Ou en pleine traque d’un
Edgar Alan POE au crépuscule de sa vie dans
« Les Derniers Jours d’Edgar Poe » de
Christian VILA. L’auteur s’appui sur les écrit de POE [« Annabel Lee », « L’ange du bizarre »...] et sa relation difficile avec l’alcool pour nous plonger dans une histoire où séraphins et Annabel Lee se mélangent à merveille. Au final cela donne envie de ce replonger dans l’œuvre d’Edgar...
Je tire le Colt de sa gaine, abaisse le flingue vers son crâne et appuie trois fois sur la détente.
« Une pour le Père, une pour le fils, une pour le Saint-Esprit » se marre Kowalsky, le vieux con.
Les auteurs n’en font souvent qu’a leur tête. Lorsqu’on leur donne un thème à priori tourné vers le fantastique ou le merveilleux, ils nous emmènent la où on ne les attend pas. C’est le cas ici de
Xavier MAUMEJEAN,
Paul DI FILIPPO ou encore
Johan HELIOT.
Le premier nous transporte dans un futur où les hommes sont devenus stériles et ou les banques de sperme sont à sec. Le second, sur une Terre où l’on fabrique les anges. Quant au troisième, il nous revoie aux années psychédéliques. 1969, une armée de chérubins, équipés de leurs petits arcs, envahit la Terre. Les victimes de leurs flèches partent, comme des âmes en peine, à la recherche désespérée de l’âme sœur. La résistance s’organise. Mais comment en est on arrivé là ?
Les anges se sont invités dans la Science Fiction pour le plus grand plaisir du lecteur.