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Publié le 01/09/2007

« Les aventuriers de la mer » Tome 7 à 9 de Robin HOBB

[« The liveship traders : Ship of destiny », 2001]

ED. PYGMALION / FANTASY, MAI 2007

Par K2R2 Par eleanore-clo

Après avoir quelque peu délaissé les dernières parutions de l’entité double Robin HOBB/Megan LINDHOLM, le Cafardcosmique remet le couvert et vous sert une portion triple avec les trois derniers volets de la saga la plus maritime de l’auteur, Les aventuriers de la mer. Une chronique qui après tout ne fait que rendre justice à l’œuvre originelle puisque Pygmalion a choisi de couper en trois chaque volume paru en anglais. Une pratique commerciale discutable, qui ne cesse de nous faire râler, mais à laquelle on commence à s’habituer.


Treize volumes pour L’assassin royal, neuf pour Les aventuriers de la mer, à raison d’environ 21€ par tome on atteint une facture totale assez vertigineuse de 460 € et des brouettes.
Nos amis anglo-saxons sont bien plus chanceux, il ne leur faut acquérir que six volumes pour L’assassin et trois pour Les aventuriers [soit un investissement inférieur à 200 € en grand format, et encore je suis généreux]. Remercions donc Pygmalion de nous faire payer plus du double du prix de la VO, après avoir patienté une éternité, soyons heureux d’être des moutons et rendons grâce à Robin HOBB de publier des séries à rallonge qui contribuent à massacrer ce qui reste de la forêt amazonienne.
Sur ces considérations d’une parfaite mauvaise foi, car après tout il est tout à fait possible de se procurer sa came au format poche, intéressons nous au contenu.

Nos souvenirs étant quelque peu lacunaires quant-à ce qui se tramait dans l’épisode numéro 6 [vous n’avez qu’à lire la chronique du tome en question après tout], attaquons directement le plat de résistance de ce troisième épisode [bon pour les cancres qui dormaient au fond de la classe il s’agit du troisième tome en VO et donc des volumes 7, 8 et 9 en français. Vous êtes sûrs que vous suivez ?].

La famille Vestrit, vieille famille de marchands de Terrilville a perdu sa vivenef, navire familial doté de capacités un peu particulières puisqu’il s’agit d’un vaisseau animé d’une véritable personnalité, grâce aux propriétés magiques du bois-sorcier dont il est constitué. Le navire est désormais aux mains du plus fameux pirate qui ait écumé les eaux entre la fabuleuse cité de Jamaillia et le puissant empire de Chalcède, à savoir le très séduisant et très charismatique capitaine Kennit ; dont l’ambition n’est rien moins que devenir le roi des îles pirates.

Althéa Vestrit, fille de l’ancien capitaine de la Vivacia, et son amant Braschen Trell, fils renié d’une famille de marchands, décident de renflouer une vieille vivenef abandonnée, le Parangon, afin de partir au secours du navire et des deux membres de la famille retenus prisonniers par Kennit.
A Terrilville c’est la guerre civile, vieilles familles marchandes et nouveaux marchands s’opposent dans une lutte fratricide, tandis que le gouverneur de Jamaillia est plus ou moins enlevé et envoyé manu militari en villégiature du côté du Désert des Pluies. Evidemment, les Chalcédiens s’en mêlent et en profitent pour harceler régulièrement les navires de Terrilville, mettant un terme à toute activité commerciale ; ce qui se révèle rapidement catastrophique pour l’économie de la cité portuaire.

La situation politique n’est guère plus brillante puisque Terrilville, théoriquement rattachée au gouvernorat de Jaimaillia est au bord de la sécession, mais ne peut faire face économiquement, politiquement et militairement à une coalition regroupant Jamaillia et Chalcède. A Trois-Noue, dans le territoire du Désert des Pluies, l’antique cité des Anciens s’est effondrée à la suite d’un tremblement de terre, alors même que Malta Vestrit, son frère Selden et Reyn Khuprus ont contribué à libérer Tintaglia, dernier dragon de son espèce.

Arrêtons là toute tentative de résumé, avant de risquer une révélation malvenue, non pas que l’intrigue soit digne d’un roman policier de première catégorie, mais les révélations sont suffisamment conséquentes, et finalement assez bien amenées, pour mériter encore un peu de suspens [attention à ceux qui n’ont pas encore lu le second cycle de L’assassin royal, soyez attentifs à la fin du dernier volume].

L’essentiel du talent de Robin HOBB réside dans sa capacité à maîtriser de bout en bout son intrigue et surtout le rythme de la narration. Quasiment pas de temps morts, une action soutenue, des scènes de dialogues souvent très riches et, sous ce vernis tout à fait solide, un embryon de réflexion sur des thèmes chers à l’auteur : le féminisme, la famille [et surtout le devoir envers la famille], le pouvoir, la mémoire. A vrai dire, rien de bien nouveau puisque ces éléments étaient déjà présent dans les précédents romans de Robin HOBB. Des valeurs morales que l’on trouvera parfois un peu lourdes, mais qui donnent un ton bien particulier au cycle et soulèvent, au détour d’une page, un questionnement intéressant.
Le rôle des femmes dans l’œuvre de Robin HOBB est à lui seul un objet d’étude, elles ont d’ailleurs la plupart du temps le beau rôle dans le cycle présent. La question du pouvoir est quant à elle bien plus ambiguë. L’écrivain s’éloigne du modèle du despote éclairé dépeint dans L’assassin royal ; le souverain généreux, à l’écoute du peuple et prêt au sacrifice pour le bien de la communauté [songeons aussi au destin de Fitz Chevalerie] cède de pas à des personnalités moins utopiques et nettement plus réalistes.
Dans Les aventuriers de la mer, les puissants manquent de sagesse : Kennit, roi pirate, n’aspire pas vraiment au bien de ses sujets et le gouverneur de Jamaillia se comporte davantage en enfant gâté qu’en souverain empli de discernement. Robin HOBB conclut cependant sur une note positive, puisque les intrigues politiques d’une cité confrontée à la guerre civile accouchent d’un embryon de système démocratique, chose assez peu courante dans le domaine de la fantasy. Rassurez-vous, il s’agit tout de même d’un roman d’aventure et la réflexion, si elle a le mérite d’exister, reste globalement assez superficielle.

On pourra reprocher à ces romans une certaine longueur, pour ne pas dire une longueur certaine, ainsi qu’une intrigue un tantinet élastique qui pousse l’auteur à tirer quelque peu à la ligne. C’est un défaut récurrent chez Robin HOBB, auquel on finit par s’habituer tant elle démontre un exceptionnel talent de conteuse.
L’écriture, à la fois discrète, fluide et souvent d’une grande finesse, permet un lecture agréable et rapide. Lire HOBB est une drogue bienfaisante dont on ne se lasse pas. Certes, l’auteur cède assez régulièrement au sentimentalisme de ses personnages, tombe parfois dans la facilité, mais on lui pardonnera cette petite faiblesse dont elle use toutefois sans excès [quoique, à bien y réfléchir, l’épilogue est un tantinet pénible de ce point de vue].


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Six ans après la parution du premier tome des Aventuriers de la mer et deux bonnes années d’interruption de la publication pour de sombres histoires de traduction [au passage, on perd avec grand regret l’immense talent d’Arnaud Mousnier-Lompré], Pygmalion nous livre enfin la fin du cycle. Un plaisir amoindri toutefois car l’éditeur a préféré publier la seconde partie des aventures de Fitz Chevalerie [L’assassin royal se vend nettement mieux que Les aventuriers de la mer], ce qui évente quelque peu les subtiles allusions disséminées par Robin HOBB à propos de deux personnages communs aux deux cycles. Mais ne boudons pas notre plaisir, car au final, Les aventuriers de la mer est une fort belle oeuvre de fantasy, un roman d’aventure solide, intelligent, divertissant et incroyablement prenant. Grognons à nouveau : à près de 200 € le voyage, c’est le moins que l’on pouvait espérer. Et oui, que voulez-vous, un sou et un sou, et quand on peut avoir la même chose pour moins cher...

Quant aux fans les plus endurcis, ils pourront toujours se consoler en apprenant que Robin HOBB reviendra dans un prochain ouvrage du côté de Terrilville et des désormais fameux Rivages Maudits.