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Publié le 05/11/2006

"Les chroniques de Thomas Covenant 2" de S. R. DONALDSON

["The Chronicles of Thomas Covenant The Unbeliever - Book Two - The Illearth War", 1977]

LE PRE AUX CLERCS FANTASY, 2006

Par Ubik

Bonne nouvelle pour les fans du lépreux Thomas Covenant. Le méprisable héros de Stephen R. DONALDSON est de retour dans le deuxième épisode de ses allers-retours entre les Etats-Unis et la « fantasyste » contrée du Fief. « Alors quoi de neuf ? », vous demandez-vous. Hélas, pas grand-chose pour l’instant - la routine, serais-je tenté de dire - ; il faudra attendre encore un volume pour espérer entrevoir un dénouement, somme toute, relatif puisque l’auteur a entamé ensuite une deuxième trilogie, puis plus récemment, un troisième cycle.


Rappelez-vous. Oui je sais, la tâche est fastidieuse mais elle est devenue normalement un réflexe, voire une seconde nature chez tout lecteur de fantasy qui se respecte. Donc, rappelez-vous. Dans le premier épisode de ces chroniques, nous découvrions un univers magique et issu des forces primordiales de la nature, un univers peuplé d’êtres bénéfiques mais aussi maléfiques. Rappelez-vous encore. Nous faisions la connaissance de Thomas Covenant, un individu franchement antipathique mais dont le caractère obsessionnel pouvait être excusé en raison d’une lèpre aussi soudaine qu’inexplicable ; un être meurtri dans sa chair et dans son esprit. Rappelez-vous enfin. Chargé par le Rogue de porter aux seigneurs du Fief un ultimatum, il avait participé ensuite à la quête du bâton de la Loi - quête victorieuse, mais bien malgré lui - dont il avait été privé de l’apothéose par son retour inopiné dans la « réalité ».

Bien. Maintenant que ces événements sont rappelés à votre mémoire, nous pouvons poursuivre. C’est une fois de plus sans avertissement que Thomas Covenant est convoqué dans le Fief. Quarante années se sont écoulées depuis son précédent séjour. C’est désormais la fille issue de ses œuvres criminelles qui gouverne le Conseil des seigneurs. Pendant son absence, le péril dont il s’est fait le messager dans « La malédiction du Rogue » n’a pas cessé de grossir. Les géants, alliés traditionnels du Fief, ne donnent plus signe de vie et les seigneurs détenteurs du savoir magique sont encore loin de maîtriser l’intégralité des connaissances qui ont été perdues lors de la profanation du Fief. Inquiet, le conseil des seigneurs du Fief a donc invoqué leur héros, L’Incrédule, afin de les aider car l’ultimatum du Rogue approche de son terme et il semble bien que celui-ci ait terminé de rassembler une armée de créatures belliqueuses, contrefaites et démoniaques [on ne fait pas les choses à moitié en Fantasy] face à laquelle la milice qu’ils ont consciencieusement organisé, fait pâle figure. L’Incrédule sera-t-il enfin à la hauteur des espoirs qu’il suscite ?

En fait, la réponse à cette question est éludée assez rapidement puisque « La retraite maudite » prend pour personnages principaux l’Insigne [comprendre le commandant en chef] de la Milice, Hile Troy, un aveugle de naissance provenant, lui aussi, du monde « réel » et le territoire du Fief. Si pour Covenant le Fief est une malédiction, pour Troy, il est au contraire une bénédiction. La vue miraculeusement restaurée, il tombe amoureux immédiatement de ce monde qui s’offre à lui et y déploie ses talents de stratège pour le défendre. Bien évidemment, Troy est l’ennemi de Covenant pour qui ce nouveau séjour est encore une fâcheuse expérience. Cependant, le lépreux semble moins torturé, même s’il paraît vouloir ajouter l’inceste au viol à son tableau du déshonneur.

Le Fief que nous avions fait que traverser dans le précédent ouvrage, gagne quant à lui en épaisseur. Les événements historiques qui ont précédé l’intrusion de Covenant se précisent, on arpente de nouvelles terres, on explore plus longuement des lieux déjà-vu et on se pénètre de l’organisation sociale de ce monde où le merveilleux n’est pas encore dénaturé. Mais, ce qui semble une richesse supplémentaire contribue fâcheusement à multiplier les points de convergence avec l’univers de « Le seigneur des anneaux » de J.R.R. TOLKIEN. Et ce ne sont pas les seules ressemblances puisque le mode de narration (un embryon d’entrelacement), le récit, les personnages ; tout contribue à renforcer cette impression.

Enfin, avec ce second volet se pose quand même un sérieux problème que j’avais occulté, tout à ma joie de renouer avec une lecture de jeunesse. L’un plus grand des chef-d’œuvre de la Fantasy [dixit la quatrième de couverture] ne dépare finalement pas dans la production actuelle de Fantasy. Certes, « Les chroniques de Thomas Covenant » datent de 1977, certes la traduction a été revue et le cycle restauré dans son intégrité originelle, mais il est douteux que de tels arguments suffisent pour distinguer cette œuvre dans une masse [la production de BCF] qui manie les mêmes matériaux et ressorts.


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Alors oui, Stephen R. DONALDSON fait partie des premiers auteurs à s’être illustré dans la Fantasy après TOLKIEN. Hélas, il est noyé parmi les derniers avatars d’un courant devenu pléthorique et répétitif.

Reste le plaisir de redécouvrir une œuvre dans sa dimension originale. Mais bon, le public doté de ce genre de préoccupation est tout de même rare.