Que la secte des raéliens ait obtenu le premier bébé humain clone, Eve, ou que cela ne soit qu’un extraordinaire coup de bluff, il ne faut pas douter que le clônage humain est à la portée des scientifiques.

Suivant la réaction - ou l’absence de réaction - des gouvernements de la planète, l’avenir de l’Humanité ne sera pas le même...


LES PREMIERS PAS

Les premiers clones sur Terre ne furent pas, contrairement à ce que l’on croit souvent, des brebis mais bien des batraciens, et plus précisément des grenouilles.

1952 : Première tentative de clonage, c-a-d de transfert du noyau d’une cellule embryonnaire dans des oeufs énucléés.
1962 : Naissance des premiers clones de grenouilles.
1986 : Naissance du premier veau cloné, à partir d’une cellule embryonnaire. Quatre ans plus tard, 8 veaux identiques naissent de cette façon dans un centre de recherche américain.

Toujours en 1990, l’INRA français réussit la même expérience en obtenant 6 lapins clonés.


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La brebis Dolly

HELLO DOLLY !
Le premier clone d’un mammifère adulte est célèbre : il s’appelle Dolly, c’est une brebis "née" en juillet 1996, au Roslin Institute, en Ecosse. Elle est la seule tentaive réussie du genre sur les 277 expériences du même genre. La nouvelle n’est rendue publique qu’en février 1997.

Dolly est le premier mammifère qui ne soit pas né d’un père et d’une mère : elle est une copie génétique de sa "mère".
Pour la petite histoire, Dolly doit son prénom au fait qu’elle ait été clonée d’une cellule de glandes mammaires, ce qui dans l’esprit de ses créateurs a évoqué les attributs, mammaires également de Dolly PARTON... ben oui...

MAIS C’EST QUOI UN CLONE ?

D’ordinaire, dans le règne animal, la reproduction consiste en la fécondation d’une cellule reproductrice [ovocyte - femelle] par un spermatozoïde [mâle]. L’ensemble, porteur d’un génome [code génétique] unique donnera un être unique.

Pour les clones d’embryon, [avant Dolly], pas de spermatozoïde : l’ovocyte est énucléé [c-a-d privé de son patrimoine génétique] et pourvu d’un nouveau noyau, constitué d’un embryon au stade mono-cellulaire.

Pour le clone d’adulte - comme Dolly - l’ovocyte énucléée est pourvu cette fois d’un noyau constitué d’une cellule non sexuelle prélevée sur un animal adulte.
L’être qui naîtra sera un double parfait de l’adulte prélevé.

UN CLONE N’EST PAS UN DOUBLE

Si un clone est porteur du même patrimoine génétique que son "père" cellulaire, il n’en est pas pourtant la copie à l’identique, car les gènes ne contrôlent pas tout !

Ainsi CopyCat, la petite chatte clonée par l’équipe de Mark WESTHUSIN à l’Université A&M de College Station, au Texas, ne porte pas, sur sa fourrure, les mêmes tâches que sa "mère", la chatte dont elle a été clôné [car sa nourriture, et peut-être même d’autres éléments encore, entrent en ligne de compte].

Du point de vue psychologique, cela est encore plus évident : pour être identique à son père génétique, un clone ne devrait pas seulement avoir le même patrimoine génétique, il devrait aussi avoir la même vie : éducation, rencontre, réussites et échecs, souvenirs, amours et phobies, TOUT cela participe à la constitution d’un être.


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Raël, gourou de la secte des Raéliens

ET RAËL S’EN MÊLA...

Le 27 décembre 2002, Brigitte BOISSELIER, ingénieur chimiste française et porte-parole de la secte des raéliens, annonce devant un parterre de journalistes sceptiques, la naissance la veille, « quelque part », d’Eve, fille clonée de sa mère.

La société de clonage humain Clonaid, basée à Las Vegas [Nevada], a été fondée par les raéliens, une secte installée au Canada, où elle a le statut fiscal d’Eglise.

Raël, de son vrai nom Claude VORILHON, 56 ans, ancien chanteur et journaliste sportif, a fondé cette secte dans les années 70 et professe que des extraterrestres ont créé l’espèce humaine par clonage il y a 25 000 ans. Il affirme compter 55 000 adeptes dans 84 pays. La secte est riche : chaque adepte doit lui fournir 10% de ses revenus.

Selon Mme BOISSELIER, Pd-g de Clonaid et « évèque » de la secte, les parents du bébé sont un couple d’Américains. Pas de nom ni de photos. La mère, âgée de 31 ans, aurait accouché par césarienne hors des Etats-Unis dans un pays non précisé.

Aucune preuve n’a été apportée pour attester de la naissance d’Eve, et de sa qualité de premier clone humain. La secte a d’ailleurs par la suite annoncé d’autres naissances, toujours sans la moindre preuve matérielle. Il est plus que probable que Raël et ses amis ont bluffé la presse internationale pour ce faire un coup de pub, et qu’aucun bébé clôné n’est né.

Autre retentissante arnaque au clone : le biologiste sud-coréen Hwang Woo-suk, de l’Université de Séoul, publia le 19 mai 2005, des travaux selon lesquels il avait réussi à produire un grand nombre d’embryons de clones humains. La nouvelle fit le tour du monde, avant que l’on ouvre une enquête pour découvrir qu’en réalité ces embryons avaient été tout simplement produit in vitro dans un centre de fertilité...

Cependant, que les raéliens et le biologiste Hwang Woo-suk aient menti ne change rien au fond du problème : le clonage humain finira par être réalisé, sans doute dans des années très proches. Et il n’est que temps de réfléchir dès aujourd’hui à cette éventualité et à ces conséquences.


QUESTIONS D’ETHIQUES ...

Cela pose plusieurs problèmes moraux d’importance :

  • le clonage des mammifères, dans l’état actuel des connaissances, connait un taux de réussite très faible, de l’ordre de 1 à 2%. Faut-il accepter de manipuler des centaines d’embryons humains, implantés dans des centaines d’utérus, pour obtenir 1 clone viable et voir mourir, ou naitre difformes, tous les autres ?
  • le clonage humain conduit à la naissance d’êtres sans parents biologiques, pourvu du même patrimoine génétique qu’un adulte et donc privé d’une partie de son identité.
  • faut-il en revanche accepter le clonage thérapeutique [auquel la communauté scientifique est majoritairement favorable], c-a-d celui qui consiste non à donner naissance à un enfant, mais à reproduire des organes du donneur pour les lui ré-implanter en cas de probèmes médicaux ou d’accident ?

Au terme de la Loi française, en tous cas, c’est très clair : clôner un être humain est illégal :

« Est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait, par don, promesse, menace, ordre, abus d’autorité ou de pouvoir, de provoquer autrui à se prêter à un prélèvement de cellules ou de gamètes, dans le but de faire naître un enfant génétiquement identique à une autre personne vivante ou décédée. »
« Est punie des mêmes peines la propagande ou la publicité, quel qu’en soit le mode, en faveur de l’eugénisme ou du clonage reproductif.  »

Circonstance aggravante, le fait de pratiquer l’eugénisme ou le clonage reproductif est puni de la réclusion criminelle à perpétuité et de 7 500 000 EUR d’amende lorsqu’elles sont commises en bande organisée.


CLONES EN PERIL ?

Il reste encore beaucoup de progrès à faire en matière de clonage, ce qui rend le clonage humain dangereux, au delà même du débat éthique. Les chercheurs constatent en particulier que les mammifères clonés vieillissent prématurément...

Mi-février 2003, les chercheurs ont euthanasié Dolly, alors âgée de seulement 6 ans, parce qu’elle souffrait d’arthrose et d’infections pulmonaires... les symptômes qu’elle aurait eu si elle avait été très vieille !

Nés avec des gènes d’adultes, les clones seraient donc condamnés à une durée de vie au rabais ??? Seul un recul de plusieurs années permettra à la science de se prononcer...


LES CLONES DANS LA SF

« Le Singe » de Maurice RENARD et Albert-Jean [1925] Un jeune scientifique sème le trouble en apparaissant au même moment dans des endroits différents. Il a en fait découvert le moyen de se répliquer à l’identique.

« Le Monde des A » d’Alfred VAN VOGT [1949] Le fameux héros du cycle vogtien, Gilbert GOSSEYN, se reproduit à volonté.

« Dune » de Frank HERBERT [1965] L’Empereur-Dieu de Dune possède un ami-conseiller nommé Duncan Idahao qu’il assassine et ressuscite à volonté sous la forme de ghola.

« Le Meilleur des Mondes » d’Aldous HUXLEY [1932] Bébés fabriqués en laboratoire, adolescents conditionnés à leur rôle social, adultes drogués pour croire au bonheur. De la naissance à la mort, un univers carcéral où le mot liberté n’a plus de sens. Un classique absolu de la dystopie.

« La Planète Shayol » de Cordwainer SMITH [1965] Les condamnés réduit à l’état de porteurs de greffons monstrueux.

« Ces garçons qui venaient du Brésil » d’Ira LEVIN [1976] Exilés dans la forêt amazonienne, des scientifiques cherchent à créer des clones d’Adolf Hitler.

« Hier, les oiseaux » de Kate WILHELM [1976] Les survivants d’un cataclysme planétaire, devenus stériles, se clonent pour perpétuer l’humanité.

« La jeune fille et les clones » de David BRIN [1993] Une société aristocratique d’amazones clonées exploitent un troupeau d’hommes-esclaves.

« Abzalon » de Pierre BORDAGE ...où une secte religieuse prône l’avénement de clones humains, les "moncles"


Ce dossier s’appuie sur plusieurs articles de presse [en particulier Sciences & Vie Magazine, Libération, le NouvelObs] - D.R. pour les documents photographiques. Les graphismes sont propriétés du Cafard cosmique - 01/02/2003


Mr.C