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Publié le 05/06/2010

Les Derniers Jours d’un immortel de Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann

ED. FUTUROPOLIS, 2010

Par thomasw

Quel sera notre futur ? L’avenir de notre société ? Bien des auteurs de science-fiction se sont penchés sur ces questions, mais Gwen De Bonneval et Fabien Vehlman le font avec beaucoup d’ingéniosité et de ruse. Proche du folklore classique de la science-fiction, ce conte futuriste sort des sentiers battus et nous entraîne sur les traces de la police philosophique, un organe administratif aux antipodes de Big Brother où les agents ont une certaine éthique et un droit de désobéissance.


Le Futur. Sur Terre, à un âge visiblement très avancé de la civilisation. Les humains sont immortels et peuvent créer des « échos », des avatars capables de vivre indépendamment de leurs originaux. Cette société idéale semble exempte de toutes contraintes matérielles, de violence, ou de problèmes politiques. Pourtant, à l’instar de Dune de Frank Herbert, les auteurs mettent l’accent sur le côté fiction spéculative. Elijah, enquêteur réputé de la police philosophique, entraîne le lecteur dans une société qui tente de s’adapter et de trouver des consensus avec les autres formes de vies intelligentes. Ce personnage rappelle étrangement le personnage d’Elijah Baley d’Asimov, lui aussi enquêteur. Clin d’œil au cycle de Fondation, saga également traversée par de grands questionnements de société et de cohabitation. Constamment sollicité, ce policier immortel doit résoudre des problèmes complexes tant sur le plan sociétal que psychologique. Plusieurs enquêtes occupent Elijah et ses doubles. Toutefois l’intrigue principale provient d’un conflit entre les Ganédons et les Aleph 345. Un double meurtre vieux de plusieurs millénaires provoque la colère de ces derniers, qui menacent de représailles…

Les auteurs abordent des problématiques et des réflexions captivantes sur ce futur utopique. Pourtant fort de sa réputation et de ses succès, Elijah doute. Plusieurs immortels choisissent de « raccrocher » ou de se suicider. On aperçoit dès le début les fissures dans le vernis de cette société idéale. L’album effleure les mêmes problématiques que le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley : société policée, position dans la hiérarchie sociale, sexualité-loisir... l’apparente utopie qui cache la dystopie. Mieux vaut chercher du côté de Swift et des Voyages de Gulliver. On découvre plusieurs civilisations très codifiées aux particularités sociales et morales bien précises. Le héros s’y confronte et doit arbitrer plusieurs querelles. A l’image des citoyens de Laputa qui usent de philosophie spéculative, les Aleph 345 apparaissent comme des êtres incompréhensibles. Néanmoins Les Derniers Jours d’un immortel ne présente pas l’aspect pamphlétaire de Gulliver. L’album de De Bonneval et Vehlmann ne vise pas une société en particulier, mais ouvre plutôt des pistes de réflexions. Que l’on ne se méprenne pas, malgré les thèmes et les problématiques abordées, ce livre ne donne pas de leçons. D’ailleurs les auteurs s’en défendent dans une judicieuse mise en abîme : « Eh bien, pour faire le philosophe, il suffit de dire : c’est dans les poubelles qu’on trouve les choses les plus précieuses. En faisant bien attention de prendre un air pénétré. […] » Elijah réplique : « Vous confondez rhétorique et philosophie. Restons-en là, d’accord ? » Et puis un livre qui commence par « Je ne sais pas trop » ne peut qu’être attrayant.


Cet album de cent cinquante pages se laisse apprivoiser facilement. L’intrigue est captivante, la narration fluide. Et le dessin contemplatif de Gwen De Bonneval sert parfaitement cet univers intrigant et sensible. Sans bouleverser complètement le genre, les auteurs créent un environnement tendre et tragique. Un monde qui reste finalement à échelle humaine. Mircea Eliade dit du mythe qu’il « exprime plastiquement et dramatiquement ce que la métaphysique et la théologie définissent dialectiquement. » Voici un livre détonant, dans la production actuelle, qui comble ce postulat ambitieux.