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Publié le 13/05/2006

« Les légions immortelles - Succession 1 » de Scott WESTERFELD

[« The Risen Empire - Book 1 of Succession », 2003]

EDITIONS POCKET SF / INEDIT, 2006

Par Ubik

Scott WESTERFELD n’est pas totalement un inconnu pour ceux qui ont lu ce merveilleux bijoux qu’était « L’I.A. et son double », magnifiquement traduit par Pierre-Paul DURASTANTI.

« The Risen Empire » - oublions cet affreux « Les légions immortelles » - constitue le premier volet d’un cycle intitulé « Succession » qui s’inscrit dans la lignée du NSO [New Space Opera], et l’on est fortement tenté de le rapprocher d’un auteur comme Alastair REYNOLDS.


D’entrée, le lecteur est immergé, en caméra subjective embarquée sur un micro drone, au beau milieu d’une opération délicate, en plein choc des civilisations. En effet, la guerre froide opposant depuis une centaine d’années l’Empire, établi sur quatre-vingts planètes, et la secte Rix - une version post-humaine prônant l’émergence de consciences artificielles composites et la fusion de l’Homme et de la machine - est arrivée au point de non retour. Sur Legis XV, les commandos-suicides Rix, ont pris en otage la sœur de l’empereur. Plus que sa vie qui compte peu puisqu’elle est déjà morte, c’est le secret de l’immortalité, fondement et garant de la cohésion de l’Empire, qui est menacé. Heureusement, la meilleure frégate de l’Empire commandée par le héros impérial Zaï, orbite à proximité de la planète. De la réussite de l’opération dépend son honneur et sa vie. De son succès dépend également l’existence de quelques millions de sujets de l’empereur car chacune des factions du Sénat impérial avance ses pions sur un échiquier contrôlé par l’empereur et tout ce beau monde ne semble presque pas être embarrassé par l’hécatombe qui s’esquisse.

En prenant connaissance de ce bref résumé, le lecteur peut être induit en erreur et penser que Scott WESTERFELD nous offre une énième variation de SF militariste. Cependant, que le lecteur me permette d’affirmer qu’en considérant « The Risen Empire » uniquement à travers cet aspect, il se met le doigt dans l’œil jusqu’au fondement. Tout ceci n’est pas inutile à signaler et évitera quelques déceptions auprès du lectorat en quête d’un texte rythmé dont l’enjeu se limite à un affrontement galactique survolté.

Les apparences et les étiquettes masquent souvent ce qui fait la spécificité d’un auteur et dans le cas de Scott WESTERFELD la spécificité repose sur des thèmes nettement plus introspectifs. Evidemment, cela n’est pas aussi mis brillamment en exergue que dans « L’I.A. et son double ». On retrouve pourtant avec plaisir les spéculations de l’auteur sur l’évolution d’une intelligence artificielle vers la conscience. On perçoit toujours également cette attirance réjouissante pour les unions entre êtres biologiques et mécaniques, entre la chair et le silicium, source non d’affrontement mais d’éducation, de synergie voire d’humanisation.

Dans sa construction, le récit use des procédés désormais habituels du NSO. L’histoire suit un fil directeur multiple alternant en « direct » [et en trichant un peu] les points de vue de plusieurs personnages en différents lieux, le tout entrecoupé de flash back permettant de donner davantage d’épaisseur à l’univers.

Le rythme est apparemment soutenu. Je dis apparemment car passée la palpitante séquence d’ouverture, l’action se ralentit [ce qui n’est pas pour me déplaire], et permet de creuser la psychologie des quelques personnages centraux et de nuancer par touches l’apparent monolithisme de l’Empire et l’inhumanité des Rix.

Parmi ces passages plus calmes qui permettent à WESTERFELD de déployer la richesse de son imaginaire - ce n’est pas le moindre de ses mérites -, indiquons notamment celui mettant en scène la Maison, le domicile du sénateur Oxham sur la planète Foyer qui permet la fusion subtile et fragile entre le corps mécanique et le cœur humain, entre la spéculation intellectuelle et l’émotion. Je ferme ici la parenthèse.

De plus, il me semble qu’en poussant davantage l’analyse du récit, on puisse distinguer plusieurs binômes autour desquels s’organisent des interactions en forme d’attirance et de répulsion. Je pense notamment au couple singulier formé par le commandant Laurent Zaï [sans oublier ses prothèses] et au sénateur Nara Oxham et à celui, en devenir, constitué par le commando féminin Rix et la milicienne sur Legis XV.

De même, il me semble que l’empereur et la conscience composite implantée par le commando suicide sur Legis XV forment un autre binôme de nature éminemment répulsive et qui inverse les perspectives d’un affrontement qui risquerait sans cela d’être sans surprise.


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En conclusion, si l’on considère « The Risen Empire » comme la séquence d’introduction du diptyque « Succession », la suite risque de s’avérer passionnante.


> A LIRE AUSSI : La critique de la suite du dyptique de Scott WESTERFELD, « Succession », « Le secret de l’Empire - Succession 2 »