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Publié le 01/04/2005

"Les lions d’Al-Rassan" de Guy Gavriel KAY

["The Lions of Al-Rassan", 1995]

EDITION L’ATALANTE - RE-EDITION J’AI LU / FANTASY

Par Ubik

Ceux qui connaissent Guy Gavriel KAY à travers le cycle de « La tapisserie de Fionavar » sont sans doute passés à côté de ses œuvres les plus personnelles, celles qui se sont détachées des poncifs usés jusqu’à la trame de la « BCF » et de ses clones tolkieniens. Même si « Les lions d’Al-Rassan » n’est plus un roman tout jeune, il n’est pas trop tard pour se rattraper car les éditions J’ai Lu viennent de rééditer l’un des meilleurs romans de l’auteur.


« Les pas des hommes sont autant de traces dans le désert. Rien n’est destiné à durer sous l’orbe des lunes. Même le soleil se couche. »

Trois peuples et trois religions cohabitent dans une péninsule. Au Nord, les Jaddites adorateurs du soleil, jadis unis, se disputent la suprématie sur la péninsule et cherchent à reconquérir leurs terres du Sud. En ce lieu précisément, l’Al-Rassan se déchire entre les roitelets concurrents, successeurs des conquérants asharites fidèles aux étoiles et venus du désert, qui paient le tribut [ les parias ] au Nord pour avoir la paix.

Enfin, honnis et pourtant utilisés par tous, les Kindaths, éternels errants vénérant les deux lunes, s’accommodent des sursauts de l’Histoire, tout en étant conscient que « où que souffle le vent, il pleuvra sur les Kindaths. »

Tous ne sont pas complètement amis ; tous ne sont pas vraiment ennemis. Enfin, c’est ce que s’évertuent à croire certains tout en entretenant un délicat équilibre personnel et en sachant pertinemment que le monde qu’ils ont connu est sur le point de basculer et qu’ils devront fatalement choisir un camp.

Trois destins sont ainsi amenés à se croiser, à se mêler et à se séparer dans les ultimes éclats de l’Al-Rassan : celui de Rodrigo Belmonte, Le Capitaine dont la réputation de droiture et de vaillance n’est plus à faire, celui de Ammar Ibn Khairan, poète, diplomate, soldat et assassin du dernier calife d’Al-Rassan, et celui de Jehane, la Kindath, médecin réputée et fille de médecin lui-même célèbre.

Après l’Italie de la Renaissance [ « Tigane » ], la Provence médiévale du fin amor [ « La chanson d’Arbonne » ], c’est au tour de l’Espagne de l’Al Andalus d’être mise en scène de manière détournée par la fantasy d’inspiration historique de G.G. KAY. L’auteur renoue plus nettement encore avec la démarche adoptée dans ses deux précédents romans car, ici, point de créatures merveilleuses ou horrifiantes ni de magie de pacotille. Juste des faits dans leur cruel et inexorable déroulement. Efficace dans l’action et subtil dans l’émotion, G.G. KAY tisse une tapisserie empreinte de mélancolie et pétrie d’humanité en prenant pour écheveau l’Histoire et en nous amenant à suivre la trame de destins complexes et exceptionnels. Bien sûr, il n’oublie pas que les exceptions ne sont pas faites pour durer. Elles marquent durablement les esprits et inspirent les poètes ou les idéalistes tout au plus.

Avec de tels éléments, KAY aurait pu rédiger un essai d’Histoire [ c’est le même reproche que certains ont fait à « L’infernale comédie » de Mike RESNICK ]. Il fait le choix du décalage autre part, en opposant un Occident et un Orient alternatif afin de ne retenir que l’universalité du propos. C’est de la rencontre, du cosmopolitisme dans la tolérance que surgissent le merveilleux et la sagesse. Mais, il n’omet pas de signaler au passage que la peur et l’ignorance stimulent la bassesse et la haine jusque dans le cœur des plus purs. On ne remerciera jamais assez G.G. KAY de nous épargner ainsi cette éreintante conception manichéenne colportée par de nombreux romans de fantasy. On le félicitera également d’avoir écrit autre chose qu’un interminable cycle.


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En conclusion, « Les lions d’Al-Rassan » montre de manière magistrale, et il y en a besoin actuellement, qu’il existe une autre façon de faire de la fantasy et qu’il est possible de ré enchanter l’Histoire.

Merci, de nous rassurer M. KAY.