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Publié le 01/12/2002

"Les mailles du réseau" de Bruce STERLING

["Islands in the net", 1988]

REED. FOLIO SF, 2002

Par Max

Laura Webster est cadre au sein de la multinationale Rizome. Elle vit paisiblement, au bord de la mer, dans une ambiance plutôt sécurisante, accompagnée de son bébé et de son compagnon David.

Un pavé de STERLING réédité par Folio SF, "emblématique de la génération câblée".


Tous deux sont des corporatistes, ils appartiennent (et le mot n’est pas vain) à la Rizome Corporation, une entreprise multinationale, et donc transnationale, dont les critères sont l’union de tous les membres sans soucis de sexe, race, ni classe d’origine. Pour en faire parti, ses membres doivent avoir réussi au sein de Rizome, se marier entres cadres de la société et respecter la fraternité un rien abrutissante de la corporation.

Tout semble aller pour le mieux chez ces yuppies du XXI° siècle, mais c’est compter sans la violente irruption du monde réel au sein de leur univers discrètement hiérarchisé et familiale. Un acte terroriste dont Laura sera la cible malgré elle, va plonger tout notre petit monde dans le chaos. L’irruption de la réalité dans leur vie va vite leur faire comprendre à quel point le sentiment d’égalité et de respect mutuel au sein de la Corporation est artificiel.

Ce roman est le troisième de Bruce Sterling après "La Schismatrice". Plus q’un roman d’anticipation (l’action se situe dans un futur très proche) il s’agit d’un roman d’initiation. Avec "Les mailles du réseau", Sterling se lance dans la description d’une sociétés contemporaine à celle que nous vivons, en prenant littéralement pour sujet d’expérience, une jeune femme un peu trop naïve et ces velléités corporatistes. Au fil du récit, celle-ci va découvrir le monde des réseaux informatiques illégaux, le terrorisme international, les conflits d’influences et le libéralisme économique ou seule compte la survie et la loi du plus fort.

Malgré la faiblesse stylistique et proprement littéraire, de ce roman écrit en 1988 (!), Bruce Sterling arrive à élaborer une critique acerbe de la société capitaliste telle qu’elle s’est mise en place aujourd’hui. Par le biais de personnage à la candeur toute américaine, il nous fait comprendre à quel point une partie de la population des Etats-Unis (mais aussi du monde) est déconnectée de la réalité et des problèmes des autres pays et populations.

Ainsi quand il décrit le Mali comme une dictature brutale économiquement très faible et militairement très fort, le lecteur informé ne doit y voir que le résultat de l’abandon des pays industrialisés "forts" qui ont totalement oublié ceux qui cherchent à se développer, et n’ont ni les moyens financiers, ni technologiques pour s’imposer. Ceux-ci ne pouvant déjouer les règles unilatérales obsolètes misent en place par les anciennes grandes puissances (comme la Grenade et ses banques de données informatiques illégales dans le roman, ou Singapour dont le gouvernement autoritaire tente de faire croire à la liberté de son peuple sous de faux airs de démocratie.), ils choisissent logiquement la violence. Violence qui se retourne souvent contre sa propre population.

Au final, "Les mailles du réseau" peuvent se lire comme une version modernisée du "Candide" de Voltaire, où Laura Webster, héroïne à la triste figure, découvre un monde où les inégalités sont la norme, où l’Afrique continue d’agonir dans un marasme humain et écologique et où les plus malins (les pirates informatiques dont le seul but est d’obtenir toujours plus de pouvoir et d’argent) tentent de survivre en profitant de la passivité des états-nations en voie d’extinction et des corporations égoïstes telles que Rizome.


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Un monde ou la menace terroriste est la seule façon de se faire entendre pour ceux qui n’ont plus rien. Un monde enfin, où les échanges géopolitiques sont devenus si complexes que différencier le bien du mal est de plus en plus difficile. Par-dessus tout cela, les médias ont tissé un voile rendant encore plus opaque toute tentative d’interprétation et vaine toute idée de révolte.

Tous cela Laura, comme le lecteur, le découvre à ses dépends et sa vie bascule. Un roman en forme d’avertissement donc : regardez autour de vous, tenez vous informé, aiguisez votre sens critique et prêtez un peu plus oreille à ceux qui en ont besoin ou la réalité vous rappellera à l’ordre sous peu...