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Publié le 01/09/2008

« Les mains d’Orlac » de Maurice RENARD

[1ERE EDITION, 1921]

ED. MOUTONS ELECTRIQUES / LA BIBLIOTHEQUE VOLTAÏQUE, SEPT. 2008

Par Pegase

La Bibliothèque Voltaïque est une collection originale dont l’un des objectifs est de rééditer des œuvres classiques devenues difficilement trouvables ou en passe de sombrer dans les oubliettes. Les mains d’Orlac, roman aux multiples facettes, renaît donc de ses cendres, accompagné d’un article de l’auteur sur ce qu’il qualifiait, à son époque, de "merveilleux scientifique" - ainsi que d’un court essai de deux chercheurs, à propos des modifications corporelles et de la médecine, thèmes abordés dans le récit.


Avant d’entrer plus en détail dans le roman, commençons par signaler ce qui devient une très mauvaise habitude chez cet éditeur, à savoir un nombre ahurissant de coquilles. C’est simple, on en relève une, si ce n’est davantage, par page ! Le rythme de lecture se voit tronqué et à la longue c’est très énervant. Penser à vos lecteurs. RELISEZ ET CORRIGEZ. D’avance, merci. Passons à présent au contenu :

Stephen Orlac, pianiste virtuose, est grièvement blessé dans un accident de train. Sa compagne, la ravissante et envoûtante Rosine, soulagée de le voir encore en vie, choisit, afin qu’il soit opéré au plus vite, de confier Stephen aux mains de l’éminent chirurgien Cerral [cf. Carrel, voir l’essai « Entre imaginaire, médecine et corps modifié » en fin d’ouvrage]. Or ce médecin, qualifié par certains de surhomme, est très mal vu par de nombreux confrères...

Toujours est-il que le pianiste est mal en point. Contusions, fractures, écorchures parsèment son corps.... Dès que le processus vital n’est plus engagé, la priorité devient de « sauver » ses mains.
Après deux opérations [dont une à la tête], Rosine ne reconnaît plus son mari. Stephen est devenu apathique, très affaibli, le regard vide. Sa femme établit un lien de cause à effet avec les interventions du Dr. Cerral : « il y a dans son moi quelque chose de nouveau, d’imprévu, de surprenant, un élément quasi monstrueux ». Toutefois, la douleur ressentie par le pianiste tiens assurément plus de la dimension symbolique attribuée à ses mains - expression de son art - que du domaine sensoriel. On espère que la rééducation devrait permettre au pianiste de retrouver son « moi-peau » [c’est-à-dire une peau non fissurée] et sa dextérité.

Il se trouve que, depuis la perte de son épouse, le père de Stéphen est un adepte de l’occultisme. Il tente d’établir un contact avec sa défunte femme, par l’entremise du peintre M. de Crochans, dit « Le chevalier », spécialisé dans la réalisation de portraits d’âmes et de paysages mentaux... Après son accident, Stephen se tourne à son tour vers l’étrange peintre pour tenter de dépasser son traumatisme et trouver réponse à ses tourments.

Dans les semaines qui suivent le drame, plusieurs phénomènes étranges se manifestent au domicile des Orlac : des bijoux sont volés ; Rosine est ligotée et bâillonnée par un homme indentifiable ; un couteau ensanglanté gravé de la marque X est planté dans une porte ; la découverte par Rosine d’une carte signée de La bande infra rouge...

Un échelon dans la violence va être franchi les jours suivants. La tournure des événements va instaurer des tensions et des suspicions. En effet, M. de Crochans est assassiné dans son lit par strangulation. Il s’avère que Stephen est l’unique héritier de la fortune du Chevalier. Quelques jours plus tard, c’est le pianiste en personne qui découvre son père poignardé. Les soupçons s’orientent légitimement vers lui. Il est rapidement mis hors de cause puisque la technique employée par le meurtrier n’est que trop bien connue par le commissaire. Il s’avère, sans l’ombre d’un doute pour ce dernier, que c’est la marque de Vasseur, un assassin récemment arrêté. Seulement voilà, ce dernier a été condamné... et guillotiné. Hors, la mort du père de Stephen est trop récente pour le désigner coupable. L’affaire se complique. Vasseur avait-il un complice ? Est-ce une erreur judiciaire ? Ou un opportuniste qui règle ses comptes ?


Les mains d’Orlac s’apparente dans sa construction au Chateau des Carpathes de Jules VERNE. Le début du roman est tourné vers le surnaturel [le spectre vu par Rosine] et l’occultisme [les séances de spiritisme auprès de M. de Crochans] avant de devenir rationnel.
Le lecteur assiste à la déchéance du pianiste qui peine à guérir ses mains et derrière laquelle se dissimule un terrible secret.

Certains passages dans lesquels la prose apparaît caduque ne dénigre aucunement le plaisir de lecture. Au contraire, cela apporte un certain charme.
Il faut souligner aussi la primordialité du personnage féminin. En effet, Rosine est sans doute la personne la plus forte mentalement et un soutien exemplaire auprès de son mari. C’est aussi la plus rationnelle (comme vous pourrez le constater à la fin du récit). Son personnage dépasse le simple faire-valoir et ne s’efface pas au profit de l’artiste.

Maurice RENARD est partagé entre d’un côté l’émerveillement procuré par les avancées technologiques et de l’autre les dangers qu’elles peuvent faire naître. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur la chirurgie, l’éthique, les éventuels troubles de la personnalité du patient mais nous ne pouvons en dire davantage faute de spoiler. D’où l’intérêt de lire, après le roman, le court essai Entre imaginaire, médecine et corps modifié qui offre un bel éclairage tant scientifique que sociologique.


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Les mains d’Orlac est un brillant roman qui, au-delà de l’intrigue policière, se veut avant tout rationnel et imbriqué dans un contexte de "merveilleux scientifique" pour reprendre Maurice RENARD.

Vous pouvez vous précipitez sans hésitation sur cette oeuvre majeure des littératures de l’imaginaire datant des années 20. Une réussite de plus à signaler pour cette collection qui devient incontournable.