EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 01/07/2007

Les martiens de Kim Stanley Robinson

[The martians, 1999]

ED. PRESSES DE LA CITE, 2000 - REED. POCKET, MAI 2007

Par K2R2

S’il fallait citer trois auteurs emblématiques de la science-fiction des années 90, Kim Stanley Robinson [KSR pour les intimes] figurerait indiscutablement aux côtés de Iain M. Banks et de Dan Simmons.
Avec sa trilogie martienne, KSR déroulait une œuvre maîtresse dont l’ambition et l’ampleur n’avaient d’égal que la maîtrise de la narration et la qualité de la plume. Après trois volumes de presque mille pages chacun, on aurait cru que l’auteur californien avait tout dit de Mars et de sa terraformation ; erreur, voici qu’avec ce recueil intitulé sobrement Les Martiens, il nous livre une nouvelle facette de l’aventure martienne, une vision aux allures de puzzle géant dont les pièces viennent s’imbriquer délicatement, mais qui conserve une taille résolument humaine.


Difficile de résumer un recueil qui compte près de 600 pages et presque 50 nouvelles de tailles et de formes variables. Les textes littéraires [il y a même un peu de poésie] succèdent aux rapports cliniques et autres articles scientifiques destinés à donner un aperçu de l’état de la biosphère martienne, dans une progression narrative finalement assez fluide. Cette variété du style et de la forme confère à ce recueil tout son dynamisme et ne lasse jamais le lecteur.

Autre caractéristique fondamentale, les lecteurs familiers de la trilogie martienne retrouveront plusieurs personnages connus : Michel, Nirgal, Eileen, Hiroko, Maya, .... au cours des décennies, voire des siècles puisque la longévité est de mise sur Mars, ces hommes et ces femmes se croisent, s’aiment ou s’affrontent à travers une fresque souvent elliptique, mais diablement subtile.
Evidemment, les néophytes seront perdus ; les autres seront en terrain connu et profiteront des références habilement semées par l’auteur à travers ses nouvelles. Alors que la trilogie martienne était un concentré de techniques de terraforming et de politique fiction, « Les martiens » est un recueil bien plus soft, traversé par deux lignes directrices : le destin des personnages et bien évidemment le destin de Mars, les deux étant intrinsèquement liés.

Plus proche que jamais de ses personnages, KSR instille dans « Les martiens » une atmosphère plus calme, presque apaisante, les conflits politiques ne sont vus qu’à travers le regard ou les souvenirs de ses héros. Sous leurs yeux, le paysage martien change, Mars la rouge devient Mars la verte, puis Mars la bleue, au grès des modifications apportées par le processus de terraforming. Le combat qui oppose d’ailleurs les chantres de la terraformation et les "rouges", attachés aux paysages initiaux de la planète faits de roche et de poussière, passe au second plan même si les personnages en ressentent les effets sur leur propre destin.
Le pendant de cette vision humaniste de l’histoire martienne émerge à partir des textes moins littéraires, articles et autres rapports qui permettent à l’auteur d’offrir une vision scientifique de Mars, à la fois géographique, géologique et écologique. La beauté des paysages transparaît aussi bien à travers les yeux de Roger, amoureux des canyons dans lesquels s’engouffrent les vents martiens chargés de poussière rouge, qu’à la lecture des rapports décrivant avec netteté la scène qui s’offre au regard du rédacteur.
Evidemment, le lecteur est fasciné, voire subjugué, il tombe irrémédiablement amoureux de Mars et souhaiterait fouler la poussière ocre des cratères de Tharsis, ou bien encore escalader les falaises abruptes d’Olympus Mons. Mars comme si vous y étiez.

Il est certain qu’en dépit de l’ambition de l’œuvre, certains textes sont plus ou moins passionnants. Félicitons KSR d’avoir fourni l’intégralité de la constitution martienne, ainsi que sa fine analyse par une spécialiste du droit constitutionnel, mais nul doute que nombre de lecteurs passeront rapidement sur le sujet [sans doute à tort], de même que sur les rapports géologiques ou agronomiques de la colonie du cratère de Jones. Il n’empêche que le tout donne une vision assez inédite de la situation politique, économique et sociale de Mars au cours de sa colonisation.

Quelques mots enfin sur les textes qui m’ont paru les plus marquants, à commencer par celui qui ouvre le recueil [« Michel dans l’Antarctique »], qui se déroule avant la première mission de colonisation lors d’une expérience destinée à déterminer le profil psychologique des candidats au voyage vers Mars. Intéressante illustration d’une dynamique de groupe en milieu hostile.
Autre morceau de bravoure avec « Mars la verte », dans lequel un homme et une femme se retrouvent après plusieurs décennies de séparation, à l’occasion d’une expédition [ou plutôt de l’assaut] inédite sur l’une des falaises les plus abruptes d’Olympus Mons. Après toutes ces années et plusieurs traitements de rajeunissement, la femme a oublié mais l’homme se souvient toujours de leur première rencontre.
Enfin, ne ratez pas « Dimorphisme sexuel », histoire d’amour finissante entre un homme et une femme qui se déchirent sur fond d’expérience génétique. Un texte intense et à fleur de peau, où l’on découvre encore quelques unes des mœurs martiennes.
« Exploration du canyon fossile », « Maya et Desmond », « Mars la violette » ou bien encore « Zo, par Jackie » sont également tout à fait recommandables. Décidément, KSR est aussi un grand auteur de nouvelles.


COMMANDER

Recueil foisonnant, passionnant et maîtrisé de bout en bout, Les martiens ravira tous les fans de la trilogie martienne, mais risque de laisser sur le bord du chemin ceux qui s’étaient refusés à accompagner KSR jusqu’au terme de son voyage vers Mars.
Accrochez-vous tout de même, l’aventure martienne se mérite mais elle est d’une beauté et d’une intensité à couper le souffle.

De la SF pure et dure, mais aussi et surtout de la littérature de très grande tenue.