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Publié le 03/06/2007

« Les mensonges de Locke Lamora » de Scott LYNCH

[ « The lies of Locke Lamora », 2006 ] - Les Salauds Gentilhommes, Tome 1

ED. BRAGELONNE, FEVRIER 2007

Par eleanore-clo

Les éditions Bragelonne publient plusieurs titres par mois [7 pour le seul mois d’avril...] et inondent les tables de nos libraires. Repérer un titre dans cette production relève donc du défi d’autant plus que les commentaires dithyrambiques foisonnent sur les toutes 4ème de couverture...
La découverte des « Mensonges de Locke Lamora » relève donc d’une certaine chance ! D’autant que ce livre mérite le détour.


Locke Lamara habite la très vénitienne Camorr. Orphelin, il est vendu à un prêtre du Dieu Mendiant, le « Mozart » des voleurs, qui va rapidement développer ses talents et lui permettre d’élever la rapine au rang d’art.
Adulte, il fonde sa bande, les salauds-gentilhommes, et compose d’incroyables escroqueries. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si un mystérieux roi gris ne défiait le chef de la mafia locale : la petite côterie se retrouve, bien malgré elle, impliquée dans le conflit, conflit qui bien évidemment débordera du caniveau pour perturber les classes aisées et les édiles...

L’intrigue n’est qu’un des charmes du livre, à côté par exemple du décor somptueux de Camorr. Cette sœur jumelle de Venise s’étend sur des dizaines d’îlots, chacun doué d’us et de coutumes propres aux origines de ses habitants. Camorr possède aussi un riche passé puisqu’une antique espèce y a construit d’incroyables édifices en verres. Les plus prestigieux ressemblent à d’immenses tours utilisées comme palais par la riche noblesse. Un système de transport inspiré des téléphériques relie les édifices ce qui nous vaudra d’ailleurs quelques scènes vertigineuses...
Les douze ou treize dieux de Camorr engendrent des cohortes de cultes aussi pittoresques les uns que les autres. Les dévots n’ont que l’embarras du choix entre Varna, maîtresse des épidémies, Azu Guilla, déesse de la mort, ou encore Perelandro, dieu mendiant... Lynch ne peut s’empêcher d’adresser un clin d’œil à Fritz LEIBER, à la ville de Lankhmar et à son inénarrable rue aux dieux. Le lecteur attentif ne manquera pas de comparer Locke et son ami Jean de leurs illustres prédécesseurs : le Souricier Gris et Fafhrd.

Cependant, Locke s’élève moralement au-dessus du Souricier. Il porte un projet allant bien au-delà du seul enrichissement. Tel Arsène Lupin, Locke recherche la beauté du geste voire une forme de revanche sur sa jeunesse volée. La cambriole, la rapine et autres escroqueries sont des prétextes, des moyens d’atteindre une nouvelle dimension dans l’intelligence, dans la fraternité criminelle. Maurice LEBLANC n’aurait pas renié un héros qui refuse le meurtre gratuit et porte des valeurs chevaleresques.

D’innombrables personnages secondaires traversent le décor et on peut presque regretter l’absence d’une liste récapitulative en fin de livre, ce qui impose une lecture attentive - d’autant plus que la narration s’appuie sur deux fils : le premier nous conte la jeunesse de Locke, le second dépeint sa dernière aventure.
Ce choix, psychanalytique, permet de mieux comprendre les motivations de Locke. L’auteur se plonge volontiers dans le passé de ses personnages et les méchants y gagnent en épaisseur. LYNCH sème d’ailleurs des graines qui ne manqueront pas de germer dans les volumes suivantes [parmi les orphelins, une jeune fille...].

Le principal défaut du récit tient à sa violence. La résistance physique de Locke dépasse celle de Stallone et Schwartzenegger rassemblés, et LYNCH martyrise son personnage avec un certain sadisme. Le lecteur sensible ne manquera d’accuser un léger malaise face aux innombrables corrections « encaissées » par Locke. Le sang gicle au ralenti, ça n’était pas indispensable...

La traduction de Karim Chergui pose aussi quelques problèmes. Le ton rendu en français est truculent, voire argotique, bien éloigné de la finesse de LYNCH en anglais. Les difficultés apparaissent dès le début du livre puisqu’au deuxième paragraphe : « Have I got a deal for you ! the Thiefmaker began, perhaps inauspiciously » est mystérieusement traduit par « J’en ai un pour toi, tu m’en diras des nouvelles ! entama le Faiseur de Voleurs dont la venue n’était généralement pas placée sous les meilleurs auspices ».
On peut aussi s’interroger sur le titre donné à la série en VF, « Les salauds gentilshommes » alors qu’en VO, « Gentlemen bastard », pouvait aussi se traduire par « Les bâtards gentilshommes », bastard signifiant aussi bien "fils naturel" que "personne méprisable"...
La rumeur dit d’ailleurs qu’un nouveau traducteur, Olivier Debernard, devrait reprendre le flambeau pour les tomes suivants de la saga.

Les quelques 550 pages du pavé peuvent déconcerter voire effrayer d’autant plus que la traduction de Chergui manque de fluidité - mais il ne faut pas s’arrêter là : les longueurs ne s’éternisent pas et de nombreux moments de bravoure ponctuent le livre.


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Scot LYNCH fait une entrée tonitruante sur la planète « fantasy ». Les tentatives qui ne plagient pas bêtement les archétypes tolkienniens sont rares et il convient donc de saluer ce premier essai.

« Les mensonges de Locke Lamara » est une très bonne surprise qui tient à son atmosphère : tantôt gaie, tantôt triste, parfois grotesque, parfois héroïque. Il faut espérer que l’inscription de ce premier ouvrage dans une heptalogie [car sept volumes sont anoncés...] n’affadira pas le savoureux monde de Camorr.