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Publié le 01/03/2008

Les murailles de Jéricho de Edward Whittemore

[Le quatuor de Jerusalem, Tome 4]

ED. ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, FEV. 2008

Par PAT

Attendu de pied ferme par dix-neuf lecteurs impatients [soit la totalité des ventes de ce texte pourtant mémorable et grandiose], Les Murailles de Jéricho ne décevra personne. Un livre tout simplement magnifique et indispensable, impeccablement traduit par Jean-Daniel Brèque [et il y avait du boulot].


Quatrième et dernier volume d’une oeuvre monstre qui accumule les superlatifs, Les murailles de Jéricho clôt avec bonheur un cycle [?] dont l’impressionnante beauté n’a d’égale que la profondeur. Avec Le quatuor de Jerusalem, Edward Whittermore réussit le prodige de convoquer à peu près tous les mythes et les genres littéraires sous une plume dévastatrice, pour livrer au final un roman magnifique qui prend dignement sa place parmi les chef-d’œuvres du XXème siècle, aux côtés de noms aussi prestigieux que Peake, Joyce, Borges et quelques autres...

Le changement très net déjà amorcé dans Ombres sur le Nil se poursuit logiquement dans Les murailles de Jéricho et s’inscrit dans une histoire contemporaine particulièrement déprimante, où l’idéal et la joie dérivent lentement vers l’horreur et l’incompréhensible, ne laissant que ruine derrière eux. Un peu comme la vie au sens large, d’ailleurs, une “vie” qui, s’il fallait la résumer à un livre, pourrait s’installer confortablement dans l’oeuvre d’Edward Whittemore.
Si Le quatuor de Jerusalem est une sorte de roman total, Les murailles de Jéricho en forment un chapitre fondamental et tristement actuel. Le XXème siècle entre dans sa seconde moitié, et la fondation de l’état d’Israël n’est que le point de départ d’une longue suite d’événements douloureux où jalousie, mesquinerie, soif de pouvoir et mépris du genre humain cohabitent dans une danse de mort qui annihile tout sur son passage. Ici, Whittemore choisit de mettre en scène une sorte de roman d’espionnage totalement délirant [une habitude], mais douloureusement réaliste, tout en faisant intervenir plusieurs personnages des romans précédents.

Dans Les murailles de Jéricho, le délire est maîtrisé et l’humour permanent vire à l’acide. Il faut dire que le sujet ne prête pas à la légèreté. On suit la vie de Yossi, soldat israélien recruté par le Mossad du tout début pour s’infiltrer en Syrie. C’est le point de départ de l’opération Coureur, la plus incroyable histoire d’espion jamais couchée sur le papier [et partiellement authentique, qui plus est], dans laquelle Yossi réussit tellement bien son coup qu’il en devient [tout naturellement] plus syrien que syrien et accède presque au statut de “conscience Arabe” en plus d’y gagner une réputation d’idéaliste incorruptible.

Installé et protégé par Tajar, un haut fonctionnaire du Mossad aussi poète et désintéressé que lui, Yossi fait sa vie au fil des années, traverse la guerre des six jours en 1967 et celle du Kippour en 1973 pour s’enliser [comme tout le monde] dans la guerre civile libanaise au début des années 80. On le voit, le contexte est lourd. Et à l’enthousiasme du début succède inévitablement une impression d’échec, une désespoir profond dont il est impossible de s’affranchir. Whittemore cite d’ailleurs Orwell en précisant que Toute existence, vue de l’intérieur, n’est qu’une longue suite d’échecs. Constat amer, certes, mais pas non plus dénué d’espoir, puisque la vie continue et que la vision étonnamment belle que portent les nombreux personnages du roman sur l’existence en général font (presque) oublier que la Mort mène le bal.


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Tour à tour fulgurantes, poignantes, effroyablement violentes, poétiques, tristes et nostalgiques, les scènes des Murailles de Jéricho forment un tableau complet difficilement supportable, une véritable mosaïque qui trouve des échos inattendus en chacun de nous. Le genre de texte qui change et qui fait dire à ses lecteurs qu’il existe un avant et un après Whittemore. À ce titre Le quatuor de Jerusalem est un texte salutaire.
Quant aux Murailles de Jéricho, il n’est peut-être pas inopportun de préciser que ce roman rend meilleur.
Qu’espérer de mieux en littérature ?