Publié le 04/03/2007

« Les neuf sorcières - Le Roi d’Ys, tome 2 » de Poul & Karen ANDERSON

[« The King of Ys - Gallicenae », 1987]

ED. CALMANN-LEVY, FEV. 2007

Par Erispoe

Poul ANDERSON est un de ces auteurs américains bien plus célèbres aux Etats-Unis qu’en France, en raison d’opinions réactionnaires qui lui ont nui auprès du milieu francophone.
Auteur emblématique de l’« Age d’or » de la SF avec des titres comme « La Patrouille du temps » ou les « Croisés du Cosmos », il s’est aussi essayé à la fantasy avec « La saga de Hrolf Kraki ». Considéré comme son magnum opus dans le domaine, sa tétralogie du « Roi d’Ys » est en cours de publication, près de vingt ans après sa parution aux Etats-Unis.

Après « Roma mater », le cycle se poursuit avec la parution du deuxième tome intitulé « Les neuf sorcières ». Datant de 1987, le roman écrit par Poul Anderson et son épouse Karen mérite-t-il qu’on s’y attarde ?


Le premier tome, pouvait lasser les lecteurs. Il s’agissait en grande partie d’un tome d’exposition dans lequel étaient présentés les personnage principaux, le contexte historique et géographique... La description de l’organisation politico-religieuse de la légendaire cité d’Ys, nécessaire à la bonne compréhension des enjeux, ne soulevait guère l’enthousiasme.

Maintenant que les lecteurs sont familiarisés avec ce contexte, le couple ANDERSON peut passer à la vitesse supérieure. L’intrigue s’accélère. Les événements s’enchaînent vers une conclusion que connaissent déjà en partie ceux qui s’intéressent au mythe d’Ys.

Après la mort d’une de ses reines, Dahilis, Gratillionus, préfet romain et roi de la ville d’Ys renforce ses positions. Après avoir prouvé son allégeance à Maxime, son ancien général, proclamé imperator, en lutte pour le contrôle de l’Empire romain d’occident. Il tient à s’assurer de l’indépendance de sa cité face à un Empire déclinant mais encore puissant. Il souhaite également qu’Ys devienne le fer de lance de la défense de la région face aux risques d’invasions que l’Empire, en pleine guerre civile, ne pourrait éviter...

Gratillionus, que certains Ysans commencent à surnommer Gradlon, parcourt les routes de Gaule et de la péninsule armoricaine afin de mener à bien ses objectifs. Comme dans tout roman historique, il rencontre des personnages célèbres comme le futur Saint-Patrick, évangélisateur de l’Irlande. Mais « Les neuf sorcières » voit aussi l’apparition de nombreux personnages amenés à jouer un rôle crucial dans l’histoire. Dahud, la fille de Gradlon et Dahilis, grandit, promise à un destin exceptionnel. Corentin, le nouveau prêtre d’Ys, combat les rites païens ancestraux des Ysans et de leur roi.

« Au dessus des hautes falaises, l’herbe était encore jaune et sèche. Les eaux en contrebas avaient des éclats d’améthyste, de béryl, de silex et d’argent. (...) Et là, dans cet écrin, se dressaient des murs rouges et crénelés, des tours élancées et majestueuses. »

Ys devient presque un personnage à part entière du récit puisqu’à travers ses habitants, des plus humbles aux élites, ses rites religieux d’origine carthaginoise, son organisation monarco-théologico-oligarchique, elle prend une épaisseur intéressante. Plus qu’un simple décor, la ville devient un élément moteur dans le déroulement du récit.

Les descriptions sont l’un des points forts des « Neuf sorcières ». Elles sonnent d’autant plus vraies que Poul & Karen ANDERSON ont visité les lieux qu’ils décrivent, ainsi que le précise l’une des nombreuses notes réunie en fin de volume [prévoyez un deuxième marque-page si vous souhaitez les retrouver rapidement bien que leur lecture soit la plupart du temps facultative]. Les recherches qu’ils ont menées leur permettent d’écrire un vrai roman de fantasy historique documenté et [relativement] sérieux. Les informations archéologiques qu’ils disséminent au long du texte prouvent qu’ils ont effectué beaucoup de recherches bibliographiques [impressionnantes car un certain nombre étaient sans doute inédites en langue anglaise]. La tétralogie du « Roi d’Ys » est sans doute plus un roman historique mâtiné de fantasy qu’un énième roman de fantasy historique [même si la mode n’était pas encore lancée dans les années 80].

Le style et la narration, classiques, pour ne pas dire old school, collent parfaitement au roman. Les personnages, dont certains n’étaient qu’esquissés dans le premier volume [Gradlon paraissait souvent « fade » dans « Roma mater »], gagnent en profondeur à mesure que des obstacles se dressent sur leur route.

Ce deuxième tome permet aussi aux ANDERSON d’inscrire leur récit dans une problématique plus large, celle de la chute d’une civilisation [ici, l’Empire romain] et de religions antiques [qu’il s’agisse du culte de Mithra de Gradlon ou bien de la religion ysanne] face à l’émergence d’un monde nouveau et d’une religion chrétienne conquérante.


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D’un intérêt nettement supérieur au premier tome, « Les neuf sorcières » est une lecture plus qu’intéressante. Le livre plaira aux amateurs de romans historiques ainsi qu’aux amateurs de fantasy classique. La grande rigueur des ANDERSON permet au roman d’échapper aux poncifs de la BCF. Il faut lire « Le Roi d’Ys » pour ce qu’il est, c’est-à-dire un cycle paru il y a vingt ans, bien avant la mode actuelle de la fantasy historique.

Il ne nous reste plus qu’à espérer que la suite sera à la hauteur de ce deuxième tome réussi.