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Publié le 01/12/2007

Les nombreuses vies de James Bond - Ouvrage dirigé par Laurent Queyssi

ED. LES MOUTONS ELECTRIQUES / LA BIBLIOTHEQUE ROUGE, 2007

Par Ubik

En novembre 2005, les toutes jeunes éditions Les Moutons électriques lançaient une collection dédiée aux héros de la littérature populaire en commençant par deux de ses personnages emblématiques : Arsène Lupin et Sherlock Holmes.
L’aventure s’étant poursuivie avec Hercule Poirot et Fantômas, c’est désormais au tour de James Bond et de l’inspecteur Maigret de s’exposer aux yeux de tous, en tant qu’icônes de l’imaginaire collectif contemporain.


Bond. My name is Bond. James Bond.

Qui ne connaît pas la célèbre réplique de présentation du plus impitoyable et élégant agent secret au service de sa Majesté ? Qui n’a pas au moins visionné, avec un plaisir régressif évidemment, un des épisodes de la saga cinématographique, adapté ou s’inspirant de l’œuvre créée par l’auteur anglais - élégant lui aussi - Ian Fleming ? Ces spécimens se comptent sans doute sur les doigts d’une main et il n’est pas question ici de les fustiger publiquement.
C’est Laurent Queyssi - dont nous avons eu un aperçu du goût pour l’espionite aiguë déclinée en feuilleton dans son roman Neurotwistin’ - qui s’est porté volontaire pour conduire ce nouveau volume de la Bibliothèque rouge. Pour mémoire, rappelons succinctement le dispositif désormais rodé de la collection : une biographie de Bond comme si celui-ci avait réellement existé, suivie d’une chronologie indicative, des listes informatives en pagaille, quelques articles thématiques que l’on qualifiera, faute de mieux, de zoom sur l’univers de James Bond et pour conclure, six nouvelles en forme d’hommage au héros britannique. N’oublions pas enfin, de mentionner le soin accordé à l’iconographie et la désormais classique illustration de couverture de Daylon qui apporte vraiment à la collection une forte identité visuelle [1].

«  Avec les aventures de James Bond, les mythologies modernes s’enrichissent d’un nouveau chapitre. On y raconte comment le héros maîtrise le temps et l’espace, comment il brise les manœuvres des organisations et des puissances avec les seuls moyens de l’individu. Reconnaissons-le sans trop jouer sur les mots, ce personnage fait accomplir un bond en avant dans « l’imaginaire » des hommes du XXe siècle. Il joue le rôle de révélateur. »
Georges Balandier [sociologue] 1965

On a longtemps cru que la science et le progrès allaient mettre un terme aux diverses mythologies anciennes qui jusqu’alors, constituaient le gisement essentiel de l’imaginaire collectif. C’était sans doute aller vite en besogne et oublier que les mythes se modernisent en se nourrissant des oripeaux technologiques et de la géopolitique de leur époque. Ils s’adaptent, mutent, vivent en symbiose avec l’humain et finalement laissent affleurer les mêmes messages universels depuis le début de l’Humanité.

Ce n’est certainement pas la figure héroïque de James Bond qui parviendra à contredire ce bref raisonnement. D’ailleurs, il apparaît assez rapidement que le personnage créé par Ian Fleming s’impose comme un avatar moderne de l’archétype du chevalier ; incarnation du Bien en lutte contre le Mal [SMERSH, S.P.E.C.T.R.E.] qui est, bien entendu, légion.
Si l’on fait abstraction de l’aspect pédant et doctoral de ce résumé sommaire - on me pardonnera de faire court mais j’écris ici surtout pour ceux qui éventuellement me lisent -, il faut reconnaître que ce résumé essaie d’aller à l’essentiel, c’est-à-dire exposer clairement le postulat sous-entendu par le biographe de Bond.
Cette biographie qui ouvre l’ouvrage, est, il faut l’avouer, le morceau de choix de « Les nombreuses vies de James Bond ». Elle se lit à la manière d’un roman et éclaire d’un jour passionnant la carrière de l’agent secret. De surcroît, elle use des meilleures sources dont nous disposons sur l’agent britannique, à savoir l’œuvre de Ian Fleming him-self, mais aussi quelques ouvrages apocryphes, respectueux de la réalité historique.
Ainsi à sa lecture, découvre-t-on un être notablement différent de celui incarné successivement par Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan et, dernier en date, Daniel Craig. Certes, Bond est toujours un agent redoutable du Secret Service, adepte de la vitesse et des jeux de hasard. Néanmoins, il n’est pas le surhomme que ses apparitions cinématographiques ont gravé dans la mémoire collective au point de masquer la réalité de ses aventures de papier [2]. Celles-ci sont d’ailleurs très éloignées des clichés au rendu kitsch, de la dérive auto parodique et de la panoplie de gadgets que le cinéma a immortalisé à l’écran. On redécouvre finalement le Bond authentique. Un être de papier et de sang et de chair et d’encre. Un acteur essentiel de la guerre secrète menée en coulisse contre le communisme, le crime organisé et quelques milliardaires mégalomanes et égotistes. Un homme réel, si l’on considère qu’exister, c’est avoir de l’influence sur la réalité... en particulier celle des lecteurs.

Après cette roborative et réjouissante entrée en matière, une ribambelle de guests stars, nous propose d’approfondir notre connaissance de l’univers bondien. Voyages, lieux emblématiques et étude du style de vie côtoient ainsi des listes bibliographiques, des notices biographiques et des analyses lapidaires de fans déclarés. Il y a là, matière à lire et à nourrir sa nostalgie.
Néanmoins, il faut reconnaître que tous ces articles ne sont pas forcément très approfondis. On ne peut s’empêcher également de percevoir les multiples redondances, mêmes photographiques [j’ai relevé par exemple, mais ce n’est pas le seul cas, quatre fois la photo du nouveau QG du MI6] et le côté parfois fourre-tout - je pense ici au papier consacré à John Steed et à celui dévolu à la liste des « rivaux » de Bond - qui donne la fâcheuse impression de faire du remplissage.
Evidemment, le geek en balistique me rétorquera qu’il est vital pour lui de savoir que Bond a troqué, pendant qu’il traquait le Dr No sur les plages de Crab’s Key, le Beretta .32 contre le Walter PPK 7,65 mm. Le lecteur assidu d’Auto plus, ajoutera que connaître l’ordre exact d’acquisition des Bentley successives de l’agent secret est primordial pour sa vie affective. Le collectionneur monomaniaque aigri affirmera avec force, vouloir vérifier s’il possède l’intégrale des romans de l’agent britannique et si la liste de ses aventures parallèles - comprendre les adaptations en Bande dessinée et au cinéma - est complète [sinon, il écrira immédiatement pour se plaindre]... Et mon petit doigt finira par me convaincre que l’exhaustivité est le point faible de ce genre d’ouvrage. Aussi pour éviter la lassitude, convient-il de sélectionner les articles en fonction de ses envies. Cela tombe bien, j’ai une suggestion à faire : ne loupez pas le chapitre que Xavier Mauméjean consacre à Modesty Blaise [« Spicy but chic - une journée ordinaire dans la vie de Modesty Blaise - p.285].

Reste à dire un mot sur les nouvelles-hommages qui concluent l’ouvrage. L’exercice est périlleux car il oscille trop souvent entre la copie besogneuse ou la nouvelle convenue que trop de respect confine dans un académisme ennuyeux. Ici, nous nous trouvons clairement dans le second cas. Les textes sont bien écrits, propre sur eux mais l’ensemble manque carrément de fantaisie. Seule la nouvelle de Johan Heliot tire son épingle du jeu. L’auteur sait être suffisamment malin pour user des références - très cinématographiques pour le coup - sans trop de révérence.


Diamonds are forever. Hélas, sans doute pas James Bond car le héros - au moins à l’écran - peine à retrouver un second souffle depuis la fin de la guerre froide et la disparition du rideau de fer. Une page semble tournée mais une autre reste à écrire car le héros a mille et un visages dit-on.
Aussi en attendant cet événement, lisons ou relisons avec nostalgie, l’œuvre de Ian Fleming à laquelle Les nombreuses vies de James Bond » apporte un hommage bienvenu, non sans une certaine classe tout de même...



NOTES

[1] A titre personnel, je trouve l’illustration de « Les nombreuses vies de James Bond » particulièrement remarquable.

[2] Sur ce point, il apparaît que Au Service Secret de Sa Majesté est le film le plus fidèle au personnage de Fleming.
A noter également, l’excellente B.O.F. de James Barry à laquelle Les Propellerheads ont rendu hommage dans l’album Decksandrumsandrockandroll ; album où l’on trouve un morceau chanté par Shirley Bassey, l’interprète du célèbre titre Goldfinger. [non, ceci n’est pas un appel du pied vous invitant à écouter cet album...