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Publié le 11/10/2005

"Les passeurs de millénaires", anthologie présentée par Gérard KLEIN, Ellen HERZFELD et Dominique MARTEL

LE LIVRE DE POCHE, MARS 2005

Par Olivier

Voici le 6e volume de "La grande anthologie de la science-fiction française". Sous ce titre à rallonge se cache un projet ambitieux et salutaire, à savoir publier régulièrement une anthologie des meilleurs textes de SF francophone. Le volume dont il est ici question couvre la période 1996-2000, et boucle avec les précédents un demi-siècle de sf francophone, de 1950 à 2000.


Au sommaire, un peu de tout : des vieux de la vieille qui n’ont rien perdu de leur talent, , comme Philippe CURVAL ou Jean-Pierre ANDREVON, des auteurs déjà fort justement reconnus comme Roland C. WAGNER, Claude ECKEN, Jean-Claude DUNYACH ou Serge LEHMAN ainsi que les étoiles montantes, comme Ugo BELLAGAMBA et Olivier PAQUET. Les nouvelles sont agencées selon leur chronologie interne : les premières sont celles qui se passent dans un futur proche, jusqu’aux dernières qui se situent dans un futur beaucoup plus lointain.

Nous commençons sur les chapeaux de roues, avec un ANDREVON au mieux de sa forme, tendance anticipation satirique avec "CHAPO". Un conte sarcastique sur la déshumanisation d’une société ultra-hygiéniste, où l’on apprend aussi que l’automation n’a pas que des bienfaits. Il n’est pas jusqu’à l’alimentation qui ne soit totalement sous le joug de l’automation, vous dispensant ainsi définitivement de toutes les tâches ménagères. Tout est propre tandis que chaque journée produit ses tonnes d’ordures à éliminer. Quel bonheur !

L’humour et la satire ont aussi la part belle chez Mathieu WALRAET, qui officie plutôt dans la théologie-fiction, avec cotation à la bourse du Vatican des pénitences : le pape doit donc en tenir compte pour ses sermons, et jongler entre les fondamentalistes et les spéculateurs. Quoi que court, les rebondissements ne sont pas en reste. Feu d’artifice d’idées, d’intelligence et d’irrespect dans la satire, encore un excellent texte à mettre au crédit de cette anthologie.

Bien sûr, il y a aussi les hommages et autres clins d’œil de rigueur. Jean-Jacques NGUYEN lui, nous ouvre aux vertiges de la physique quantique, et à la structure même de la matière, au-delà des quarks, dans un magnifique texte lovecraftien, qui a l’immense mérite de ne pas être une simple resucée du maître. Brillant et vraiment réussi. De l’autre côté, Sylvie DENIS et Francis VALERY rendent hommage au BALLARD de « Vermilion sands » dans un texte remarquablement ciselé, sur la rencontre de deux êtres seuls au sein d’une Terre totalement dépeuplée. Philippe CURVAL n’est pas en reste non plus, qui signe avec l’excellent « Canards du doute » un excellent texte, joli petit clin d’oeil à BRADBURY, puisqu’ici les livres, reliques d’un passé révolu, semblent être le seul remède contre ce mal nouveau qui ronge l’humanité.

Hommage aussi à Greg EGAN, avec "L’éternité, moins la vie" de Jean-Jacques GIRARDOT, pour ceux qui ne jurent que par la trinité ordinateurs-IA-nanotechnologies. Deux autres textes traitent d’ailleurs des IA dans ce recueil : "La stratégie du requin" de Jean-Claude DUNYACH et "La première œuvre" d’Olivier PAQUET. Pour faire bref, le texte de DUNYACH n’est même pas excellent, il est tout simplement génial, mêlant cyberpunk, espionnage, réalité virtuelle et E.T. avec une incroyable virtuosité. Le texte d’Olivier PAQUET est lui aussi très intéressant, il y met en scène une IA programmée pour être une virtuose de la peinture. Le texte est parfois un peu guindé, mais l’originalité du propos et grande finesse de son traitement valent très largement le détour.

Le livre se termine en toute beauté par toute une série de voyages dans les imaginaires féconds de Claude ECKEN, qui nous convie aux derniers soubresauts du Big bang, dans « La fin du big bang », tandis que Roland C. WAGNER nous mène vers « Ce qui n’est pas nommé », et que BELLAGAMBA vous invite aux derniers jours de l’Empire despotique instauré par Napoléon sur Titan, et le tout pour finir en toute beauté avec Serge LEHMAN, « Nulle part à Liverion ».


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A travers ce recueil, vous êtes donc conviés à un voyage à travers la sf francophone des dernières années du siècle précédent. Si quelques textes sont un peu en deçà de la tonalité qualitative générale du recueil, il n’en demeure pas moins indispensable.

Tout d’abord parce qu’on y trouve réunis bon nombre d’excellents textes, difficilement trouvables isolément. Et surtout parce qu’après l’avoir lu, vous ne pourrez plus dire que vous ne connaissez pas la sf française. Vous en connaîtrez une bonne partie du meilleur, de la poésie de Sylvie DENIS aux spéculations hard-sf satiriques de Matthieu WALRAET. Etat des lieux des gloires justement établies, et de celles en devenir, ce recueil se dévore d’une traite, dans l’attente du prochain.