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Publié le 03/05/2009

Les petites fées de New York de Martin Millar

[« The Good Fairies of New York », 1992]

ED. INTERVALLES, AVRIL 2009

Par tuC

Certains connaissent peut-être déjà Martin Scott, lauréat du World Fantasy Award en 2000 avec Thraxas au royaume de Turai. Mais qui connait Martin Millar, l’enchanteur urbain, le biographe des anti-héros underground et des fées névrosées ?
Si vous n’avez pas encore lu Le lait, les amphètes et Alby la Famine, jusqu’alors le seul ouvrage de Martin Millar alias Scott paru en français, alors bienvenue dans l’univers féérico-punk des Petites fées de New-york ! Avec en prime une bande son de premier ordre, des Ramones au Velvet Underground...


Heather MacKintosh et Morag MacPherson sont fées de leur état, écossaises de surcroît.
Comme toutes fées qui se respectent, elles enquillent la bière de bruyère comme du petit lait, jouent du violon à se pâmer et sont dotées d’une fierté clanique surdimensionnée.
Seul hic : initiatrices du mouvement Garage punk celtique en Féerie, les voici expulsées par leurs clans respectifs pour "entreprise de perversion de la jeunesse du royaume des fées".

De leur coté, Dinnie et Kerry sont deux citoyens new-yorkais squattant au coin de la quatrième rue dans le même grand immeuble triste. Mais ne nous méprenons pas : ces deux là n’ont rien à voir et se connaissent à peine. Tandis que la douce Kerry aux charmes botticelliens consacre sa vie à sa collection de fleurs rares et aux solos des New York Dolls, Dinnie n’est autre que "le pire violoniste de New York" et porte une grande détestation à l’égard de son entourage et du genre humain en général.

Autant dire que lorsqu’un beau matin Heather et Morag débarquent par la fenêtre pour vomir sur sa moquette, l’affreux Dinnie ne se montre pas particulièrement enchanté...

A tout cela, il faut rajouter une troupe d’acteurs de fortune répétant inlassablement le Songe d’une Nuit d’Eté, l’essor de la révolution industrielle au royaume des fées de Cornouailles, une clocharde monomaniaque hantée par l’Anabase de Xenophon et, poursuivant sa propre quête du graal, le fantôme de Johnny Thunders.

"Bon, Kerry, je viens de parler à Johnny Thunders sur le toit et il a une bonne nouvelle."

Une histoire somme toute pas banale, à la hauteur des talents de conteur et de dramaturge de Martin Millar. Sous des dehors de légèreté badine, nous voilà très vite plongés dans une fresque captivante, mêlant théâtre shakespearien, récit choral et univers marvel.
Avec un art consommé du contre-pied et de la mise en abyme, l’auteur tisse une fable urbaine où plusieurs intrigues se croisent et se recroisent. A travers elles et sur fond de crise sociale [la révolte des fées d’Angleterre, pas moins !], Millar déploie l’étendue des espérances humaines : quête d’amour, de reconnaissance, de liberté pour ne citer que les principales.

Sans jamais s’essouffler, l’histoire virevolte [un peu trop vite ?] de scène en scène, déroulant une palette de personnages décalés et marginaux en prise avec eux-même. Au fur et à mesure du livre, on ne peut que s’attacher aux relations douces amères qui se nouent et relient les différents protagonistes entre eux. Moralité : qu’on soit fée ou humain, général grec ou fantôme, le rapport à l’autre reste ce qu’il y a de plus difficile...

Avant de conclure, une mention spéciale au général Xénophon, interprété avec tendresse et brio par Magenta, clocharde droguée au cocktail Fitzroy.
Personnage à la fois complètement au cœur de l’intrigue et complètement à côté, mi-lucide mi-démente, déchue socialement mais dotée du don de double vue, Magenta la mendiante est le creuset où se rejoindront tous les inverses et tous les miroirs : le théâtre et la réalité, le monde des humains et celui des fées, les morts et les vivants, l’exclusion et la tolérance.


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Un grand plaisir de lecture à tous les niveaux, pour un auteur qui a largement contribué à renouveler le genre de la fantasy et dont Neil Gaiman se déclare fan depuis plus de vingt ans.
Mais à quand la parution en français des autres œuvres de Martin Millar ?