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Première publication le 10/11/2003
Publié le 03/05/2007

Les puissances de l’invisible de Tim Powers

[Declare, 2001]

ED. DENOËL / DLE, OCT. 2003 - J’AI LU, AVRIL 2007

Par Lunatik

Andrew Hale était prédestiné à devenir un espion britannique. Quelque chose de génétique. Une rencontre étrange lorsqu’il était enfant et que sa mère l’avait présenté à de mystérieux hommes en noir, dans un bureau encaissé sur les toits londoniens.

Avant, pendant et après la Seconde Guerre Mondiale, Andrew va espionner pour la Couronne, se faufiler entre les luttes internes aux Services, parcourir la France occupée, Berlin avant le Mur, et les vastes déserts d’Orient...
... et il va découvrir que la convoitise du MI5, du KGB, du SDECE et de la CIA se focalise autour des mystérieuses puissances surnaturelles qui hantent le mont Ararat et ses alentours.


1963, Andrew Hale se voit rattrapé par son passé à la suite d’un coup de téléphone codé. Il va devoir quitter sa petite vie tranquille de Prof de lettres à Oxford afin de replonger dans les méandres du projet DECLARE.

C’est son ancien chef, le mystérieux Théodora, responsable du non moins mystérieux SOE, branche pas franchement officielle des services secrets anglais, qui lui propose de reprendre du service afin de mettre un terme à ce projet DECLARE qui fut un échec total lors de la précédente expédition sur le mont Ararat en 1948.

En réalité, Andrew Hale est un espion aux services de sa majesté, et ce depuis l’age de sept ans. Il fut recruté par Théodora à cause de sa mystérieuse histoire familial . Pendant la deuxième guerre mondiale, il fut encouragé à rejoindre le partie communiste et une fois en poste dans Paris, occupé par les allemands, il devait retranscrire des messages pour les envoyer sur les ondes directement en Russie.

C’est durant cette période qu’il tombe amoureux de sa jeune camarade Elena Ceniza-Bendiga, qui elle, récupérait les informations à chiffrer. Mais c’est aussi à partir de cette période trouble qu’Andrew devait pour la première fois faire face à des évènements dont l’implication irait bien au delà du simple espionnage. Une série de rencontres avec des agents doubles et des manifestations surnaturelles ponctueront la vie de l’agent Hale, pour finir par la désastreuse mission de 1948.

En quoi consiste ce projet DECLARE ? c’est toute la question que l’on se pose dans le premier tome. En effet, ce livre est vraiment composé de deux parties bien distinctes (était-ce pour autant nécessaire de publier deux tomes ?). Dans la première partie, Powers jongle avec le temps. Il passe de la seconde guerre mondiale à 1963 à un rythme soutenu, ce qui demande au lecteur une attention toute particulière afin de ne pas s’embrouiller dans les époques.

Mais la récompense est au bout de l’effort car cela permet de bien ancrer le récit sans dévoiler tout de suite la trame principale du récit. La part du fantastique, est dans ce volume, distillé à dose homéopathique. Des petites touches de surnaturel viennent ponctuer le récit d’espionnage et mettent en appétit pour le second volume.

La deuxième partie est plus classique dans son architecture, mais l’histoire reste complexe et le rythme enlevé. Trois services secrets qui se tirent dans les pattes (Russes, Français et Anglais), des espions qui passent d’un camps à l’autre, des évènements surnaturels effrayants, on est très loin de s’ennuyer de la première à la dernière page.

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L’édition française originale [DLE, 2003]

L’autre point fort de ce roman, est son ancrage dans la réalité. Tim Powers a su mêler des personnages réels à son histoire tout en respectant scrupuleusement les faits et gestes historiques des dits protagonistes (un peu à la manière de Dan Simmons avec Les forbans de Cuba mais de façon plus travaillée). C’est ainsi que l’on découvre une toute nouvelle interprétation de la vie de Kim Philby, le plus connu des agents doubles russes, ainsi que le rôle de Lawrence d’Arabie et Burgess.

L’histoire donne également une toute autre interprétation à la puissance de l’Empire soviétique et à sa chute. Tout se tient si bien, tout est si minutieusement ficelé [par rapport à ce qui c’est réellement passé] que l’on finit par y croire vraiment. Finalement pourquoi cette explication serait-elle plus improbable que les autres ?

Lorsque que l’on se penche sur les notes de l’auteur en fin de livre que l’on se rend compte à quel point le travail de recherche de Powers a été poussé concernant cette période des services secrets russes et anglais (c’est sans doute son projet le plus ambitieux).

Les inconditionnels de Powers ne seront pas déçus, car le style et la patte de l’auteur sont toujours bien présents. Les petites chambres de bonnes dans le Paris sous l’occupation, les rues de Berlin au jour de l’édification du mur, la gorge d’Ahora et le mont Ararat, autant de lieux qui prennent vie à la lecture, tant l’atmosphère est bien retranscrite (tout comme Londres dans l’incontournable Les voies d’Anubis).

Les personnages, même s’ils gardent une part de mystère (ce sont des espions tout de même !) n’en sont pas moins profonds et lorsque l’un ou l’autre décide de changer de camps, on comprend parfaitement les raisons de ce retournement.

En mêlant espionnage et puissances innomables façon H.P. Lovecraft, Powers préfigurait donc déjà Le bureau des atrocités de Charles Stross. Et on ne peut également éviter de penser au clin d’œil à son Poker d’âmes lorsque que Hale et Philby se lance dans une mémorable partie de poker High-Low.


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Davantage comparable à un roman de John Le Carré qu’aux précédents opus de Powers, Les Puissances de l’invisible fait la part belle à la paranoïa salvatrice et à l’espionniste aïgue, développant des scènes d’actions intenses dans des reconstitutions historiques très léchées.

Comme Neal Stephenson dans l’ardu Cryptonomicon, Powers délivre les secrets et ficelles du métier de barbouze avec la finesse d’un maître.

Le fantastique intervient peu, mais chaque fois avec une force impressionnante, comme si Powers avait voulu rendre d’autant plus réaliste l’existence des djins du désert...

C’est réussi. C’est captivant.