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Publié le 01/12/2006

Les quarante signes de la pluie de Kim S. Robinson

[Forty signs of rain, 2004]

PRESSES DE LA CITE, 2006

Par K2R2

Alors que le monde ne cesse de tergiverser dans l’espoir de fixer enfin une date de décès pour la planète, que chaque jour des milliers d’espèces, parfois encore inconnues des scientifiques, disparaissent au rythme de la déforestation et de l’urbanisation galopante, la conférence des Nations Unies sur le réchauffement climatique [conférence tenue à Nairobi] vient de s’achever sur un nouveau statu quo.
Pendant que « pays riches » et « pays pas tout à fait riches mais ça ne saurait tarder » se renvoient la balle et refusent d’assumer leurs responsabilités, les habitants de certaines îles du Pacifique, des Caraïbes ou de l’Océan indien, commencent sérieusement à s’interroger quant à la pérennité de leur mode de vie sur des terres qui émergent d’à peine quelques mètres au-dessus des eaux et qui - de plus en plus régulièrement - sont submergées par la fureur de l’océan. Je disais donc, pendant que le monde s’en fout et que les Inuit s’équipent de climatiseurs, Michael Crichton [soutenu par ses potes du Carbon Club] nous pond de mauvais romans censés démontrer par A+B que de réchauffement climatique il n’y a point.
C’est à peu de choses près sur cette toile de fond que débute le dernier roman de Kim Stanley Robinson, un premier volume qui annonce une future trilogie que l’on espère à la hauteur des enjeux précités.


Dans un futur tellement proche que George W. Bush pourrait bien encore être président, Anna et Charlie Quibler mènent une petite vie bien rangée dans leur joli pavillon de la banlieue de Washington DC.
En bon couple moderne et progressiste, Anna et Charlie gèrent leur vie de famille de manière parfaitement iconoclaste puisque ce dernier a décidé de mettre entre parenthèses sa carrière professionnelle de conseiller politique pour garder les gosses à la maison. Pendant ce temps, sa femme mène tambour battant sa carrière scientifique au sein de la NSF [National Science Foundation], organisme chargé de financer la recherche publique aux Etats-Unis.

Le patron de Charlie est un sénateur démocrate important et vraiment très sympa puisqu’il accepte que son conseiller concernant les questions environnementales passe son temps à trimballer un môme de quelques mois sur ses épaules jusque dans le bureau ovale de la Maison blanche [scène assez surréaliste qu’il serait dommage de rater].
Anna préfère de son côté sauver les causes perdues et passe une bonne partie de son temps pendue au téléphone ou tapote sur son clavier la poitrine dénudée pour cause de séance de tirage de lait maternel. Scène qui ne manque pas de faire fantasmer son principal collègue, Frank Vanderwal, spécialiste en bio-informatique détaché auprès de la NSF pour une année.

Le tout se déroule vaguement sur fond de réchauffement climatique, puisque l’on apprend au détour d’une page qu’un énorme morceau de banquise vient de se détacher et dérive au gré des courants maritimes tandis que Washington connaît des inondations d’une ampleur inégalée et que de braves ambassadeurs du Khemballung [ne cherchez pas dans un atlas, ça n’existe pas] viennent faire du lobbying auprès des différentes commissions du congrès pour que l’on s’intéresse enfin à leur île progressivement envahie par les eaux de l’océan indien.

D’intrigue il n’y a point [dommage] et d’action guère davantage [ouf] dans ce roman au rythme lent et plaisant mais aux ambitions mesurées ; on aurait aimé que KSR s’engage un peu plus dans un combat qui semble lui tenir à coeur, mais qu’il n’aborde jamais réellement dans ce premier volume, laissant le lecteur quelque peu sur sa faim.

Les quarante signes de la pluie ne manque pourtant pas de qualités d’écriture, sur ce plan KSR n’a rien perdu de sa maîtrise, et les personnages bénéficient d’une certaine profondeur de traitement, même si l’on peut reprocher à Anna et Charlie une candeur qui semble particulièrement incompatible avec les postes qu’’ils occupent dans leur vie professionnelle.

Pour être tout à fait honnête, sans être déplaisant, ce roman est un peu trop « gentillet » ; tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde pense que la Terre va mal et qu’il faudrait un peu s’en occuper [le tout sur fond de mysticisme de pacotille et de théologie boudhiste néo-californienne new-age], mais évidemment personne ne fait rien, sans pour autant que quiconque s’insurge réellement. C’est trop facile, trop lisse et pour être sincère assez peu crédible.
On sent bien ici et là quelques piques bien placées de la part de l’auteur [notamment une saillie bien sentie contre la marchandisation de la science], qui semble davantage s’exprimer à travers le personnage de Frank, mais aucun fil n’est jamais mené à son terme.


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Ce premier tome semble essentiellement être l’occasion de mettre en place un certain nombre d’éléments, mais on ne cesse pourtant de s’interroger sur la capacité de KSR à passer à la vitesse supérieure.

On est loin, très loin de la complexité de la trilogie martienne ou bien de la maîtrise de ses Chroniques des années noires. Les quarante signes de la pluie se lit vite, se lit bien, mais s’oublie avec tout autant de facilité.