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Publié le 04/05/2007

« Château d’Ombre - Les royaumes des marches » T.1 de Tad WILLIAMS

[« Shadowmarch », 2004]

ED. CALMANN LEVY, AVRIL 2007

Par K2R2

Il y a des jours comme ça, la poisse semble vous coller à la peau, même lorsque vous pénétrez dans votre librairie favorite. Là, face aux tables de présentation croulant sous les nouveautés, vous hésitez entre le dernier bouquin de Bernard WERBER et un obscur roman de fantasy d’un certain Tad WILLIAMS, auteur dont vous avez entendu du bien sur la toile mais qui pourtant ne vous inspirait guère confiance.
Oui, mais en même temps le bouquin est publié dans le nouvelle collection de Calmann-Lévy, celle qui publie Gene WOLFE et Mary STEWART. Celle dont le directeur promettait de sortir la fantasy de son ghetto en publiant de la bonne littérature et pas seulement des cycles interminables pour rôlistes boutonneux. Pffff, quand je vous dis que ce jour là j’avais la poisse...


Je ne vous ferai pas l’affront de présenter Tad WILLIAMS, écrivain de fantaisies héroïques archi-célèbre, que visiblement tout le monde connaît sauf moi [personne n’est parfait, surtout pas les autres].

Alors commençons directement par les choses qui fâchent : ce nouveau roman, découpé en deux parties pour la publication française, est le premier tome d’un nouveau cycle de fantasy que l’auteur avait commencé à publier sur internet, mais qui, face au succès, s’est transformé en vrai livre papier ; Tad WILLIAMS a bien compris que dans ce type de littérature, il y a des figures imposées et l’écriture de cycles interminables ne semble pas l’effrayer.
Une fois n’est pas coutume, c’est avec un décalage extrêmement faible que nous pouvons bénéficier de cette traduction car le cycle est encore en cours de publication aux Etats-Unis ; « Shadowmarch » est sorti en 2004, tandis que le second volume du cycle, « Shadowplay » vient tout juste de paraître. « Shadowrise », le troisième volet est annoncé sans date précise pour le moment.

Pour ma part, depuis les treize tomes de « L’assassin royal » de Robin HOBB, je suis vacciné et c’est avec la plus grande circonspection que je me suis attelé à la tâche. Par ailleurs, je ne me suis procuré que le premier tome. Comme dirait l’autre, « chat ébouillanté craint l’eau tiède » ou une connerie du genre.

Oui mais bon, de quoi ça cause « Shadowmarch » [Désolé, j’utilise le titre VO, c’est plus court] ? Vous êtes sur de vouloir le savoir ? Bon, allons-y alors.

Il était une fois, dans les contrées lointaines d’un monde à la géographie étrange et inconnue [oui, ça marche mieux si c’est étrange et inconnu], les petits royaumes des Marches.
Autrefois envahis par les Qars, le peuple du crépuscule aujourd’hui repoussé aux confins septentrionaux du territoire, ces royaumes gardent avec une vigilance à géométrie variable les frontières. Dans leur retraite, les Qars ont érigé une puissante barrière magique, qui, sans empêcher réellement les humains de pénétrer chez eux, voue quiconque oserait braver le pouvoir des Qars à sombrer dans la folie et le désespoir [une solution d’avenir dont devraient s’inspirer les Israëliens, ça coûte moins cher que le béton et c’est rudement plus fun].
Les hommes ont donc renoncé à pourchasser plus loin les Qars et ont décrété que cette « Ligne d’ombre » constituerait une frontière désormais immuable. Oui mais voilà : les Qars ne l’entendent pas de cette oreille et, après plusieurs siècles de paix, ils ont décidé de reprendre ce qui, selon eux, leur revient de droit.

Alors que dans le plus grand secret la guerre se prépare, Château d’ombre, la forteresse et capitale de l’un de ces petits royaumes des Marches, en contact direct avec la ligne d’ombre, est en proie au chaos. Au cours d’un voyage diplomatique, le roi a été honteusement fait prisonnier par le souverain d’un royaume voisin, et ce dernier réclame une rançon exorbitante pour le libérer. A Château d’ombre, la noblesse est aux abois tandis que le fils du roi, devenu régent, tente de rassembler les forces vives du royaume pour faire front. Mais par la plus grande des traitrises, le régent est assassiné dans ses appartements, laissant les rênes du royaume à deux jumeaux de quinze ans aux épaules bien frêles pour supporter de telles responsabilités.

Soyons honnête, tout ceci fleure bon la recette classique de la BCF. Ni l’univers, ni les personnages et encore moins l’intrigue ne laissent envisager la moindre once d’originalité.
Les fans rétorqueront que le talent de Tad WILLIAMS ne réside pas forcément dans l’originalité mais plutôt dans l’efficacité et dans l’alchimie qu’il a réussi à créer dans ces précédents cycles.
Ok, mais force est de constater que son « Château d’Ombre » peine à démarrer... c’est long, long, bien trop long, même s’il s’agit d’un volume d’introduction et de mise en place de l’intrigue. Il ne se passe pas grand chose d’intéressant tout au long de ces 350 pages. Affrontement manichéen au possible, intrigues de palais en veux-tu en voilà, bestiaire d’une pauvreté absolue, schéma narratif bateau [constitué de petites histoires enchassées dans une intrigue plus vaste ; découpage de la narration en petits chapitres se terminant en micro-cliffhanger], ..... honnêtement, le livre n’est pas forcément déplaisant à lire, c’est très correctement écrit et plutôt bien traduit par Jean-Pierre PUGI [qui use et abuse cependant toutes les trois pages de l’expression « à tout le moins »], mais on a déjà vu tout cela des dizaines de fois.

Reconnaissons à Tad WILLIAMS un certain talent pour camper ses personnages, les deux jumeaux sont plutôt travaillés et bénéficient de profils psychologiques assez fouillés. C’est tout de même assez faible au regard du reste. Par ailleurs, l’auteur échoue à faire de Château d’ombre un lieu réellement fascinant : malgré ses efforts, on peine à imaginer la vie et l’effervescence que devrait abriter ce palais à l’architecture assez floue...


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Bref, tout cela est extrêmement décevant au regard de l’ambition affichée par la collection - et, en plus c’est affreusement cher. Franchement, « Château d’ombre » [et ses futures suites] aurait gagné à paraître directement en poche, pour être honnête sur la marchandise vendue.
Les esprits chagrins me rétorqueront que juger un roman scindé en deux uniquement sur la première partie est un exercice biaisé d’avance ; oui, mais voyez vous, je viens déjà de me faire soulager d’une vingtaine d’euros, alors allonger vingt euros supplémentaires pour la suite confinerait au masochisme pur et simple.