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C’est le roman qui a révélé Jeff NOON au Royaume-Uni, la première plume d’un cauchemar trash et poétique qui s’est depuis développé sur quatre romans.
Se plonger dans Vurt, c’est donc assister à la naissance d’un monde glauque et superbe. L’expérience est intense car l’univers noonien est certainement un des plus déboussolants qu’il nous ait été donné d’explorer ces dix dernières années.
Vurt a reçu le Prix Arthur C. CLARKE 1994
La critique de Vurt

« L’océan foisonne. [...] Il y a des ravins. Des présences entre mollusque et divinité patiemment tapies sous douze mille mètres d’eau. Dans ce froid dénué de lumière, la brutalité de l’évolution prévaut. De rudes créatures émettent bave et phosphorescence, se meuvent dans des éclairs de membres flous. La logique qui préside à leur morphologie dérive des cauchemars. »
Bellis Frédevin fuit Nou velle Crobuzon. Et c’est sur le vaisseau Terpsichoria, chargé d’esclaves Recréés, qu’elle embarque, direction la colonie légendaire de Nova Esperium. Peu importe pourvu qu’elle quitte la cité. D’emblée China MIEVILLE décrit et énumère. Il brosse avec la minutie névrotique qu’on lui connaît maintenant les ports aux eaux sombres, le Terpsichoria et son équipage, l’océan et ses insondables vérités. Fourmillent et foisonnent les détails, les créatures, les paysages hallucinogènes et les cités lacustres. Le panorama est large, ce monde existe et vit sous nos yeux.
Bellis ne profite pas du paysage : d’abord, elle a la mer en aversion. Ensuite, les pirates capturent le navire, et tout ce qu’il contient, elle y compris. La voici prisonnière, terrifiée, emmenée de force vers une cité flottante composée de bateaux en tous genres, « une ville qui bouge ondoie, gîte, sans cesse de coque en coque » dirigée par les hors-la-loi de la mer, Armada. Un violent zoom arrière nous a éloigné sur la carte de la Nouvelle Crobuzon tentaculaire brossée dans « Perdido »... L’échelle de la carte a décuplé et MIEVILLE pavoise les côtes de noms propres plus exotiques et tarabiscotés les uns que les autres, au gré des récits de voyages et de légendes recueillis par Bellis. De contrées inconnues en peuplades terrifiantes, « Les Scarifiés » est avant tout un voyage étourdissant de précision et d’imagination, et le diplôme en anthropologie de l’auteur donne naissance aux culture indigènes les plus étonnantes.
« Les Scarifiés » a du roman d’aventure marin l’abondance des péripéties, la cruauté des abordages, le plaisir primaire de mettre en scène des personnages archétypaux, pirates et monstres marins gigantesques... mais comme tout cela semble pourtant nouveau ! Le bestiaire de MIEVILLE tangente le grotesque - l’auteur le revendique - mais le lecteur l’accepte avec un frisson d’angoisse et il prend vie avec un aplomb imperturbable, bien indifférent à nos doutes. Que savent les Centaures-crustacés dans leur capitale sous-marine, de la disparition d’une plate-forme de forage de la taille d’une cathédrale gothique ? Existe-t-il ce poisson aux dimensions titanesques qui sommeille dans les abysses, à la porte d’une autre dimension ? L’ensemble s’anime avec la magie des films de Ray Harryhausen.
« Les Scarifiés » est aussi un roman sur l’obéissance et la révolte. Qui sont les Amants, couple auto-mutilé qui commande à Armada ? Quelle soumission leur doit le ténébreux Uther Dol, super-combattant furtif réputé imbattable ? Jusqu’où seront prêts à leur obéir les pirates de cette cité qui se précipite dans une quête mortelle aux limites de l’océan connu ? A qui obéit le mystérieux Silas Fennec, dont le charme ambigü trouble Bellis ? Au fil des vagues, les allégeances s’inversent, le bon droit change de camp, les trahisons dessinent en creux la carte des complots diplomatiques de Nouvelle Crobuzon et des puissances adverses.
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Foisonnant, épique et tumultueux, le récit ne cesse d’étonner, poursuit l’aventure et multiplie les points de vue. Chaque second-rôles a son importance, ses objectifs et sa psychologie. Chaque quartier d’Armada est dépeint photographiquement. Un fil de soie relie ce second volume de ce qu’on pourrait appelait le cycle de Bas Lag au premier : l’exil volontaire de Bellis Frédevin dans "Les Scarifiés" prend sa source dans les événements restitués par "Perdido". Mais si le second roman peut se lire indépendamment, il serait dommage de ne pas le concevoir comme un déploiement du premier. Car cet univers peuplé de collages vivants [hommes-scarabée, hommes-cactus, hommes-aigle, hommes-moustique] prend toute son ampleur dans le voyage d’Armada. |
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