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Publié le 01/02/2006

"Les utopies post humaines" de Remi SUSSAN

EDITIONS OMNISCIENCE LES ESSAIS, SEPTEMBRE 2005

Par Soleil vert

Dans le SForum du Cafard Cosmique, surgit parfois la question « existe-t-il un panorama des idées contemporaines ? » En voici justement un des plus singuliers, rédigé par Rémi SUSSAN, journaliste high-tech et spécialiste des contre-cultures. 70 années insensées, géniales, toujours turbulentes retracés en 250 pages : attention « les utopies post humaines » est un livre survitaminé


Et tout d’abord qu’est-ce que les utopies post humaines ? La thèse exposée et développée par Rémi SUSSAN dans son essai tient en deux points :
- L’homme contemporain transforme radicalement son environnement. Cet environnement essentiellement technologique le transforme à son tour [en une entité peut être plus tout à fait humaine].
- Culture et systèmes de valeurs dominants sont impuissants à rendre compte des mutations toujours plus rapides de notre civilisation spectatrice de cette « accélération accélérante ». Cependant en marge des sociétés, émergent, en constant tourbillon, des hommes, des mouvements, des concepts qui expliquent et parfois précèdent ces phénomènes.

L’ouvrage retrace quatre périodes : les précurseurs [1930-1960], la révolution neurochimique ou contre culture [1960-1975], la cyberculture [1980-2000], la culture du chaos post 2001. L’auteur, dans un savant déploiement narratif combinant évolutions ou chemins de traverses conceptuels, alterne idées et anecdotes, et fait surgir quelques figures historiques tout à fait étonnantes.

Les précurseurs

Quatre personnages sont évoqués dont certains sont d’authentiques génies. Buckminster FULLER par exemple connu pour ses dômes géodésiques [le Palais des sports], inventeur d’une géométrie triangulaire, la synergétique, dont les chercheurs en nanotechnologies s’inspireront 50 ans après sa mort. Mais FULLER est aussi un penseur original qui veut sortir la pensée du moyen age conceptuel ou elle repose. Les réflexions autour de la singularité s’appuieront sur ses écrits. Et que dire de BATESON, l’inventeur de la double contrainte ? Ou encore du célébrissime Mac LUHAN dont la conception du media comme extension sensorielle préfigure le cyberpunk ? A coté KORZYBSKI semble faire pale figure.En fait comme l’indique Remi SUSSAN, il fait le lien entre la sémantique générale et Mac LUHAN. Allons plus loin. KORZYBSKI estime que l’on peut modifier la pensée par le langage. Ce faisant il inaugure une conception utilitariste du langage et plus encore une défiance vis-à-vis de celui-ci. On retrouvera cette distanciation chez William BURROUGHS ["le langage est un virus venu de l’espace"], les cyberpunks bien sur, et de façon détournée chez Timothy LEARY qui fut à l’origine un psychologue comportementaliste pas très éloigné des concepts anti-psychiatriques de LAING. Finalement renoncer à la compréhension de l’être par le langage revient, à mon avis, à tourner le dos à l’intelligibilité de l’être. On ne s’étonnera pas dans ces conditions de l’émergence d’un courant trans ou posthumain qui annonce la mort de l’homme.

La révolution neurochimique

Un psychologue réputé de Harvard, Timothy LEARY va populariser l’usage du LSD jusque là expérimenté dans des labos. Avec quelques illuminés de la cote ouest des USA il va révolutionner les mentalités. LEARY c’est le grand bonhomme de cette période et aussi des années cyberpunk. Cet expérimentateur inlassable des réalités alternatives est la figure centrale de l’essai de Remi SUSSAN. Avec BURROUGHS c’est la figure marquante des années 60. Tous deux vont s’intéresser à la SF. Leary rédige une théorie des huit circuits qui décrit l’accession de l’homme à des états de conscience de plus en plus vastes. Cet ouvrage inspirera Bruce STERLING qui en tirera « La Schismatrice ». BURROUGHSétait déjà l’auteur du « festin nu ». Après le « cut up » il se passionne pour l’immortalité via le clonage. Autre figure de l’époque, John LILLY qui invente le caisson sensoriel. L’exploration de la conscience, telle est la marque des années 60. Et aussi un grand sens de l’humour.

La cyberculture

Timothy LEARY découvre en 1983 une nouvelle drogue, le PC. Mais les années 80 démarrent sur le coup de tonnerre de « Neuromancien ». Ce livre de SF prend de court toute l’intelligentsia de l’époque. William GIBSON y invente les deux concepts centraux du cyberpunk, la réalité virtuelle et le réseau. D’autres idées innovantes apparaissent tels l’uploading, première manifestation du posthumain. Ainsi dans un roman de SF « Le samouraï virtuel », Neal STEPHENSON décrit la digitalisation des individus dans un univers virtuel. Surgissent aussi les cyberchamanes comme McKENNA, les hackers, sorte d’anarchistes du Web, et des vulgarisateurs de la nanotechnologie [Drexter]. Les premières années du cyberpunk propulsent vraiment un nouvel imaginaire, de nouvelles frontières : réalités virtuelles, point Oméga...Les acteurs en sont souvent issus du monde de la contre culture comme LEARY ou John Perry BARLOW. Après l’espoir, le désenchantement. Remi SUSSAN montre bien la fin de l’esprit pionnier du cyberpunk qui se fait jour dès 1995.Les entreprises ont en effet vite compris l’intérêt économique de la Toile. Si elles développent rapidement des réseaux elles n’investissent pas immédiatement dans les langages 3D et se contentent de l’HTML, du java ou du javascript. Résultat : au lieu des balades dans les univers tridimensionnels imaginés par William GIBSON et Neal STEPHENSON on se contente aujourd’hui de jeux vidéos aux sons spatialisés.

La culture du chaos

Dernière période, la notre, marquée selon SUSSAN par une réflexion autour des thèmes du chaos et de la complexité. Les pages les plus intéressantes ont trait à la vie artificielle, plus exactement les automates cellulaires initiés par Von Neuman et popularisés par Greg EGAN dans « La cité des permutants », le « swarming » [swarm = essaim] qui est une tactique guerrière reposant sur une mobilité extrême et dont le flash mob [regroupement spontané et éphémère d’individus par le mobile] constitue une variante pacifique. Sans oublier les memes de DAWKINS [les idées succèdent aux gènes] et les media virus de RUHSKOFF [ou comment faire passer le message à coups de métaphores et d’oxymores].


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Voilà un ouvrage de référence, passionnant. L’auteur maintient une distance critique salutaire vis-à-vis des sujets abordés. On lui sait gré d’adjoindre un glossaire qui vient au secours du lecteur néophyte.

Sur ce je vous quitte, j’ai décidé de m’uploader sur un serveur. Crash, qui a dit « attention au crash ? »