Publié le 13/06/2000

"Les yeux électriques" de Lucius SHEPARD

["Green eyes"]

ED. R. LAFFONT, 1987


Les zombies vous connaissez ? Selon le culte vaudou, le zombie est un être humain auquel on a jeté un sort et qui se transforme ainsi en mort-vivant, dépourvu de toute volonté, mais capable d’accomplir toutes sortes de taches pour le compte de son maître. Bon, eh bien vous pouvez oublier cette image traditionnelle car les zombies de Lucius SHEPARD n’ont pas grand chose en commun avec ces êtres mythiques.


L’expérience est toute scientifique et consiste à injecter des bactéries prélevées dans les cimetières de Louisiane dans le corps de cadavres tout frais. Et ça marche ! Les morts reviennent à la vie, d’abord pour un temps très limité, quelques heures, voire quelques jours, puis pour des durées de plus en plus longues en fonction des améliorations techniques. L’ennui, c’est que ces zombies nouvelle génération semblent perdre leur identité originelle au profit d’une nouvelle, souvent plus étonnante et flamboyante.

Ces zombies, que les scientifiques préfèrent appeler PAIB [Personnalité Artificielle Induite Bactériologiquement], ne se distinguent guère des êtres-humains traditionnels, sinon qu’au fond de leurs yeux danse une étrange lueur verte, de plus en plus intense. Donnell Harrison est l’un d’eux, autrefois jeune paumé issu du bayou, sa nouvelle personnalité est celle d’un poête brillant et sensible, qui ne tarde pas à séduire sa thérapeute.

Inspiré d’une nouvelle, "Les yeux électriques" constitue le premier roman de Lucius SHEPARD. Le style incisif et percutant, la capacité de l’écrivain américain à transgresser les codes de la science-fiction et du fantastique, son talent pour installer une ambiance et exploiter de manière résolument moderne les vieux mythes vaudou, font de "Les yeux électriques" un roman prenant et attachant. Mais en dépit de ces qualités, ce roman souffre d’une construction un peu bancale qui ne réussit pas complètement à convaincre.


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La première partie, très psychologique est sans doute la plus intéressante, mais ensuite le roman se transforme en road movie plus classique à travers le bayou.

En deux cents pages, ce roman aurait probablement gagné en puissance et en équilibre ce qu’il perd dans la longueur. Reste un texte agréable à lire et fort divertissant.