EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 07/03/2010

Léviathan 99 de Ray Bradbury

ÉD. DENOËL / LUNES D’ENCRE, JANV. 2010

Par Tallis

Voir Ray Bradbury édité en ce début d’année constitue une réelle surprise. Non pas que l’auteur des célébrissimes Chroniques Martiennes ou de La Foire des ténèbres ait réellement quitté les rayonnages mais plutôt du fait que « Lunes d’Encre » ait choisi d’éditer deux recueils récents (2004 et 2007) et inédits du maître.

Du coup, découvrir ce qu’un auteur de cette notoriété peut encore publier à près de 90 ans génère une indéniable curiosité.


La sélection réalisée par Gilles Dumay se révèle au premier coup d’œil relativement hétérogène. La première partie reprend le recueil original Cat’s pyjama composé de 22 nouvelles d’un format relativement court. Now and forever ne comprend par contre que deux longues novellae et la transition entre les deux est assurée de manière surprenante et artificielle par « La Chrysalide », nouvelle datant de 1974.
En introduction du Pyjama du Chat, Ray Bradbury expose les raisons qui ont présidé au choix des nouvelles et la genèse de certaines d’entre elles. Première surprise : le sommaire s’étend sur près de… 60 ans, mêlant des textes datant des années 1940 - 1950 à d’autres écrits dans les années 2000. Deuxième surprise de taille, ce grand écart temporel ne se ressent pas du tout à la lecture : sans les dates indiquées pour chaque nouvelle, impossible de deviner quand chacune d’entre elle a été rédigée. Les textes les plus anciens ont gardé une étonnante fraîcheur (notamment « Le Jeune Homme et la mer », étonnante et délicate métaphore sur le racisme), les plus récents montrent à quel point l’auteur a conservé tout son talent.

Le contenu quant à lui ne surprendra pas les admirateurs de Bradbury : la vingtaine de textes collectés dégage toujours cette atmosphère magique inimitable et balaye toutes les atmosphères de son répertoire. Un même thème (le racisme) peut se retrouver dans une fable solaire (« Le Jeune Homme et la mer ») aussi bien que dans un texte d’épouvante (« La Transformation »). L’amour au sein du couple peut être traité de manière béatement optimiste (« La Maison ») ou désabusée et cynique (« Mais où est mon chapeau ? »). Et quand la science-fiction s’invite au bal (« Des goûts et des couleurs »), elle garde cette aura mélancolique mille fois reconnaissable. À près de 90 ans, Ray Bradbury ne peut également s’empêcher de convoquer ses vieux souvenirs (« I get the blues when it rains ») et de mettre en scène ceux qui l’ont inspiré pour un dernier tour de piste (« L’Orient-express de l’éternité » et « Le Convoi funéraire »…). Nul apitoiement toutefois dans ces derniers textes, ce que confirme « Tous mes ennemis sont morts » doté d’un humour et d’une verdeur intacts malgré le poids des ans.

Difficile ensuite d’apprécier « La Chrysalide », texte certes sympathique mais tout de même relativement mineur et dont on peine à comprendre la présence dans cette sélection, ne serait le fait qu’elle « bénéficie » d’une adaptation cinématographique récente. Une manière comme une autre d’appâter le chaland ?

Changement de registre pour « Maintenant et jamais » et ses deux novellae dont les genèses respectives feraient à elles seules un excellent synopsis.
La naissance et l’élaboration de « Quelque part joue une fanfare » recèle en effet quelque chose de magique : d’éléments hétéroclites et a priori sans rapport les uns avec les autres (un poème inspiré d’une musique de film, son admiration pour Katharine Hepburn), Ray Bradbury parvient à conjuguer mystère, fantastique et nostalgie pour bâtir probablement le plus beau texte du recueil. Un véritable tour de force qui dégage une aura et une mélancolie absolument uniques.
« Léviathan 99 » tire ses origines de Moby Dick et de l’amour de l’auteur pour les pièces radiophoniques des années 1940. Décalque version space op’ de l’œuvre de Melville, elle contient de très beaux passages mais souffre malheureusement d’un côté trop emphatique et déclamatoire probablement lié au format narratif retenu pour la radio. Une demi-déception donc.


COMMANDER

Léviathan 99 ne révolutionne évidemment rien dans l’œuvre de Ray Bradbury : il faut plutôt voir dans ce recueil la volonté de l’auteur de remettre en lumière des textes oubliés et d’en achever d’autres à la genèse tardive. Pour, une fois encore, embarquer ses lecteurs dans un (ultime ?) tour de manège. Et malgré le côté hétérogène de la sélection opérée par « Lunes d’encre », force est de reconnaître que, malgré les années, la magie opère encore à plein. Il n’est qu’à lire le merveilleux « Et quelque part joue une fanfare » pour s’en convaincre.
On se prend à regretter d’autant plus la couverture ratée de Guillaume Sorel qui ne rend absolument pas justice au contenu…