Publié le 05/09/2008

« Lilliputia » de Xavier MAUMÉJEAN

ED. CALMANN-LEVY / INTERSTICES, AOÛT 2008

Par PAT

Second roman francophone publié dans la très recommandable collection Interstices, Lilliputia éclaire et prolonge le travail de Xavier Mauméjean entamé notamment chez Mnémos avec Ganesha. Un intérêt prononcé pour la foire, le monstre et le mystère, narré sur un mode humoristique très pince-sans-rire qui fait mouche. Le tout enveloppé d’une poésie douce-amère qui frappe autant qu’elle ravit. Approchez, mesdames et messieurs.


Un pied dans la littérature blanche, un autre dans le genre, Xavier MAUMÉJEAN nous offre un roman bizarre, joyeux, tragique et drôle, sans grand écart apparent. Une vraie prouesse.
Fidèle à son écriture précise et son humour détaché, l’auteur du déjà très bon Ganesha élargit encore son champ d’action littéraire. Lilliputia, sorte de Fantasy urbaine initiatique calquée sur le mythe de Prométhée, est à la fois étonnant et subtil.

Après un prologue qui tient tout autant de BOLAÑO que de GARCIA MARQUEZ, Lilliputia se contemple comme un tableau impressionniste. Par petites touches, pages après pages, tranquillement. L’exact contraire du page-turner décérébré, en quelque sorte.
Très joueur avec ses lecteurs, l’auteur sème son texte de parallèles avec le mythe. Figure centrale du roman, mais néanmoins perdu dans un bestiaire humain qui a tout du pandemonium, le nain Elcana joue le rôle du porteur de feu. Autant dire qu’il a mal au foie. Émigré de son Europe de l’Est natale, Elcana se fait kidnapper/enrôler dans une troupe de nains parfaits [entendre proportionnés comme des "humains en miniatures"] et acheminer vers Coney Island, tout près du célèbre Lunar Park et des restes du Steeple-Chase, pour y intégrer la ville de Lilliputia, attraction géante pour une ville naine, où tout est à l’échelle, des maisons basses aux camions de pompiers.
Très vite partie prenante [victime et acteur] des intrigues propres à ce délire para-humain voulu par le mystérieux [et mort] Sebastian, Elcana intègre la très sérieuse équipe de pompiers, trouve l’amour [en la personne d’une princesse schizophrène de toute beauté], initie la révolte en s’alliant avec les freaks voisins et - entre autres - fait un petit tour sur la lune [l’un des plus beaux passages du livre, aussi lumineux que poétique].
On s’en doute, Xavier MAUMÉJEAN n’a pas étudié la philosophie et les religions pour rien. Lilliputia est un réservoir de références plus ou moins transparentes, mais dont l’accumulation distanciée n’alourdit en rien le propos. Les lecteurs prennent plaisir à repérer tel ou tel clin d’oeil [le côté “fils de Titan” de Sebastian dont le père dévore ses enfants d’une façon délicieuse, par exemple] tout en savourant la petite musique inimitable du style MAUMÉJEAN. Léger, évidemment tragique [quoique tragiquement drôle, voire drôlement tragique], Lilliputia est un [petit] festival de [petits] personnages embarqués dans une gigantesque histoire où le grotesque n’est jamais loin, même s’il s’incarne sous des formes qui n’ont rien de bestiales [en apparence, du moins]. Ici, point de manichéisme, mais une humanité vraie, parfois douloureuse et souvent traître. La vie même, en plus petit.


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Curieuse plongée dans un monde parallèle qui oscille entre foire et labyrinthe, Lilliputia est un roman épatant, intelligent et d’une très grande beauté formelle.
Les fans de Xavier MAUMÉJEAN ne seront pas étonnés, les autres commenceront par là.