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Publié le 01/11/2009

Lock the lock de Tommy Trantino

[Lock the lock, 1974]

ED. 13E NOTE, SEPTEMBRE 2009

Par Nathrakh

Accusé du meurtre de deux policiers, condamné à mort puis emprisonné à perpétuité, Tommy Trantino retrouve la liberté après trente-huit années derrière les barreaux de diverses prisons du New Jersey. Dans Lock the lock, ensemble de lettres-poèmes et d’illustrations produites durant son séjour pénitentiaire, il exprime son amour inaltérable pour la vie, pour le plaisir que lui offre l’art, seul échappatoire.


Œuvre intéressante par sa transgression et son jeu du langage, reflet d’une liberté perdue, Lock the lock pourrait incarner une véritable note d’intention de la maison d’édition 13e Note : mélange entre poésie et expérience artistique propre à la Beat Generation, récit dans le milieu des exclus du système social et politique américain (la prison, comme toujours, en est le parfait symbole), on retrouve une voix spécifique aux œuvres publiées par les jeunes éditions 13e Note. À travers Lock the lock, cette voix devient cri poétique, bref, rugueux et imparfait, mais dont l’intensité permet à l’ensemble de fonctionner. Un cri pour détruire l’enfermement constant subi par l’auteur tout au long de sa vie.

Lock the lock débute comme une biographie, une vie réécrite par le regard d’un homme emprisonné. L’enfance et l’école, où l’on demande aux jeunes enfants de ne pas dépasser les lignes tracées par les parents et les professeurs ; les années 1950 et sa peur du conflit nucléaire total, où le jeune Tommy décide de ne pas respecter les consignes de l’exercice de préparation en cas de bombardement ; les questions qu’il pose aux adultes et leur refus agressif de lui répondre. Tommy Trantino pose les conditions du conditionnement qu’il a subi durant cette période, tout comme ses camarades. Le fait de poser des questions l’exclut, alors que la majorité, par peur ou par consentement, respecte tout ce qu’on lui dit d’apprendre, sans remise en cause. De fait, Lock the lock atteint le statut d’œuvre politique, de refus de l’oppression mise en place, vécue par tous ; par-delà la caractère subversif de ce livre, typique de la période de sa rédaction (les deux préfaces, dont une de l’auteur, l’assument entièrement, évoquant, entre autres, la lutte pour les droits civiques des années 1960 et 1970 et la « nouvelle gauche » américaine, développée en-dehors du Parti Démocrate), l’œuvre devient plus intéressante en faisant de ce refus le caractère principal de sa forme.

Que ce soit dans les passages biographiques, dans la description d’événements de la vie en prison ou dans les « interludes » pleinement poétiques, Lock the lock conserve son procédé formel : sans ponctuation (si l’on excepte le point d’interrogation, symbole du questionnement de l’auteur), lâché d’un seul coup, crié d’un seul trait, entrecoupée par les illustrations de Tommy Trantino où son esprit divague vers un érotisme étrange. L’ensemble produit une œuvre unique, peut-être imparfaite dans son agencement (elle semble avoir été rédigée au fur et à mesure, et le tout paraît hasardeux), mais le style et la beauté fascinante des illustrations parviennent à soutenir l’ensemble. La lecture devient frénésie, par l’intensité de cette écriture qui recherche la concision en se faisant « le Cri ultime » [1].

Ce Cri cherche à exprimer l’amour de la vie et des hommes, au-delà de la violence vécue en prison, des limites posées par l’ordre social, à rechercher quelque chose d’autre. « L’évasion » n’est pas celle du lecteur (difficile pour un récit aussi dur), mais de l’auteur. L’espoir est maintenu par la langue de l’œuvre elle-même, bien que la vie soit insupportable. Les quelques descriptions du quotidien pénitentiaire sont éloquentes à ce sujet : la violence des gardiens, les humiliations vécues lors de la fouille au corps ou l’absurdité de certaines situations (ainsi lorsque Trantino demande ironiquement, pour affirmer son patriotisme, un drapeau américain ; demande refusée par le chef de la prison...). Par le style de Tommy Trantino, tout cela connaît une nouvelle force d’évocation et peut faire penser que, peut-être, la réussite d’une œuvre se fait plus belle si elle interroge et transgresse ses aspects formels.


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Cri d’un homme, cri des hommes emprisonnés, Lock the lock, grâce à la force de son écriture, parvient à émouvoir. Récit plombant dans ses situations décrites, il surprend par l’espoir et l’amour des hommes qu’il maintient. Il constitue une recherche littéraire imparfaite, certes, mais qui atteint son but : transmettre une voix de sagesse, de résistance presque stoïcienne, par son intensité poétique.



NOTES

[1] Expression utilisée par Allen Ginsberg pour décrire le livre.