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Publié le 01/05/2008

« Lothar Blues » de Philippe CURVAL

ED. ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, MARS 2008

Par Arrakhan

Après cinq ans de silence, Philippe CURVAL revient enfin nous rappeler qu’il n’a jamais démissionné, avec ce livre se rattachant par son contexte à son cycle de L’Europe après la pluie [la lecture des précédents n’est pas nécessaire à la compréhension de celui-ci... mais celui-ci risque bien de vous en donner l’envie].


Dans les années 2020, pour lutter contre la démission parentale - quelle qu’en soit la cause -, menaçant d’emplir l’Europe de rejetons incontrôlables, une ligne de robot, les similis, destinés à prendre en charge les enfants, fut lancée.
Aujourd’hui, quarante ans plus tard, la dernière génération de robots, les quasis, assiste l’homme dans toutes les tâches. Noura, créateur émérite d’envirtuels - comme le nom l’indique, des environnements virtuels, interactifs, reconstituant tel ou tel événement, telle ou telle période de l’histoire et dont le scénario s’adapte à l’utilisateur- fut enfant à l’époque des similis. La somme versée au garde-meuble où son ancien compagnon était remisé épuisée, il vient de retrouver son vieux robot, Lothar. Renouant alors brutalement avec un passé jusque là enfouit, cet événement et ses conséquences l’entraînent à enfin crever cet abcès qu’il traîne depuis trop longtemps : le pourquoi de la disparition de son père et de la fuite de sa mère dans des circonstances douteuses, alors qu’il était encore enfant. Lothar en fut en effet un témoin privilégié, et Noura n’est pas le seul à avoir quelque chose à trouver dans cette histoire...

Ceci n’est que l’amorce, la situation de base des premières pages qui peut paraître par trop simpliste, mais il serait tellement dommage de vous en dire plus, tant le récit vous conduira bien, bien plus loin... Car non, ce n’est pas "encore" ou "juste" une histoire de robots, évoquée sur un ton de dépit. Non plus une énième histoire de héros recherchant son passé, dont le secret nous sera révélé à la fin.
Ce récit est à l’image de ce qu’il raconte. Les révélations nous sont livrées toujours bien avant qu’on ai le temps de s’ennuyer, et font avancer les choses, encore et encore, dépassant très vite les simples carcans qu’on pouvait imaginer, passionnant de plus en plus, régalant le fan de science-fiction en tout genre, qu’il soit féru de technologie ou d’anticipation sociale.

Ceci est un livre sur la progression, le changement, l’évolution. Evolution personnelle, humaine ou robotique, les deux intimement liées, évolution de la société. Dans un Europe courbée sous son propre poids, embourbée dans son propre fonctionnement, sursaturée au figuré comme au propre, se cachant à elle-même ses défauts sous un semblant d’opulence, où tout le monde a de quoi vivre mais où tous s’évadent plus dans le virtuel qu’ils ne vivent... Où des mouvements radicaux prennent de plus en plus d’ampleur : l’un pour le retour aux valeurs "naturelles" et la destruction de tous les robots, l’autre pour l’abolition totale du travail par l’homme en laissant les robots s’en occuper... Des robots auxquels il arrive d’étranges choses depuis quelques temps, en plus des cas de justice où l’on réclame leur émancipation.
Je résisterai et, même si cela pourrait être bien plus accrocheur, n’en dirai pas plus.
La prose parfaitement maîtrisée de Philippe CURVAL nous emmène à travers ce décor dans une histoire de science-fiction plus que rondement menée, constat et réflexion sur ce que nous sommes devenus et risquons de devenir, où tout est un miroir nous hurlant une image à peine exagérée, à peine déformée de notre condition actuelle dans un monde en déliquescence...
"- [...] "Prise de tête" est devenu le mot d’ordre d’une génération que la terreur submerge à la seule notion de penser. Parce que l’Europe étouffe, se décompose, parce que ses habitants s’y asphyxient à cause de la rigidité, la multiplicité et la confusion des pouvoirs, l’excès des loisirs.
Cela ne cache-t-il pas d’abord la trahison de l’idéal européen ?
C’est vrai, il ne subsiste plus qu’une classe moyenne de jouisseurs dont le seul souci est de s’éclater. Sans volonté, sans projet, celle-ci s’est réfugiée dans la consommation moutonnière. Et les munitionnaires capitalistes ne sont pas prêts à renoncer à l’exploitation de ce pactole. (...)"


On retrouvera les marques de fabrique de CURVAL : les pointes d’humour subtil, la sensualité, l’humanité, les personnages complexes, tous pivots à leur manière de l’histoire qui s’articule autour d’eux.
Le livre est également émaillé de clins d’œil, de citations, de références avouées sinon flagrantes à de grands auteurs, de grands textes, de SF principalement, mais aussi de littérature classique, de théâtre... On peut aussi y déceler métaphores de certains contes populaires qu’on ne citera pas pour ne pas mettre en avant une image réductrice.

Une interview de l’auteur ne serait peut-être pas de trop pour savoir si une pointe d’autobiographie ne se serait pas glissée dans certains détails...
Tout cela ajouté à un talent créatif et narratif qui n’est plus à prouver, à une grande expérience de la vie et de la science-fiction, à l’esprit et l’originalité de traitement et de ton qu’on lui connait...


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A près de 80 ans, bon pied bon œil, Philippe CURVAL nous livre, avec un regard sur le monde que les années n’ont fait qu’enrichir et acérer, ciblant en plein dans le mille les enjeux d’aujourd’hui, ce roman aux multiples qualités et caractéristiques entremêlées : science-fiction excellente, hommages multiples cultivés, cris d’alarme ou d’espoir pour se regarder en face... Et la certitude [si vous ne le saviez pas déjà] que la francophonie peut s’enorgueillir d’un des plus originaux des auteurs de Science-fiction intelligente.
Alors ? Qu’attendez-vous pour vous ruer sur cette lecture essentielle de 2008 ?... Et des temps à venir...