EN BREF

 
SYNDICATION


Suivez le Cafard cosmique sur Twitter

Devenez Fan du Cafard cosmique et suivez toute l’actualité du site sur Facebook

Flux RSS 2.0 : pour afficher toutes les nouveautés du site par syndication.

netvibes : cliquer ici pour ajouter le flux RSS à votre page netvibes.


 
 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AUX LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

 

D'AUTRES AUTEURS

A VOIR AUSSI


Se définissant lui-même comme un satiriste social, James MORROW doit pourtant sa renommée à la Science-fiction et à une certaine trilogie jubilatoire.

Affirmons simplement qu’il est un auteur qui brille surtout par sa plume caustique et par sa clairvoyance confondante.


Rien ne prédestinait James Kenneth MORROW à l’athéisme qui est devenu par la suite sa morale de vie.

Issu d’une famille presbytérienne de Philadelphie, il est inscrit par ses parents à l’âge de cinq ans à l’école du dimanche afin d’y recevoir un enseignement religieux assez ennuyeux. Comme tout les gosses, James croit encore en Dieu et sans doute aussi au Père noël.

Seulement voilà : MORROW se découvert une affection particulière pour les fictions philosophiques et satiriques pendant les cours de Littérature étrangère, à la lecture de VOLTAIRE ou de CAMUS. Diplômé d’Harvard, humaniste, insolent, il commence à mettre son érudition scientifique et philosophique au service d’un questionnement souvent drôle et toujours pertinent des thèmes religieux et métaphysiques.

A la fin de ses études, il exerce différents métiers : enseignant, illustrateur, réalisateur indépendant de films et bien sûr auteur.

Ses premières œuvres, remarquées par la critique, ne suffisent pas à le faire connaître au grand public : il s’agit de textes courts sur des thèmes religieux, comme « The Deluge », Prix Nebula. Ces textes ont été rassemblés plus tard dans le recueil « Bible Stories for Adults » [1988].

En France, on le découvre grâce à des romans comme « Ainsi finit le monde », finaliste au Prix Nebula, ou « Notre Mère qui êtes au cieux », primé au World Fantasy Award, qui imagine comment un jeune Juif, Murray Katz, se retrouve père célibataire par l’opération du Saint-Esprit de l’alter-ego féminin de Jésus, Julie, une petite fille qui marche sur l’eau et accomplit des miracles...

Mais son œuvre majeure, celle qui le fera connaître et apprécié, sera la Trilogie de Jéhova [The Godhead Trilogy] publiée dans les années 90.

La Trilogie s’ouvre sur la découverte, en plein océan, du corps de Dieu lui-même, tombé du ciel après son décès et flottant comme une épave... Le Vatican va s’attacher à garder la chose secrète et faire remorquer l’immense corps [3 kilomètres de long, tout de même] dans les glaces de l’Arctique, dans des conditions rocambolesques - des activistes athées cherchant à Le détruire - pour des funérailles finales pathétiques et grandioses.

Dans le deuxième volume, le juge Candle, qui officie dans une petite ville, poursuit Dieu - dont le Corps est devenu une sorte de parc d’attraction - devant la Cour Internationale de La Haye. Il faut dire que le petit juge n’a pas eu de chance dans la vie... Motif de l’accusation contre le Créateur ? Crime contre l’Humanité ! Devant la barre défilent Satan, Jésus et autres personnages bibliques, pour une procès qui parodie les grands romans « judiciaires » américains.

Dans le troisième volume enfin, le divin Crâne se retrouve en orbite géosynchrone après l’explosion de son Corps - et sa face de mort contemple la planète provoquant une épidémie de préoccupations métaphysiques galopante dans l’Humanité renvoyée à ses pires craintes : si Dieu est mort, qui Être, que Faire ?

En 2003 est parue une œuvre radicalement différente, « Le dernier Chasseur de Sorcière ».

MORROW y raconte l’histoire de Jennet Stearne qui, à la fin du XVIIème siècle, tente de défendre les droits de sa tante, Isobel, accusée de sorcellerie parce qu’elle a réussi à expliquer scientifiquement des phénomènes naturels jusque là considérés comme divins. Jennet se lance dans un combat contre les procès en sorcellerie qui la mène à la rencontre de Benjamin Franklin et à l’encontre de l’obscurantisme... Sur un fond historique extrêmement documenté, MORROW - sans parodie ni farce cette fois - traite des superstitions humaines et de la naissance de l’esprit scientifique.

Volontiers provocateur, MORROW n’est donc pas un rigolo façon Terry PRATCHETT qui s’amuse avec les thèmes de la religion ou de la mort : il maîtrise ses sujets et fait de ses contes iconoclastes l’outil d’une réflexion amusée mais profonde sur la croyance et l’athéisme, l’absurdité de l’existence et le sens de la vie.

Face à la religion, la démarche scientifique paraît aux yeux de James MORROW comme un viatique contre l’obscurantisme et la bêtise. Mais attention. Cette démarche n’est pas dans son esprit la substitution béate d’une foi à une autre. Elle est raisonnement, curiosité et faculté à remettre en question ses convictions. Et si il semble que la science n’ait pas réponse à tout comme l’avancent certains, c’est tout simplement parce que l’homme ne possède pas toute la science comme l’énonce un des personnages de « Notre mère qui êtes aux cieux ».

MORROW vit actuellement en Pennsylvanie. D’un optimisme prudent, il juge l’évolution politique récente de son pays avec une grande clairvoyance. Espérons que la dérive néo-conservatrice des Etats-Unis - dont il ne porte pas les actuels représentants dans son cœur -, ne finisse pas par étouffer sa voix aussi nécessaire que talentueuse.

On attend avec impatience son prochain roman qui doit traiter du clonage et des problèmes moraux que cette avancée de la génétique ne manquera pas de poser dans un avenir de plus en plus proche. Ce projet de roman est baptisé « Prometheus Wept ». Il le décrit lui-même comme une mélange de « Frankenstein » et de « Lolita »...

Faisons lui confiance pour aborder ce sujet avec la verve satirique dont il est coutumier.


BIBLIOGRAPHIE CHOISIE

  • « Le vin de la violence » [« The Wine of Violence », 1981]

De retour d’une mission d’exploration, le vaisseau humain Darwin fait naufrage sur une planète inconnue où vit une communauté utopiste : les Quetzaliens. Ceux-ci sont parvenus à éliminer totalement les pulsions de violence de leur psyché grâce à un procédé permettant leur matérialisation et leur évacuation dans un fleuve aux eaux devenues corrosives. En conséquence, le pays dans lequel ils vivent est un paradis terrestre peuplé de vrais agneaux. Mais derrière les murs qui le protègent, c’est-à-dire sur le reste de la planète, errent les mangeurs de cerveau, une humanité dégénérée et sauvage et qui a fait de ces agneaux son principal aliment...

C’est un sujet d’ordre moral qui est abordé principalement par ce roman malgré un enrobage science-fictif. James Morrow s’y interroge sur le Mal et examine l’hypothèse de la violence comme unique source de celui-ci. Dès le début du récit, le personnage principal Francis Lostwax dont la spécialité - et ce n’est pas un hasard - est l’entomologie, pose comme certain le principe de la violence instinctive et naturelle de l’homme. Le naufrage dont il est victime le met dans la position de Candide. Il peut observer une communauté où cette violence inhérente à l’humanité a été scientifiquement éliminée. Observateur d’abord, il est assailli de problèmes moraux lorsqu’il lui faut devenir acteur. Mais au final son expérience ne fait que valider la nécessité d’aborder le Mal et son alter ego le Bien, dans une perspective dynamique car « le dogmatisme vient à bout de toute les utopies. »

  • « L’arbre à rêves » [« The continent of lies », 1984]

Quinjin travaille dans un domaine en plein boom dans la Galaxie. Il critique les hallucinations que procurent les frêves. En effet dans le futur imaginé par James Morrow, les artistes ou tisseurs de rêves, peuvent coder leur oeuvre dans la structure moléculaire des semences de céphalopommes. Les fruits ainsi obtenus sont des enregistrements de leur imagination procurant extase et plaisir à ceux qui les croquent. En vieux routier des frêves, Quinjin se tient à l’écart des affrontements qui opposent partisans et détracteurs de ce loisir. Pour cette raison il est convoqué par Clee Selig afin de tester un inquiétant frêve Le guetteur vigilant qui semble imiter les frêves Lotus imaginés par l’esprit détraqué de l’artiste Simon Kusk. Mais Kusk est mort. Et bientôt c’est la propre fille de Quinjin qui tombe sous l’emprise du frêve Le guetteur vigilant dont le seul Dieu est Goth.

« Dites moi donc, depuis combien de temps n’avez-vous plus eu personne à prier. Ne prétendez pas avoir dépassé ce genre de chose. Chacun d’entre-nous a besoin d’un dieu. Vous, votre femme, votre fils, votre fille. Vous êtes-vous jamais rendu sur Ganzir... au sanctuaire de la nostalgie spirituelle ? Les gens sont affamés de transcendance, ils aspirent de toutes leurs forces à rejeter les objectivisations stériles des empiristes. L’esprit humain ne peut assimiler qu’une petite dose de relativisme, puis commence le besoin de réponses sacrées. »

C’est un space opera et une réflexion philosophique que nous propose James Morrow. Space opera puisque le héros Quinjin sillonne la Galaxie afin de la sauver, elle et sa propre fille, du péril que constitue le frêve Lotus. Ce roman est également réflexion philosophique puisque usant d’une métaphore biblique, l’auteur rappelle qu’il est sans doute utile de croquer la pomme de la connaissance en toute connaissance de cause afin d’éviter le bad trip. En tout les cas, si « L’arbre à rêves » n’est pas encore le grand roman de MORROW, il en porte les germes.

  • « Ainsi finit le monde » [« This Is the Way the World Ends », 1986] paru en Présence du Futur, 1988

Finalement, l’Humanité s’est suicidée avec les armes de destruction massive dont elle s’est dotée. Peu avant l’apocalypse, un petit groupe de ses représentants est enlevé par un commando très spécial. Acheminé à bord d’un sous-marin vers l’Antarctique, ces survivants devront répondre des faits dont les accusent les esprits incarnés de l’Humanité à venir.

Texte post-apocalyptique et roman à procès. Entre fable et présage, il met tout le monde - pacifistes, bellicistes, dirigeants politiques, scientifiques et simples citoyens - devant ses responsabilités sans se laisser influencer par un manichéisme malvenu. Le récit très noir est enchâssé entre un prologue et un épilogue mettant en scène dans le passé le célèbre Nostradamus. Ceci vient redonner un peu d’espoir à l’ensemble et démontre également que quelles que soient les prédictions de mauvais augures, l’Humanité reste en dernier ressort maîtresse de son destin.

  • « Notre Mère qui êtes au cieux » [« Only Begotten Daughter », 1990]

Murray Katz est juif. Il habite Atlantic City, ville du vice de la côte Est, et arrondit ses fins de mois en vendant son sperme au Preservation Institute. Un jour, un échantillon de son sperme donne spontanément naissance à un enfant. Parthénogenèse inversée spéculent les scientifiques. Miracle divin s’effraie Murray qui s’inquiète aussitôt pour cet être qui est de surcroît sa fille.

Pas facile d’être messie surtout lorsque l’on est une femme, que l’on se pose beaucoup de questions sur le sens de l’existence et que sa mère ne répond pas. Tel pourrait être la version résumée de l’histoire de ce roman. Mais, celui-ci constitue aussi un tour de chauffe blasphématoire salutaire avant la trilogie de Jéhovah. James MORROW y met en évidence les contradictions des religions et pointe l’absurdité du fanatisme. Avec une réjouissante causticité, il peuple son récit de personnages truculents et déploie l’habituel imaginaire baroque qui est sa marque de fabrique. Ainsi, sous sa plume, l’enfer déborde d’activité et l’on y retrouve sans surprise l’ensemble de l’Humanité - car n’importe quel croyant et voué aux gémonies par les adeptes d’un autre culte -, le diable pousse à la création de nouvelles religions dont il fait son fond de commerce, Jésus réconforte les damnés en les expédiant vers le néant grâce à un dérivé de la morphine... Bref, personne n’est épargné et l’auteur reçoit le soutien actif de la science par le biais de la physique quantique dans son entreprise de destruction réjouissante. A noter que ce roman a reçu le World Fantasy Award.

  • La Trilogie de Jehova [« Godhead Trilogy »]
    • « En remorquant Jéhovah » [« Towing Jehovah », 1994]
    • « Le jugement de Jéhovah » [« Blameless in Abaddon », 1996]
    • « La Grande Faucheuse » [« The Eternal Footman », 1999]


Lire la critique

COMMANDER

"Le dernier chasseur de sorcières" de James MORROW

["The Last Witchfinder", 2003]

On a peine à imaginer qu’une des pages les plus noires de la chasse aux sorcières s’est écrite à l’époque où naissaient les sciences naturalistes et la rationalité. C’est pourtant à la charnière du XVIIème et XVIIIème siècle, de la Glorieuse révolution anglaise [1688] à l’avénement des « Lumières », que l’on a instruit une quantité ahurissante de procès en sorcellerie et exécuté en masse ses présumés ensorcelleuses. Ce n’est ni le premier, ni le dernier des paradoxes de l’esprit humain.

 

Mr.C