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Par Ubik
Elles sont peu nombreuses les maisons d’édition à donner leur chance à de jeunes auteurs français. Certes, Jonas LENN a aussi publié sous l’identité de Emmanuel LEVILAIN-CLEMENT, et n’est pas totalement un inconnu.
Mais une trentaine de nouvelles et un petit roman, ce n’est finalement pas grand-chose. Aussi, la parution d’un roman, un peu hybride - je vais y revenir - chez Les Moutons électriques, offre-t-elle une opportunité supplémentaire de découvrir cet auteur.
Comme je l’ai annoncé d’entrée, « Manhattan Stories » est un hybride littéraire, curieux objet à cheval entre le roman policier et celui de science fiction. Nous sommes définitivement en terrain connu et les composantes et archétypes de ces deux champs littéraires sont entremêlés habilement, je dois le reconnaître, ce qui ne peut que séduire leurs publics respectifs.
Mettant en scène le lieutenant Cairn et son adjoint Rooney, le duo archi connu - vieux flic solitaire expérimenté et jeune détective - de bon nombre de récits policiers, ce roman se compose de quatre enquêtes qui commencent invariablement par la découverte d’un meurtre. Dans ce domaine, Jonas Lenn n’invente rien, il adapte, extrapolant sur les éventuelles possibilités ouvertes au crime par les technosciences. Il recycle les schémas classiques de la littérature policière et les accommode à la sauce science-fictive, à l’instar de ce crime en chambre close [« Le djinn amoureux »] solutionné de manière... je n’en dirai pas plus ou encore comme dans cette variation sur le coupable évident [« L’invincible armada »] qui trouvera un dénouement bien entendu autre.
Ainsi, la science fiction ne sert pas uniquement d’élément de décor aux enquêtes du lieutenant Cairn. Non, elle alimente véritablement les différents récits. Au fil des quatre histoires qui composent ce roman, LENN donne corps à une version futuriste de New York dans laquelle nanotechnologie, réalité virtuelle, implants cérébraux, informatique, clonage et voitures volantes font partie du quotidien. Il donne vie à un univers anticipatif vraisemblable et créé une ambiance qui fonctionne diablement bien et l’on sait que celle-ci compte beaucoup dans un roman policier. La cité de New York décrite par LENN ne verra sans doute jamais le jour. Peu importe, là n’est pas l’objectif, le fond s’adapte à la forme même si celui-ci est vieux comme le monde puisqu’il s’agit du crime.
Hybride « Manhattan stories » l’est aussi par sa structure narrative. On croit lire un roman et finalement, on lit une succession de nouvelles car très rapidement le texte laisse apparaître son architecture composite.
Pour information, les deux premiers chapitres sont parus initialement dans deux anthologies [« Détectives de l’impossible » et « Pouvoirs critiques »]. Une question se pose donc : « Manhattan stories », roman ou recueil de nouvelles intégré dans un contexte commun ? Le doute plane mais pas longtemps puisque les brèves transitions qui ouvrent chaque chapitre, apparaissent rapidement artificielles.
« Manhattan stories » ressemble en fait à une tentative que je trouve personnellement ratée, de réunion de plusieurs textes qui partagent une unité de lieu et quelques personnages récurrents. Le procédé des transitions, sensées révéler de manière introspective quelques informations sur le passé effacé du lieutenant Cairn et créer un lien sous forme de fil rouge entre les quatre chapitres, ne fonctionne pas. Il attire l’intérêt sur la personnalité de Cairn et laisse penser que les enquêtes sont les composantes d’un récit qui les englobe toutes. En fin de compte, les stories l’emportent sur la Story.