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Depuis son premier roman, Au Nord des gloutons, Manuela Draeger poursuit son petit bonhomme de chemin dans la littérature pour adolescents. Auteur discrète, elle raconte dans ses neuf livres parus les enquêtes de Bobby Potemkine, spécialisé dans les affaires étranges... Aussi étranges que son univers, une ville froide et grise abritant des créatures bizarres. Découverte d’une auteur à part dans la littérature jeunesse.


VOIX DU POST-EXOTISME


« Plus tard, vous lirez des oeuvres de Lutz Bassmann, d’Elli Kronauer, de Virginia Woolf, et, si tout se passe bien, d’Andreï Platonov, de Haruki Murakami ou de Maria Schrag. Et vous voyagerez loin, avec eux. Moi, ce soir-là, j’avais sous les yeux un petit roman de Manuela Draeger.
Et j’étais transporté dans un monde étrange. »

Un oeuf dans la foule de Manuela Draeger, École des loisirs.

Immeubles en ruines, administration inexistante, froid polaire, chutes régulières de météorites... Les romans de Manuela Draeger se déroulent dans une ville sans nom. Une faune étrange et hétéroclite survit dans ce décor post-apocalyptique. Parmi elle, Bobby Potemkine, narrateur et ancien policier, enquête sur des affaires louches : disparition de l’inventeuse du feu, orchestre subitement muet ou encore sauvetage du macaroni Auguste Diodon, avalé tout rond chaque jour par un enfant.

Manuela Draeger développe un bestiaire des plus bizarres. Chauve-soubises, ratinettes polaires, ou crabes laineux habitent ses histoires. Peu ou pas décrits par le narrateur qui les voit comme son quotidien ordinaire, ils prennent pourtant très vite consistance dans l’imaginaire du lecteur. Toute la force de l’auteur est là : en quelques mots, elle rend palpable un monde inconnu. Bobby Potemkine et les autres protagonistes sont attachants, drôles (parfois malgré eux) et fatalistes face au monde qui les entoure. Une sensibilité qui correspond à l’écriture de Manuela Draeger, toute en finesse et précision.

Inclassable jusqu’au bout des ongles, Manuela Draeger se joue des genres avec délectation.

Du roman policier, tout d’abord. Attiré par la gent féminine, solitaire, Bobby Potemkine a tout de la figure typique de l’enquêteur, mais fait un piètre investigateur — la résolution des affaires étant systématiquement due au hasard ou à d’autres personnages. À cause de l’étrangeté du monde, le lecteur ne peut jamais deviner la solution du mystère, toujours inattendue.
De l’imaginaire, ensuite. Certains éléments sont proches de notre monde : RER, ancienne station-service... Mais l’introduction de bizarreries et d’étrangetés crée un flou. Cet univers est à la fois proche et étranger. Manuela Draeger joue avec les noms pour qu’on ne puisse nationaliser le lieu. Le temps s’écoule à une vitesse curieuse, la chronologie des événements manque de précision.

L’absurde règne donc en maître. Les propos du narrateur sont sujets à caution. La sensation globale d’onirisme qui se dégage de l’ensemble laisse penser que Bobby Potemkine pourrait bien tout inventer... Dans Le deuxième Mickey, il raconte même une histoire dont il est censé ne pas se souvenir.

Au détour d’un site, on peut trouver un semblant de biographie de Manuela Draeger. On y apprend qu’elle est née en 1971 au Québec, qu’elle appartient à la communauté des auteurs post-exotiques et qu’elle est incarcérée depuis 2001.

Ne nous limitons pas à cette hagiographie peu bavarde et remontons directement à la source : Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze, d’Antoine Volodine. Dans ce manifeste, rédigé comme un ouvrage collectif, on trouve une liste d’écrivains post-exotiques. Et parmi eux, celui de Manuela Draeger apparaît pour la première fois.

Alors, Draeger et Volodine, une même plume ? Oui et non. Il serait sans doute plus juste de parler d’hétéronymie. Mot désignant un pseudonyme utilisé par un écrivain pour incarner un auteur fictif, possédant une vie propre imaginaire et un style littéraire particulier. Ainsi Antoine Volodine (dont le nom est déjà un pseudonyme) a plusieurs hétéronymes, tous appartenant à la communauté des écrivains post-exotiques : Lutz Bassmann, Elli Kronauer et Manuela Draeger.

Antoine Volodine parle pour la première fois de « post-exotisme » en 1991. Il marque ainsi sa volonté de ne pas être « catégorisé ». Peu à peu, au fil des romans de Volodine et de ses hétéronymes, ce terme a pris une certaine consistance : un univers-monde décalé, vision déformée de notre 20e siècle, siècle des guerres, des camps, des révolutions et de leurs échecs. La communauté des écrivains post-exotiques est une communauté d’auteurs incarcérés. C’est donc une littérature intrinsèquement liée à l’enfermement, la militance politique, et l’évasion au travers de l’imaginaire.

Ainsi, Manuela Draeger s’insère dans le post-exotisme avec son univers original. Publiée dans une collection pour adolescents, elle se démarque clairement du reste des parutions pour la jeunesse. Il n’est pas besoin de connaître le dispositif mis en place par Volodine pour savourer ces petits romans. Et pourtant, une mise en perspective permet de découvrir un ambitieux univers littéraire dont les romans de Manuela Draeger constituent une belle porte d’entrée, accessible aux jeunes lecteurs.



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Le Radeau de la sardine de Manuela Draeger

Un livre peu épais à la maquette sobre, un titre énigmatique, une photographie de couverture qui déteint au fil des romans de la même série — tous parus dans la collection « Médium » de L’École des loisirs — Le Radeau de la sardine détonne dans les rayonnages.

 

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