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Le Cafard cosmique : Un pour Deux est un roman à la frontière entre les genres... Polar, quasi-fantastique, humour, il colle parfaitement à l’esprit de la collection Interstices. Qu’est-ce qui vous intéresse dans la littérature "borderline" ?

Martin WINCKLER : Le mélange des genres, justement. Le fait de ne pas être « assigné » à une forme ou à une tonalité. Je pense que ça vient de ma culture personnelle de la fiction : celles que je préfère (les fictions anglo-saxonnes, roman, cinéma, télévision) sont hybrides, imprévisibles dans leur ton, et mêlent toutes les formes possibles. J’essaie avec mes moyens propres d’écrire dans cette « lignée ».

CC : Vos personnages principaux [René & Renée] développent la notion de masculin/féminin d’une manière inattendue [quoique pas tant que çà quand on a lu Daniel KEYES dans la même collection [1] ]. Il est amusant de constater que vous créez des personnages transgenre dans un roman justement transgenre. C’est une obsession ?

M.W. : C’est plutôt la transposition d’un questionnement personnel, mais ce qui m’intéresse le plus dans le couple René/Renée, ce n’est pas la différence de sexe, mais la différence d’être, le fait qu’ils sont à la fois unis et distincts, obligés de vivre ensemble de manière irréductible. C’est leur coexistence fraternelle et conflictuelle qui m’intéresse. En choisissant de leur donner un sexe différent, je suis encore plus explicite pour le lecteur, et je multiplie les sources de conflit ou de cohésion possibles, donc j’enrichis mon « fantasme » personnel qui est celui de la double personnalité, certes, mais d’une dualité qui coexiste et pense et s’exprime parfois simultanément [ou a du mal à le faire].
Cette interrogation sur l’être [suis-je ceci ou cela, suis-je celui que je sens être ou suis-je l’image que les autres me renvoient] me pousse évidemment à explorer toutes les différences, en particulier celle du sexe - et par extension, les personnes transgenre, ou les intersexués, même si je ne suis pas du tout un spécialiste de ces questions. Je les ai abordées par fraternité, par empathie, par sentiment de proximité, et non par intérêt obsessionnel ou scientifique.

CC : Vous-même êtes un personnage multiple. Ecrivain, médecin, blogger... Pour résumer, vous êtes irrésumable. Vous le faites exprès ?

M.W. : Je n’ai pas le sentiment d’être un « personnage multiple ». Etre médecin et écrivain, ça va tout à fait ensemble : le premier écoute, l’autre restitue. Est-ce que je le fais « exprès » ? Non. J’ai la chance d’être lu, et donc publié facilement, alors tant que c’est vrai, j’écris ce que je veux. Je ne vois pas pourquoi je m’en priverais. Et à vrai dire, c’est précisément le fait d’avoir plusieurs intérêts différents qui me permet de ne pas toujours raconter la même chose... [même si j’ai mes petites obsessions, comme tout le monde]. Enfin, j’espère bien être « irrésumable ». Je n’aimerais pas que mon boulot se « résume » à une série de livres superposables... J’aime l’idée, au contraire, que je n’écris pas toujours le même livre... Et j’aime aussi penser que je ne passe pas ma vie toujours à la même place, comme un rond-de-cuir sans autre ambition que celle de toucher sa retraite.

CC : Manifestement, et à la différences des anglais, par exemple, les Français souffrent d’une sorte de handicap intellectuel quand on en vient à évoquer la science-fiction, le fantastique, bref, ce qu’on appelle "les littératures populaires", toujours opposées à la "littérature noble." D’où l’idée que nous naviguons en pleine littérature "ignoble." Pourquoi un tel schisme, à votre avis ? Que vous évoque la notion de genre littéraire ? Y souscrivez-vous ?

M.W. : C’est un handicap culturel lié à l’évolution de la littérature et des arts narratifs au fil des siècles. Il y avait déjà tout dans Shakespeare, alors tout peut être dit dans les fictions anglo-saxonnes depuis son époque. En revanche, en France, on a coupé le théatre et la littérature en deux : les formes « nobles » [Corneille, Proust] et les formes « populaires » [Molière, Dumas]. J’ai grandi en lisant Conan Doyle, Dumas, Agatha Christie, Bob Morane, Isaac ASIMOV - bref, de la littérature narrative et pas auto-réflexive comme on s’entête à en faire encore aujourd’hui. Très naturellement, je vogue dans les mêmes eaux. Un chien ne fait pas des chats. Qu’est-ce que ça m’inspire ? Je m’en fous. Tant qu’on peut lire ce qu’on veut... Et comme je lis l’anglais couramment, je ne suis pas triste de ne lire que rarement des romans français qui me touchent.

CC : Vous faites partie des rares auteurs français à aborder avec succès différents aspects littéraires. Que ce soit le roman traditionnel, l’essai [sur les séries ou les super-héros, par exemple], le guide pratique [contraception], rien ne vous effraie...

M.W. : Pour moi, le clavier de l’ordinateur est un instrument de musique. Et j’aime toutes sortes de formes musicales : la chanson, l’improvisation de jazz, la comédie musicale, les valses romantiques, etc. Alors je « compose » mes textes en m’inspirant ou en investissant toutes les formes qui m’intéressent et qui m’ont nourri. Et à mes yeux il n’y a pas de forme « indigne » ou vulgaire. J’ai commencé à 10-12 ans en écrivant un journal, des lettres, des chansons, des nouvelles et en souffrant de ne pas pouvoir écrire de formes « nobles » [un roman, un essai] et j’ai longtemps pensé que j’en serais incapable. Alors j’ai fait du journalisme, de la traduction et j’ai continué à écrire des formes courtes : nouvelles, articles, récits... Jusqu’au moment où je me suis rendu compte qu’un roman, c’est un récit de fiction, comme une nouvelle, mais plus long, et qui pouvait être composé de tout un enchâssement de nouvelles ou d’ « épisodes » - comme une série télévisée, ou comme les romans d’ASIMOV [Fondation] ou de SIMAK [Demain les chiens], qui avaient commencé comme une série de nouvelles en revue. Et je ne pense pas non plus qu’il y a des contenus « nobles » et d’autres qui sont « vulgaires ». Un roman qui fait ressentir des choses intenses est aussi respectable qu’un essai qui nous apprend l’histoire de l’univers. Et il y a des romans bourrés d’informations et des livres de sciences fondamentales ou humaines écrits comme des récits [c’est ainsi que j’écris les miens, en tout cas]. L’important, c’est qu’après lecture, le lecteur ait changé, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Qu’il soit plus « sensible » ou plus « instruit », peu importe : il s’est enrichi.

Quand l’Internet s’est développé, j’ai tout de suite vu que c’était un lieu d’expression, alors dès que j’ai pu, j’ai fabriqué un site sur lequel je parle de tout ce qui m’intéresse, le plus possible. Parce que l’essentiel, c’est ça : de partager des réflexions et des goûts. Et d’écrire.


PAT


NOTES

[1] NDCC : Allusion au roman Les 1001 vies de Billy Milligan de Daniel KEYES, aux Editions Calmann-Levy / Interstices, Septembre 2007