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"Jusqu’au boutiste et artisanal !"

Mathias ECHENAY a créé les éditions La Volte en 2004 / A son catalogue : 5 romans dont la désormais mythique « Horde du Contrevent » de Alain DAMASIO, livre pour lequel il a lancé sa maison d’édition, mais aussi les œuvres de Stéphane BEAUVERGER, celles de Jeff NOON, etc.


Cette interview fait partie d’une série de trois entretiens. Dans la même série :


- Le Cafard cosmique : Racontez-nous l’histoire de la création de votre maison d’édition.

- Mathias ECHENAY : Un conte de fée, un vrai. Je travaille dans l’édition, dans la partie commerciale, depuis 15 ans environ, et, en 1993, Alain DAMASIO m’apporte un manuscrit lors d’une fête et me prend la tête avec de la philo ; j’étais dans un état, disons festif, il insistait pour que je le lise. J’ai lu la « Zone du dehors » et j’ai adoré, ça a été une impression rare de lecture. J’ai ensuite cherché des éditeurs, puis nous avons édité ce roman chez Cylibris avec Olivier GAINON.

Ensuite, quand Alain, qui met 6/7 ans pour écrire, est venu avec « La Horde du Contrevent » en cours, je travaillais chez Flammarion et logiquement j’ai aménagé une rencontre avec Jacques CHAMBON qui a cru au projet, beaucoup cru. J’étais derrière toujours en tant que lecteur, et j’en discutais avec Jacques, enfin ça n’a pas duré car Jacques est mort l’été 2003. Alors Alain est venu à la maison pour me convaincre de créer une maison d’édition, j’ai résisté puis j’ai décidé de me lancer, en plus de mon boulot, dans une optique jusqu’auboutiste et artisanale. A condition d’investir beaucoup d’argent et de trouver un diffuseur national. J’avais des envies, envies de livre avec musique, et puis en tant que lecteur je trouvais difficilement des romans de l’imaginaire écrit, enfin, très écrit. Je suis amateur des VOLODINE, BARBERI par exemple. J’ai créé la maison, et l’impossible s’est passé : « La Horde » a rencontré le succès, critique et commercial, et ce n’est pas fini. Génial non ?

C’est la réaction de certains journalistes, de certains écrivains, de certains libraires, qui a créé le bouche à oreille. Puis ensuite le Grand Prix de l’Imaginaire. Ca a fait vendre ? Oui et non, c’était déjà une vente forte, cela a permis d’entretenir l’effet boule de neige, de redonner un peu de visibilité, avec le bandeau aussi. Mais surtout c’est une marque de reconnaissance importante pour Alain DAMASIO, et pour moi aussi. Je peux frimer, je fais partie du monde de la SF !

- CC : Aujourd’hui quel est votre chiffre d’affaires et combien de personnes employez-vous ?

- M.E. : Le CA je ne sais pas, c’est tout petit, 4 livres par an, ce n’est pas confidentiel, je ne sais vraiment pas, et je n’emploie personne, pas même moi. Je paie la correctrice, la maquettiste, enfin la directrice artistique parce qu’elle fait beaucoup plus que la maquette, et encore je ne la paye pas autant que je devrais, je lui fait refaire des couvertures 50 fois et réintégrer les corrections, pour « Pollen » de Jeff NOON, 5 à 6 fois..

- CC : Publier de la SF en France : Sur quels arguments misez-vous pour sortir du lot et assurer votre pérennité ?

- M.E. : L’énergie et la passion sur chaque livre, en fait c’est n’est pas moi ou La Volte, c’est chaque livre, en plus on peut attirer avec site, mailings, illustrations, musique...cela peut séduire. Des livres un peu différents, pas objets mais quand même. Je voudrais rester à 4 livres par an, allez 5 un jour si je n’explose pas en vol, mais c’est tout. Je ne veux pas à terme me payer ou rétribuer quelqu’un, sinon je devrais rentrer dans une production de 15 livres, et ce ne sera plus pareil. Donc ce n’est pas un modèle économique d’entreprise, je ne donne de leçon à personne.

Pas de ligne éditoriale, si ce n’est mon goût, mon imaginaire, mais pas que. En fait j’ai envie d’être surpris aussi. Je mise aussi sur la montée du phénomène de mélange des media, mélange littérature et musique, avec image également. Aujourd’hui en librairie, en fait, cela n’évoque rien, ou alors les livres cd, pour les mal voyants majoritairement, et qui ne sont que des livres lus. Demain je pense que cela se développera, que les formes éclateront, s’interpénètreront, tiens je suis devenu noonien, je voudrais que musique et littérature s’enrichissent mutuellement et dans le même temps puissent tenir seules.

- CC : Avez-vous des ambitions particulières pour la publication de jeunes auteurs français, désirez-vous participer à l’éclosion d’une nouvelle génération ?

- M.E. : Je n’ai pas cette prétention, je serai ravi de publier de jeunes auteurs talentueux, en jeunes ou vieux, je m’en fous. En revanche, je serai fier de publier des auteurs, des livres, que personne ne peut ou ne veut faire, parce que trop ci ou trop ça. Autant publier des livres que d’autres ne font pas.

- CC : Qu’est-ce qui doit, selon vous, être amélioré en matière d’édition française de SF ?

- M.E. : Il n’y a pas beaucoup d’éditeurs de sf française, il manque un éditeur grand public, un peu comme Fleuve Noir à une époque ; Rivière Blanche se fait sa place, mais justement je ne sais pas si le marché est capable de voir vendus des milliers d’exemplaires de bonne sf. La fantasy y réussit, j’espère que la sf va remonter la pente. Ensuite la bataille est aussi auprès des lecteurs et des prescripteurs, et là aussi c’est pas reluisant. Il faudrait donner les clefs de la sf et de la fantasy aux libraires, c’est mon cheval de bataille, dans mon autre métier aussi, les libraires sont paumés, ils ne savent pas choisir, conseiller, ils ne lisent pas beaucoup, il leur manque les clefs. D’ailleurs les représentants sont un peu dans le même cas, bref, si l’on inclut les bibliothécaires, c’est toute cette chaîne à convertir, ou du moins à éclairer. Quant aux media, ça je ne sais pas ce qu’il faut faire, c’est pas glorieux.

- CC : Etes-vous parfois en compétition avec de gros éditeurs - et dans ce cas, qui gagne ?

- M.E. : Avec mes 5 livres au catalogue, cela ne m’est jamais arrivé, je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi Jeff NOON n’a pas été acheté par d’autres, des éditeurs me disent qu’ils y pensaient mais il n’y a pas eu d’autres offres à ma connaissance. Bien sûr je suppose que des éditeurs vont approcher Alain DAMASIO, et Stéphane BEAUVERGER, on verra, les auteurs sont libres, ce n’est pas nécessairement mieux d’être publié par une grosse maison d’édition. C’est quoi un gros éditeur d’abord ?

- CC : A l’heure actuelle, tous les éléments qui entourent, enrobent le texte en lui-même (couvertures, préfaces, postfaces, support vidéo, musical, promotion...) paraissent cruciaux dans la réussite de l’ouvrage. Quelle importance donnez-vous à cet « enrobage » et comment parvenez-vous, matériellement, à l’assumer ?

- M.E. : Oui c’est très important, j’y passe le temps qu’il faut, aux 4èmes, aux couvs, sans compter les cd. Les sites internet aussi : il y a un site pour « La Horde », un site pour « Chromozone » et « Les noctivores » de BEAUVERGER, un site maintenant un peu sommaire, pour La Volte. Matériellement c’est une aberration économique, comme ma maison. C’est finalement l’argent d’un salaire que je dépense dans un cd, après si je soigne l’objet, cela induit un surcoût certes, mais pas dément je trouve. Ce ne sont même pas des livres cousus.

- CC : Quelle est l’influence de vos diffuseurs / distributeurs sur votre visibilité ?

- M.E. : Cela joue beaucoup, du moins le rôle d’accompagnateur vers le client. Je le sais, c’est mon métier, enfin celui de jour. Mais attention, la visibilité ne suffit pas pour faire vendre un livre, il faut intégrer dans l’équation mystérieuse, le bouche à oreille, c’est à dire les media, et les libraires. Lorsque les ventes du livre démarrent , la réactivité du diffuseur et du distributeur sont très importantes. Je mise avant tout sur le travail du libraire, et le mieux placé pour faire lire, c’est le représentant, mais l’éditeur a tout à gagner à titiller le libraire.

- CC : Quel bilan tirez-vous de l’année écoulée ?

- M.E. : 2005 ? « La Horde », incroyable, 4ème tirage. Je suis déçu par les media, sur « Chromozone » et « Les Noctivores » de Stéphane BEAUVERGER, ce sont d’excellents livres, d’actualité en plus pour l’aspect virus, voilà un auteur nouveau et qui trace son chemin et ces romans n’ont pas été lus par certains journalistes importants, ou alors ils n’ont pu faire passer leur article. Heureusement « Chromozone » se vend très correctement, « Les Noctivores » sera relancé par le prochain BEAUVERGER. Mais qu’on le lise [1], il a tout : la construction, la style, l’humour, un souffle, un peu pessimiste ça c’est sûr, Galaxies et Bifrost ont chroniqué de façon très très positive, heureusement.

Le roman de la rentrée 2005, « Ame sœur » a connu un sort enviable pour un premier roman signé d’un inconnu, il a eu de très bons échos médiatiques, mais septembre est très casse gueule pour les romans français, et les autres mois aussi d’ailleurs.

- CC : Que pouvez-vous nous dire des nouveautés de cette rentrée, à la fois chez vous et chez d’autres éditeurs ?

- M.E. : Ah, enfin on parle des projets ! Alors après « Vurt » en septembre, « La Cité Nymphale » de BEAUVERGER, avec un album d’un groupe mythique, HINT, c’est géant. Je viens de terminer la lecture de la première moitié, il y a des retournements imprévisibles et des scènes choc, voire choquantes. Stéphane écrit très bien, il pense en plus au lecteur qui n’aura pas lu les deux autres romans, il baladera ceux qui les auront lus. Le top.

Et puis une folie : un recueil de nouvelles, autour d’un thème, le son, par les anciens du groupe Limite, le tout accompagné d’un cd. 7 auteurs de sf et 15 formations de musique expérimentale, je suis en train de monter un concert, cela va être grandiose, avec Francis BERTHELOT, CURVAL, et BARBERI, lui il est musicien, sur scène ! Je vais perdre plein d’argent, là c’est certain, si quelqu’un a une idée pour trouver des subventions, qu’il me vienne en aide.

- CC : Quels sont vos projets à plus long terme ?

- M.E. : Je vous donne mon programme en avant-première, pour 2007 : « Le Goût des jours de pluie » de Laurent RIVELAYGUE, un roman totalement déjanté, pas de la SF, soit dit en passant, mais encore des hallucinations et de la drogue. La réédition de la « Zone du dehors » d’Alain DAMASIO avec un DVD, des malades sont en train de tourner un film, ils baignent dans l’histoire et ses codes depuis 6 mois au moins. Et les deux prochains Jeff NOON. Je vous parle de 2008 un peu plus tard, mais en fait il y a des idées en cours déjà...


Shinjiku


NOTES

[1] Le lapsus étant plutôt mignon, nous l’avons conservé pour que l’internaute en profite également.