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Après "Pollen", paru le mois passé, viendra "Vurt" à la rentrée, puis "Nymphomation", "Pixel Juice", un recueil, et encore d’autres romans... les éditions La Volte ont attrapé la noonite, maladie étrange qui rend le lecteur complètement dépendant aux romans onirico-cyber-hallucinés de l’anglais Jeff NOON... prenez garde, c’est une maladie contagieuse. A... Ah.... Atchouuuuum !


Le Cafard cosmique : Cher Mathias ECHENAY, puisque vous êtes à la fois le créateur des éditions La Volte et l’une des premières victimes de cette pandémie de noonite sur le territoire français, expliquez-nous un peu : qui est Jeff NOON ?

Mathias ECHENAY : C’est un auteur qui n’a pas encore 50 ans, ancien libraire, musicien et peintre - ce qui joue sur son écriture. Il est culte au sens où les auteurs anglais, voire américains le connaissent et le reconnaissent, ainsi que les éditeurs et auteurs. Les ventes de ses livres ne sont pas mirifiques, mais tous ses romans sont réimprimés, et toujours disponibles.
Comme auteur, il a été comparé ou associé à John KING et Irvine WELSH pour les plus connus, auteurs de cette génération dite trash. Il est comparé à William GIBSON, pour son univers, mais NOON est proche dans l’écriture de William BURROUGHS, en plus d’être obsédé par "Alice au Pays des Merveilles"... Bref, c’est un auteur à l’oeuvre inclassable, si bien d’ailleurs que je le pousse en rayon littérature étrangère en librairie, surtout lorsque le rayon sf est peu développé.

CC : Quel accueil ont reçu ses premiers romans traduits en France il y a quelques années ?

M. ECHENAY : "Vurt" est sorti chez Flammarion en 1997, et il a reçu un bon accueil critique... mais en librairie il ne s’est pas passé grand chose ! Le livre n’était pas très bien traduit, à mon avis - avis partagé par Marc VOLINE, son nouveau traducteur. "Vurt" n’est même pas passé en poche.

Un deuxième roman, "Alice Automate" est passé inaperçu ensuite. "Pollen", le troisième, a été traduit paraît-il, annoncé aux libraires... mais il n’est jamais sorti.
Une nouvelle de Jeff NOON est paru dans un recueil, "Discobiscuits" a été édité en France chez Alpha Bleue - par l’éditrice Christel Paris maintenant chez Panama - puis en J’ai Lu, une autre nouvelle dans le recueil "Intoxication" au Diable Vauvert, aux côtés des John KING et autre WELSH...

CC : Bref, on peur parler d’un accueil pas vraiment chaleureux... alors pourquoi rééditer Jeff NOON aujourd’hui ?

M. ECHENAY : Mais parce que c’est important ! Un copain éditeur et Marc VOLINE m’avaient fait découvrir "Vurt" chez Flammarion, puis j’avais vu que l’affaire éditoriale capotait ; Jacques CHAMBON chez Flammarion avait bien tenté de reprendre le flambeau mais peine perdue. Du coup, quand j’ai créé La Volte, je me suis mis à en rêver, et nous avons remonté le courant avec Marc, que j’avais recontacté, pour trouver les agents, faire des propositions, des contre-propositions, et ainsi de suite. J’avais lu entre temps les romans en anglais et vraiment ça a été un choc à chaque fois.

CC : N’est-ce pas une prise de risque... particulièrement risquée ?!

M. ECHENAY : C’est risqué oui, enfin je ne recherche dans ma maison d’édition que ce type de rencontre et d’envie, je ne cherche pas à perdre de l’argent c’est sûr, mais comme j’ai des coûts bas, c’est un peu différent des entreprises d’édition "classiques".
Cela dit, le CNL ne m’a pas aidé pour les traductions, peut-être parce Jeff NOON est un peu trop fantastique à leur goût, et ça, ça fait mal, même si je ne comptais pas dessus. Mon but est vraiment de toucher le plus grand public possible pour NOON, c’est ambitieux ou fou. Peu importe.

CC : Comment décrire son univers et son style ?

M. ECHENAY : Whouaa, je vais essayer. C’est un univers personnel, il faudrait inventer l’adjectif "noonien", parce que c’est un univers aux contours flous, dans lequel on passe sans arrêt d’une réalité à autre chose, on est plongé dans du rêve, des hallucinations, mais bien sûr on ne peut plus savoir où se trouve la réalité. Dans certains romans, il y a le VURT, qui est le monde du rêve, mais qui a une existence propre, nos mythes y vivent et on pourrait d’ailleurs voir dans chacun de ses livres un mythe revisité.

En l’occurrence dans "Pollen", c’est Persephone qui envahit Manchester, ah oui parce que ses romans se déroulent à Manchester, Vurtchester, Namchester, dans Pollen on y retrouve les rues [le traducteur a refait le plan de la ville, mais il est un peu excessif], bref le personnage s’appelle Persephone et les héros vont dans le Vurt sous terre demander à Berleycorn, le dieu des enfers, de reprendre son amante, fille de Demeter. Enfin je veux pas être fatiguant...
Le monde de Noon est traversé par des miroirs - qui permettent justement de glisser de la réalité vers autre chose - des chiffres, des drogues ; pour les romans VURT, ce sont des plumes de différentes couleurs qu’il faut s’enfoncer dans la gorge pour passer dans l’autre monde, avec effets physiques parfois dangereux...

NOON nous a confié que la drogue lui permettait, dans ses romans, de travailler sur la mutation, car ça c’est un sujet noonien. Dans "Pollen" les personnages sont à moitié chiens ou bien faits de pièces artificielles. Et la langue est fluide et poétique, magique, il attaque les sens, on sent saturation, voile devant les yeux, on entend, magique je dis. C’est pour ça que la traduction est essentielle, il y a en plus des mots valises, plus évident en anglais, à la Lewis CARROLL.
NOON pratique, dit-il le sample, le cut up, il regrette que la littérature soit en retard par rapport au cinéma, de ce point de vue-là. Il mène des expériences d’écriture avec contrainte, avec contrainte musicale par exemple, c’est une aventure d’écriture !

CC : La lecture n’est pas toujours aisée... NOON donne peu de repères.

M. ECHENAY : Les repères, NOON ne les donne jamais, c’est même le roi du flou. La notion de Vurt est différente entre "Pollen" et "Vurt", pas d’accès en douceur dans l’univers noonien ; cela dit je trouve que c’est très accessible et très vite. C’est en ça que je considère que ce n’est pas de la sf, il ne cherche pas à rendre cohérent un univers bâti auparavant. Il y a un site de fans, ils se retrouvent pour constituer un glossaire, le lexique noonien, c’est assez drôle...

CC : Pourquoi "Pollen" parait-il avant le roman dont il est la "suite", à savoir "Vurt" ?

M. ECHENAY : Je voulais sortir "Vurt" et "Pollen" en même temps mais il a fallu 5 mois pour traduire "Pollen", par lequel nous avions commencé, et pas question de gâcher la traduction, les échanges avec l’auteur, entre nous. Je voulais Pollen pour fin avril parce que l’action se déroule en mai avec la montée du pollen et des éternuements. Et puis VURT n’introduit pas POLLEN, il y a une allusion et c’est tout. Nous pensons, Marc et moi, que la notion-même de Vurt n’est pas identique d’un livre à l’autre. VURT est prévu pour septembre, car il s’agit d’une nouvelle traduction bien sûr.

CC : Votre engouement est tel que vous avez prévu de publier plusieurs autres oeuvres de NOON...

M. ECHENAY : L’an prochain le roman "Nymphomation" et "Pixel Juice", un recueil de nouvelles. Puis 1 ou 2 par an on verra ; disons qu’il y en a 7 pour l’instant, et NOON est en train d’en terminer un. Il a aussi un cd avec un musicien, et ce qui serait fou, ce serait de réussir à l’éditer avec le livre correspondant ; alors j’essaie !


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> La fiche bio / biblio de NOON Jeff [et d'autres critiques]

Mr.C