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Publié le 01/05/2008
« Matter » de Iain BANKS
A paraître en VF chez Robert Laffont / Ailleurs & Demain en 2009
I M P O R T
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Par PAT
Attendu au tournant par toute une génération de lecteurs réconciliés avec la SF grâce à des auteurs de sa trempe, Iain BANKS nous fait le plaisir de revenir au formidable “Cycle de la Culture” [qu’on appellera ainsi faute de mieux] avec Matter, gros roman foisonnant qui a le douteux privilège de suivre le magnifique Le sens du vent et de relancer - ou pas - l’une des créations littéraires les plus intéressante du genre qui nous occupe.
Lourde responsabilité, donc, dont le roman se tire hélas assez mal, réitérant les erreurs déjà présentes (et signalées, pourtant, à croire que Iain Banks ne nous écoute pas) dans L’algébriste, dernière contribution en date de l’auteur à la SF, la Culture en moins. : lourdeur, construction boiteuse, lenteur parfois pénible, ennui, et, au final, louable ambition mal menée qui ne débouche sur rien de bien concret.
Matter n’enfonce donc pas Le sens du vent. Tout au plus explore-t-il plus avant un cycle “qui fonctionne”, pour le plus grand bonheur des fans, mais le plus grand scepticisme des autres. Si le jugement paraît dur, force est de reconnaître que Banks en est seul responsable. Il n’avait qu’à pas nous habituer à des livres aussi imparables que magnifiques, aussi intelligents que drôles, aussi subtils que dérangeants et aussi novateurs que respectueux. Que serait la SF aujourd’hui sans des auteurs de l’envergure d’un Banks ? Celui qui a - excusez du peu - rénové le Space Opera - nous avait habitué à mieux, d’où déception et sentiment d’injustice mal encaissé. Reste que si Matter est sans doute un roman raté, sa qualité intrinsèque plane tout de même largement au-dessus des productions SF habituelles, et mérite donc qu’on s’y attarde.
Sans refaire ici l’explicatif de l’univers de la Culture [les lecteurs curieux trouveront leur bonheur dans les articles déjà publiés sur le Cafard et/ou ailleurs], signalons que Matter suit plutôt la ligne directrice qui prévalait dans Excession [L’un des meilleurs, mais aussi des plus déroutants de la série], avec la description de civilisations vivantes ou disparues dont l’ancienneté, l’étrangeté et les restes les placent d’entrée au même niveau que la Culture, voire bien au-delà. La Culture n’est donc pas toute puissante. Elle est Une parmi d’Autres. Et peut-être même qu’elle n’est pas grand chose, finalement. On sort du classique Superpouvoir-face-aux-barbares-incultes pour pénétrer les arcanes d’un jeux diplomatique tendu et subtil entre différentes races, dont, on s’en doute, les intérêts ne convergent pas toujours.
Et pour illustrer une situation globale pour le moins délicate, Iain BA situe Matter dans un contexte qui a le double mérite de réconcilier SF traditionnelle et Fantasy traditionnelle [de quoi doper les ventes ?] tout en synthétisant le macrocosme décrit plus haut dans le microcosme de Sursamen [enfin, microcosme, on se comprend], un monde-creux comme il en existe quelques uns disséminés de ci de là. De ces gigantesques artefacts construits par une race disparue pour des raisons inconnues, le monde civilisé ne sait pas grand chose. Une autre race, elle aussi disparue, s’était même fait une spécialité de les éliminer les uns après les autres... Pourquoi ? Mystère. Reste que ces mondes creux aussi magnifiques que dangereux sont aujourd’hui habités depuis des dizaines de milliers d’années et que plusieurs espèces y cohabitent plus ou moins sereinement. Sursamen, par exemple, est organisé de la même façon que les autres : des “niveaux” reliés entre eux par de gigantesques piliers qui se superposent les uns aux autres jusqu’au Centre [the core], où pour des raisons inconnues [c’est une manie], réside un membre d’une espèce quasi sublimée dont on se demande s’il est très très très intelligent ou totalement gâteux, mais dont on ignore de toute façon la raison du séjour ici bas [la météo, sans doute].
Reste que la chose est considérée comme une sorte de Dieu par de nombreuses races habitants Sursamen, dont une, les Sarl, humanoïdes standards dont la société est récemment passée du statut féodal moyen au début de la révolution industrielle. Tout ça grâce à [ou à cause de] un ex-agent des Circonstances Spéciales agissant de son propre chef. En guerre contre les humanoïdes du niveau supérieur [le septième, précisément], les Sarl combattent à coup de canons, de charges de cavaleries, de lances, d’épées, bref, de tout un attirail qui permet à BANKS de s’en donner à coeur joie, d’autant que la crédibilité de Sursamen [et des mini-étoiles mobiles montées sur rails qui servent de soleils artificiels aux différents niveaux] n’est jamais prise en défaut [c’est ainsi que BANKS est grand) et que l’exercice était plutôt casse gueule.
Matter dans le shakespearien d’entrée de jeu [BANKS n’est pas britannique pour rien], avec la mise à mort du Roi par son meilleur ami, Tyl Loesp, sous les yeux du fils, Ferbin, qui s’enfuit avec son fidèle serviteur pour éviter lui aussi d’y passer et qui jure de se venger de cet enfant de salaud de régicide en allant chercher de l’aide auprès de sa soeur, membre d’une sorte d’unité de la Culture qui porte un nom à coucher dehors, genre Circonstances Spéciales, quelque chose comme ça. De ce voyage initiatique (comme tout voyage qui se respecte) qui le conduit des profondeurs de Sursamen aux profondeurs de l’Espace, Ferbin retiendra quantité de nouveaux enseignements, tout en s’offrant quelques uns des plus beaux paysages de la galaxie, ce qui permet à Banks de balader agréablement son lecteur en distillant çà et là quelques informations vitales quant au déroulement de son récit. Ferbin parti (et judicieusement présumé mort), son frère Oramen prend automatiquement le titre de Prince Régent et doit attendre sa majorité avant de pouvoir accéder au trône, un trône occupé pour le moment par Tyl Loesp lui-même, qu’on imagine plutôt réticent à l’idée de le céder à qui que ce soit. Et pour Oramen, la vie ne s’annonce pas de tout repos, d’autant qu’il est très intelligent et comprend assez vite à quel point les intrigues de cour sont mortelles.
Bien bien bien, avec un tel décor et un drame aussi universel, difficile de s’ennuyer... Pourtant, Iain Banks se lâche tellement du côté des descriptions, des mondes, des peuples, des guerres, des histoires et des tenants et aboutissants des velléités de chacun que le lecteur en ressort assommé, laminé par une pluie d’informations qui alourdissent le récit au lieu de l’éclairer. On s’en doute, la Culture va se mêler de tout ça, tout comme d’autres races tout aussi sérieuses qui semblent soudainement s’intéresser de près à Sursamen au point d’y envoyer leur flotte de guerre, à mesure que les Sarl prennent peu à peu possession du septième niveau et des mystérieuses ruines archéologiques que l’on fouille depuis des décennies. Ruines archéologiques qui pourraient bien receler des artefacts intéressants. Intéressants comment ? Au point de se faire la guerre ? Entre Super-races ? Peut-être.
En grand professionnel de l’écriture, Iain BANKS divise son intrigue [dont les deux frères et la soeur forment l’ossature] et l’alterne en fonction des personnages. De son décor magnifique, il ne se sert finalement qu’assez peu, préférant s’intéresser avant tout aux pérégrinations [tragiques, héroïques et hilarantes parfois] de ses héros, ce dont personne ne pourra décemment lui tenir rigueur.
De cet imbroglio cosmique en phase avec un imbroglio familial des plus classiques, Banks signe un roman bancal, long, parfois passionnant, parfois insupportable, bref, on l’aura compris, inégal. Personnages développés sur des pages et des pages et qui disparaissent comme ça, pouf, interrogations cosmogoniques profondes qui dégénèrent en discussions de comptoir, autant de défauts qui font de Matter une lecture déroutante, agaçante, parfois jouissive, mais fondamentalement frustrante. Affreusement long à démarrer, le roman s’accélère peu à peu, puis s’emballe, et enchaîne ses cinquante dernières pages à la vitesse de l’éclair, sans qu’on comprenne bien pourquoi. Lassitude du créateur pressé d’en finir avec une oeuvre monstrueuse, compliqué et indisciplinée ? Responsable éditorial menaçant ? On n’en saura pas plus.
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A réserver aux inconditionnels de la Culture, Matter ne surmonte pas ses défauts et ne convainc jamais vraiment son lecteur, pourtant tout excité à l’idée d’en prendre pour 700 pages bien tassées. Reste que si le roman loupe son coup, il a le mérite d’explorer de nouvelles facettes dans un univers riche et complexe, ce qui nous laisse espérer le meilleur dans les productions à venir. En attendant, plouf.
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