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Publié le 04/01/2009

McSweeney’s Méga-anthologie d’histoires effroyables - Édition de Michael Chabon

[McSweeney’s Mammoth Treasury of Thrilling Tales]

ED. GALLIMARD, COLL. DU MONDE ENTIER, OCT. 2008

Par Ubik

Les textes estampillés McSweeney’s sont des petits bijoux à la prose ciselée, enchâssés dans des écrins aux exigences esthétiques tout sauf banales [je crois désormais savoir vers quel éditeur lorgne Les Moutons électriques]. La sobriété trop classique de l’édition française, dans la collection Du monde entier de Gallimard ne lui rend pas du tout justice, et c’est pourquoi nous avons choisi d’illustrer cette critique par la couverture de la VO [La couverture de la VF apparaît plus bas sur cette page.]

La troisième livraison, intitulée Méga-anthologie d’histoires effroyables, débarque dans l’Hexagone sous le patronage engageant de Michael Chabon. Vingt auteurs s’encanaillent ouvertement avec les genres dits mauvais ou mineurs. Le résultat est inégal mais globalement réjouissant.


Lorsqu’il fonde en 1998 les éditions McSweeney’s, Dave Eggers se fixe comme objectif d’accueillir les textes, quelque peu borderline, qui ne trouvent pas preneur ailleurs. Derrière cette belle déclaration d’intention s’est révélé rapidement un collectif d’auteurs ambitieux attirés par le format de la nouvelle et qui ne rechignaient pas, à l’occasion, à explorer les territoires interlopes de la littérature. McSweeney’s s’affirme ainsi comme un générateur d’expérimentations textuelles et visuelles talentueuses dont on peut goûter les élans créatifs dans quelques livres, une revue trimestrielle, un mensuel critique et une revue DVD de courts métrages. Les deux précédents recueils traduits chez Gallimard proposaient un florilège de nouvelles qui ne faisait qu’effleurer la production de l’éditeur étatsunien. Le troisième volume annonce d’emblée la couleur : s’amuser avec les genres dits populaires et infréquentables. Comment rester impassible devant pareille perspective ?

Les mauvais genres, pour reprendre la terminologie d’usage, font leur miel des codes, des clichés et des motifs récurrents d’une narration qui préfère avant tout l’efficacité d’une intrigue à l’emphase des belles lettres. Ceci constitue indiscutablement leur grande force lorsqu’ils parviennent à s’en affranchir suffisamment pour effleurer des thèmes qui touchent profondément à l’humain. Hélas, ceci s’avère également leur faiblesse surtout lorsqu’ils s’enferrent dans la routine stérile de la facilité.
Il est toujours intéressant de lire les textes d’auteurs qui ne sont pas coutumiers de ces genres, au moins pour avoir un aperçu de leurs représentations sur un domaine qu’ils ne pratiquent pas régulièrement ou n’ont pas pratiqué, en tant que lecteur, depuis leur adolescence. Certes, l’exercice est ici quelque peu biaisé du fait de la présence au sommaire de quelques écrivains connus des cercles déviants qui lisent exclusivement romans noirs, littérature fantastique, science-fiction, récits d’aventures et autres bizarreries. Curieusement, les nouvelles de ces auteurs confirmés s’avèrent les moins convaincantes du recueil.

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La couverture, beaucoup plus sobre, de l’édition française.
[ED. GALLIMARD, COLL. DU MONDE ENTIER, OCT. 2008]

Difficile en effet, de juger autrement les contributions de Stephen King [une resucée de pistolero], de Neil Gaiman [un peu poussif quand même], de Harlan Ellison [une dangereuse vision atteinte de myopie sans aucun doute], de Michael Crichton [médiocre, à l’image de toute son œuvre] et de Michael Moorcock [carrément ennuyeux dans une enquête vaguement uchronique au coeur du premier cercle des dirigeants nazis]. L’ensemble flirte avec le banal, le besogneux et le très mauvais. On tourne les pages avec lassitude, lorsqu’on ne s’y ennuie pas carrément en raison d’une narration convenue manquant singulièrement du souffle et des flamboyances imaginatives que peuvent inspirer les « mauvais genres ».

Fort heureusement, les autres textes sont un cran au-dessus. Dans La danse des esprits, Sherman Alexie ressuscite les défunts de la bataille de Little Big Horn dans le cadre d’une histoire de zombies qui, même si elle n’est pas vraiment horrifique, sonne juste par son propos. Avec Tedford et le Megalodon, Jim Shepard fait s’entremêler la quête d’un fossile vivant et un drame intime. Là encore, c’est la justesse du ton et de l’ambiance qui marque l’esprit. Les larmes de Squonk, et ce qu’il en advint de Glen David GOLD est un récit de vengeance qui prend place dans l’univers du cirque et dont le meurtrier - un éléphant - finira, entre autre bizarrerie, lynché. La nouvelle de Carol Emshwiller, Le général, frappe par sa tonalité en demi-teinte qui rappelle certains textes de Ursula Le Guin. Laurie King nous conte un récit d’aventure dont le héros est une femme solitaire. Toutefois, l’angoisse qui perce dans Tisser les ténèbres, est désamorcée par un dénouement totalement inattendu. Le texte de Aimée Bender apparaît dans cette série, comme la fausse note. Même avec la meilleure volonté du monde, je n’ai pas adhéré à L’affaire des duos salière-poivrière, une enquête singulière sur un double meurtre narrée de manière mollassonne. Enfin, Karen Joy Fowler nous régale avec Tombeau privé 9, d’un récit à l’ancienne où sont convoqués en vrac, une histoire d’amour, une malédiction antique et l’abîme vertigineux du passé. Cette deuxième série de nouvelles dénote donc d’un véritable souci de leurs auteurs pour investir les codes des mauvais genres avec leurs thèmes de prédilection. Tout n’est pas encore parfait mais on se régale de l’efficacité de leurs intrigues. Et le meilleur est encore à venir...

En effet, l’anthologie atteint son point culminant avec les textes que nous avons gardé pour la fin. Dan Chaon, un auteur inconnu sous nos longitudes, s’aventure du côté du suspense psychologique. Sa nouvelle, Les abeilles, dégage une atmosphère qui noue littéralement les entrailles. Inutile de revenir sur Peau de chat, la nouvelle de Kelly Link qui figure par ailleurs au sommaire du recueil La jeune détective et autres histoires étranges chez DLE ; si ce n’est pour attirer l’attention sur un écrivain à la prose définitivement envoûtante. Elmore Leonard est quant à lui très connu des lecteurs de polars. Comment Carlos Webster, rebaptisé Carl, devint un célèbre policier de l’Oklahoma est un joyau noir de la plus belle eau. L’auteur états-unien nous y brosse sans fioritures le portrait d’un vrai dur-à-cuire.
Avec Sinon, le chaos de Nick Hornby, on aborde le versant science-fictif de cette anthologie. L’écrivain nous décrit les derniers jours de l’humanité avec les mots, à la fois drôles, foutraques et tendres, d’un adolescent, plus préoccupé par le fait de ne pas finir puceau que par cette fin du monde que lui a révélé un vieux magnétoscope... Le seau de Chuck de Chris Offutt mélange physique quantique et multivers dans un récit fort sympathique au ton délicieusement enjoué. Du haut de la montagne, une longue descente de Dave Eggers est sans aucun conteste l’histoire la plus émouvante du recueil, même si elle paraît en décalage par rapport au thème de l’anthologie. On y suit, pas à pas, une femme plus très jeune au cours de son ascension du Kilimandjaro. Pour elle, plus dure sera la chute est-on tenté de conclure.

Notes sous Albertine de Rick Moody est un récit très dickien sur le principe. Dans un futur indéterminé et après qu’une catastrophe ait détruit en partie Manhattan, les habitants de New York revivent leurs « bons » souvenirs grâce à une nouvelle drogue. Sauf que ces souvenirs ne sont jamais tout à fait les mêmes. Et peu à peu, la ville se peuple de zombies toxicomanes qui errent, en perte de réalité, les bras troués par les injections répétées. Il faut avouer que la trame de cette nouvelle est ardue à suivre, mais l’atmosphère est tout simplement magnifique. Pour terminer, Michael Chabon nous propose avec L’agent martien, roman d’aventures planétaire le premier épisode d’un feuilleton prenant place dans une uchronie, l’Histoire ayant en effet divergé à partir de la défaite des insurgés américains. Ainsi les Etats-Unis n’existent pas et c’est la Couronne britannique qui gouverne l’Amérique du Nord. C’est dans ce contexte, en 1876, que commence l’éducation de deux frères, orphelins et enfants de parents traîtres à l’Empire.


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Comme le texte de Michael Chabon, en parfait roman feuilleton qu’il est, nous y invite, cette Méga-anthologie d’histoires effroyables est à suivre. Un second volet est d’ores et déjà paru outre-Atlantique, un volume dont on attend la traduction avec une certaine impatience.
Pas de quoi hurler à la pleine lune mais presque...