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Publié le 23/05/2010

Mémoire des ténèbres de Jerry Stahl

ÉD. 13E NOTE, MARS 2010

Par PAT

Auteur inclassable et drôle, Jerry Stahl a déjà eu l’occasion de marquer sa différence en signant l’inénarrable À poil en civil, roman policier post-punk avec du débouche-évier, de l’amour, des réflexions sociologiques et une photo des couilles du président des États-Unis.
Centrés sur notre pauvre culture franco-française, nous autres lecteurs hexagonaux ignorions tout des véritables activités de Stahl. Scénariste à succès pour la télévision, scénariste à succès pour le cinéma... et héroïnomane.


Avant d’être un film non distribué en France, Mémoire des ténèbres est un livre. Une autobiographie acide, hilarante, tragique et cruelle. Celle d’un jeune homme visiblement doué qui navigue entre ses piges pour Playboy, ses sérieuses velléités d’écriture et son boulot alimentaire de scénariste pour la télé. La grosse. Celle qui paye six mille dollars par semaine et qui rend ses rouages humains aussi extraterrestres que n’importe quel petit homme vert.
Alors du coup, Jerry se pique. Gobe des médicaments. Baise à peu près n’importe quoi. Se repique. Sniffe. Avale. Se re-repique et raconte sa vie le plus froidement du monde. Une vie irrémédiablement foutue qui, a l’instar du cultissime Retour à Brooklyn (intelligente traduction française de Requiem for a dream), finit mal.

Pourtant, et c’est là où l’œuvre de Stahl relève presque de la science-fiction la plus hallucinée, Mémoire des ténèbres transgresse tant la normalité que l’existence tragique de l’auteur se transforme en opéra comique. De ce côté-là, la lecture de À poil en civil a déjà blindé le lecteur. Mais Mémoire des ténèbres fait peur et augmente la dose. Car Mémoire des ténèbres est vrai. Tristement vrai. Et chaque scène joue tellement avec les nerfs qu’on se prend à éclater de rire tout seul, avant d’avaler un truc fort pour faire passer tout ça. N’importe quoi, mais vraiment très fort. Stahl n’épargne rien ni personne. Et surtout pas lui-même. Dès lors, son autobiographie évolue vers l’anti-roman initiatique où le rêve américain finit dans le caniveau en gerbant son hamburger pourri ramassé dans une poubelle, sous les yeux des automobilistes indifférents.

Doué, talentueux, cajolé par ses producteurs, promis à un bel avenir, Stahl rate tout. Il a certes les moyens de sa défonce, mais sait pertinemment que tout ceci ne peut pas durer. L’abîme l’attend. Et on s’en doute, l’abîme ne tarde pas à l’avaler tout cru. Malgré les rares copains qui restent fidèles, malgré la paternité (qui nous vaut une magnifique scène de piqûre dans les chiottes de l’hôpital, lors de l’accouchement), malgré les épisodes de sevrage qui rappellent les dernières goulées d’air du futur noyé, Stahl tombe. De plus en plus bas. Devant son lecteur horrifié qui ne sait plus s’il doit mourir de rire ou mourir tout court.

On l’a vu, la transgression fait partie de l’essence même de la SF, la vraie, celle qui questionne le présent. À ce titre, si Mémoire des ténèbres n’a pas grand-chose à voir avec le genre qui nous occupe (encore que), sa lecture n’en reste pas moins salutaire et son fonctionnement propre à sidérer le lecteur de SF le plus aguerri. Stahl met en scène une réalité si éloignée du monde réelle qu’on atteint presque un sense of wonder perverti.
Du grand art.


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Renversant, horriblement drôle, Mémoire des ténèbres pourrait n’être que la énième autobiographie d’un camé. Mais cette autobiographie-là possède quelque chose de plus, la grâce. Une force difficilement supportable qui calme tout net et convaincra tout le monde.

Oui, il faut lire Jerry Stahl. Et vite.