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Publié le 03/11/2007

« Mémoire vive, mémoire morte » de Gérard KLEIN

ED. ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, SEPT. 2007

Par PAT

Attention, recueil historique... Gérard Klein ouvre avec malice et détachement son dernier ouvrage. Mémoire vive, mémoire morte annonce clairement la couleur : les nouvelles rassemblées ici appartiennent à des époques aussi variées que différentes. De quoi obtenir une sorte de panorama illustré assez évocateur de celui que l’on connaît surtout pour la collection Ailleurs & Demain. Collection qui ne va pas tarder à fêter ses quarante ans et dont le lecteur curieux peut s’amuser à compter les prix Hugo qui la jalonnent. Collection finalement à l’image de son créateur/directeur : éclectique, rigoureuse, pointue et... Humaine aussi. Il faut bien vivre, après tout.


Vingt textes. Vingt textes pour survoler une période qui touche les années 50 et finit par atteindre le 21ème siècle dans une sorte de grand écart qui tient plus du Grand Tout que de la Somme Historique.

Extraterrestres, incommunicabilité, invasion, rapports humain, mémoire, humour [on y trouve par exemple le récit de Fantasy le plus court jamais écrit], science, écologie, tout y est ou presque, avec la même obsession stylistique qui précise chaque terme et ne laisse aucune place à l’improvisation [excepté ACME, qui relève de l’expérimental le plus strict]. Ajoutez à cela un sense of wonder souvent sardonique [perverti par la décidément très préoccupante connerie humaine], une sorte de respect distancié du sacro-saint Âge d’Or, et vous voilà avec un recueil qui distille tranquillement sa petite musique. Une musique souvent triste, parfois nostalgique, émaillée d’une pointe d’amertume qui nuance et éclaire les situations les plus classiques en SF.
Car c’est bien de SF qu’il s’agit. Une SF ouvragée et légère, hors d’âge, curieuse, à des années lumières des préoccupations stylistiques actuelles.

Côté “matière”, par contre, Mémoire vive, mémoire morte surfe sur le quotidien le plus douloureux. Réchauffement climatique dans La serre et l’ombrelle [avec au passage une utilisation futée de ce qu’il faut bien appeler l’infosphère mâtinée de psychohistoire], exploitation de la mémoire informatique greffée au cerveau humain dans la nouvelle titre, Gérard KLEIN n’est pas étanche à la modernité, loin s’en faut. Mais il la traite à sa manière. De haut, de côté, de loin, bref, il se l’accapare et tourne autour.
Au final, c’est l’humain qui ressort le plus du recueil. Massacré, dépité, perdu [comme dans La fête, texte aussi déprimant que fondamentalement beau] ou abandonné [L’écume du soleil, touchant et classique], l’humain est à la fois le gagnant et le perdant d’une loterie qui lui échappe. Témoin, le très réussi Les prisonniers, où l’on peut lire ces quelques lignes : L’univers est à notre disposition. Pourquoi notre art ne le remodèlerait-il pas au lieu de le décrire ? Pourquoi pas ? Nous avons essayé. Notre peinture, notre musique, notre littérature sont devenues abstraites. Pourquoi pas ? Mais nous avions oublié en chemin sur quel plan nous reconstruirions l’univers, et nous nous sommes mis à tourner en rond, oh, des cercles de plus en plus affinés, géométriquement parfaits, mais en rond tout de même.

Le livre posé et les dernières pages digérées, le lecteur se surprend à goûter longtemps après toutes les nuances rassemblées ici. Sous une apparente simplicité et des situations qui peuvent parfois agacer les amateurs d’ultramodernisme forcenés, Gérard KLEIN met beaucoup de lui-même dans chacun des textes, même le plus anodin. Un recueil extrêmement personnel, donc, ce qui a le double mérite de faire taire la critique épidermique tout en mariant agréablement défauts et qualités.


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Lisez Mémoire vive, mémoire morte, vous aurez un bon morceau de Gérard KLEIN. Et ce dernier de ricaner à la manière des mexicains rigolards qui vous font goûter une sauterelle grillée au citron : dites-moi comment vous trouvez ça...