Publié le 01/02/2005

Millenium People de J.G. Ballard

[Millenium People, JANV. 2004]

ED. DENOEL / DENOËL ET D’AILLEURS, JANV. 2005

Par Daylon

Direction Chelsea Marine, banlieue proprette [un peu chic mais pas trop], où Monsieur et Madame Toutlemonde semblent couler des jours heureux. Voila pour les apparences. Car ces avocats et autres informaticiens, ces profs et ces secrétaires, ces ouvriers et ces docteurs, commencent à en avoir plus que marre de servir de chair à canon social. Assez de payer les frais de scolarités et le parking, de payer partout et pour n’importe quoi, en somme. Assez de soutenir à bout de bras sans la moindre compensation les piliers d’un monde post-millénariste.


Ô joie ! Ô évènement magique de cette toute nouvelle année ! Oyez ! Oyez ! Levez les yeux au ciel ! Car débarque aujourd’hui le nouvel opus de cet auteur chéri du Cafard. Ai-je seulement besoin de le nommer ? Monsieur Ballard est de retour. Nous pouvons déjà sauter de joie, nous rouler dans la neige ou sur la moquette (par défaut), notre exemplaire de Millenium People à la main. D’ailleurs, plus qu’un jouet, Millenium People est aussi un roman.
On va même vous dire si c’est bien.

Il ne suffit que de quelques lignes pour identifier la patte de l’auteur ; quelques pages pour se convaincre que nous avons affaire ici à une nouvelle autopsie à chaud du cadavre en devenir de notre société. Aujourd’hui, ce sont les classes moyennes le véritable danger.

Le récit commence à l’aéroport de Heathrow, où l’ex-femme d’un certain David Markham meure dans un attentat non revendiqué. Aucune piste crédible ne semble pouvoir désigner de coupable. Totalement dénué de sens.
Poussé par sa compagne, David, psychologue de son état, se met en tête de remonter à la source de ce drame.
Bien évidemment, rien ne le prépare à affronter une armée de ménagères et autres fonctionnaires propres sur eux, tous de bonne éducation, reconvertis en terroristes du Dimanche à leurs heures perdues.

Tout le monde vous le dira : Millenium People s’inscrit dans la veine des deux derniers romans de l’auteur (Supercannes en tête). Une classe moyenne poussée à bout, un anti-héros observateur puis acteur malgré lui... Peut-être doit-on reprocher ce manque d’originalité. Oui, on le devrait.
Oui, mais


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Si Ballard ne se montre pas aussi expérimental que dans son inoubliable Foire Aux Atrocités, il nous livre une œuvre aboutie, calibrée au mot près. La mode est aux Bret Easton Ellis, aux Chuck Palahniuk et autres Douglas Coupland, mais force est de constater que Ballard reste un ton au-dessus.

Humour pince-sans-rire [!], propos incisif, la plume fluide et le style imparable, doublé d’une analyse que l’on craint trop pertinente, Millenium People ne pourra que mériter son public.

Lisez-le.
La révolution a déjà commencé.

À noter que, au moment de l’écriture de cette chronique, nous n’avons pas encore lu la version Française et espérons une traduction à la hauteur de version originale.