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Publié le 01/07/2006

"Minuscules flocons de neige depuis dix minutes" de David CALVO

EDITIONS LES MOUTONS ELECTRIQUES, JUIN 2006

Par Mr.C

Voyage au-delà du réel pour un journaliste venu à Los Angeles couvrir une convention de jeux vidéos, et qui passe de l’autre côté du miroir, ou plutôt de la Grille.

Godzilla, TRON, les hélicoptères qui patrouillent, le virtuel qui déborde, et les pixels qui neigent. Poétique, mélancolique, paranoïaque ; la meilleure hallucination de David CALVO à ce jour.


Atterrissage à Los Angeles.

L’E3, c’est la plus grosse convention annuelle de jeux vidéos sur la planète. Plonger dans l’univers parallèle des fans névrosés, cosplay, otaku ; croiser Lou Ferrigno, des hordes de stormtroopers, quelques Klingons et Bruce Boxleitner - ex-TRON, ex-Babylon V, ex-être humain - et faire la connaissance de Pongo et de son pote RAM - qui se trouve entièrement contenu à l’intérieur d’un costume géant de Godzilla.

« On traverse la Convention en état d’apesanteur, Pongo ne cesse de me scruter, je le vois même se mordre la lèvre. Godzilla nous fait comprendre qu’il a envie d’uriner avant de manger, mais la queue des chiottes est trop longue, une enfilade d’Ewoks attend pour se la secouer chez les hommes. Quarante Laura Ingalls attendent en ligne chez les femmes, la main dans l’entrecuisse, prêtes à se vider sur le lino, alors Godzilla va pisser sur le stand de la Scientologie. »

Comme un sas de décompression, les quarante premières pages nous préparent au pire : le reste sera moins fun. Et pour le narrateur, qui semble avoir compris qu’il avait un rôle à jouer dans cette histoire, la non-ville de L.A. devient le lieu d’une transformation définitive.

Il y a là une sorte d’enquête : quel était le but de la discrète visite d’Osamu TEZUKA [créateur d’Astroboy et père du manga moderne] au début des années 50 ? Quel était cet appareil volant non-identifié aperçu dans la nuit du 25 février 1944 ? Et sur quoi travaille effectivement la Vectracom, « société spécialisée dans les réalités virtuelles [et] les environnements de simulation corporate » ?

L’idée, c’est que Los Angeles est un lieu de passage. Hollywood, les studios Disney de Burbanks [et ce mystérieux souterrain qui cacherait... quelque chose], et même l’E3, tout cela n’est pas là pour rien. Sur la grille des rues, piquée des petits points lumineux des réverbères, se superpose une deuxième réalité.

La 4ème de couverture n’a retenu que l’aspect le plus palpable de l’œuvre : Godzilla, Tezuka, Disney, une secte, des extra-terrestres, une nanotechnologie venue du Japon... « Minuscules flocons... » est en réalité bien plus abstrait que tout cela - et bien plus fort aussi. Parce que dans cette ville où les personnages de fiction sont plus puissants que les êtres normaux, où le moindre restaurant est un décor à thème, où les poursuites à motos deviennent des parties multi-joueurs fatales, il était à prévoir que la fiction prenne le dessus. Et c’est cette fatalité que CALVO exprime avec poésie.

Le principal souci de CALVO jusqu’ici, c’était - parfois - de devenir illisible. A titiller l’expérimental et les métaphores emboîtées dans une grande abstraction, il n’avait parfois réussi qu’à nous semer en route. Le recueil « Acide organique » permit déjà d’assister à son évolution vers une langue plus maîtrisée. Ce premier roman authentiquement transfictionnel confirme la mutation : CALVO tient les rennes et si parfois il pousse la langue dans ses retranchements, il n’est jamais abscons.

D’une culture du jeu vidéo et des premiers cartoons, du rapprochement des symboles culturels de la virtualité dominante sur Los Angeles, de quelques idées maîtresses visuellement très fortes [La Grille, les hélicoptères, les motos de TRON qui laissent un mur solide dans leur sillage], il tisse une Grille de lecture qui finit par encadrer les possibles. Le narrateur circule sur les lignes, cherche à comprendre puis se dépasse.


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Le premier chapitre de "Minuscules flocons..."

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Personne n’a jusqu’ici mieux raconté ce glissement du réel qui absorbe peu à peu le sens de tout ce qui nous entoure, et nous renvoie nos rêves à la gueule sous blister plastifié. CALVO maîtrise enfin l’ambition de ses mots, encadre son Univers, en dégage les lignes de fuite et les perspectives abyssales. Et on se laisse porter par la beauté des images.

Pour ne pas connaître le destin de Bruce Boxleitner, il faut lire CALVO d’urgence. Avant que la neige n’envahisse les écrans.