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Publié le 18/03/2007

Monstres invisibles de Chuck Palahniuk

[Invisible Monsters, 2000]

REED. FOLIO POLICIER, MARS 2007

Par Olivier

Monstres invisibles est le premier roman écrit par Palahniuk. Refusé partout parce que jugé trop trash, il poussera son auteur à aller encore plus loin, ce qui nous donnera l’inoubliable Fight club.

Voici donc enfin en poche le premier roman écrit par l’incontournable Chuck.


Sharon et sa meilleure amie sont de jeunes mannequins. Riches et belles, on peut dire que la vie lui sourit. Le petit copain de Sharon semble lui aussi promis à un brillant avenir, et en plus il est beau et sportif. Le tableau est idyllique, jusqu’à ce qu’un tragique accident ne défigure Sharon à jamais. Au volant de sa voiture, elle se fait pulvériser la mâchoire inférieure par une balle perdue.

Incapable de parler, de manger, et totalement défigurée, elle doit faire une croix définitive sur sa carrière de mannequin. Hospitalisée, sa vie va à nouveau connaitre un tournant radical, quand elle va rencontrer Brandy Alexander. Travesti extravagant et passablement déjanté, il doit bientôt se faire opérer pour changer définitivement de sexe. Ensemble, ils vont s’engager dans un road-movie qui va les mener des USA au Canada. En attendant la vengeance définitive : Sharon s’est fait piquer son petit copain par sa meilleure amie, et ils doivent se marier ! Sharon et Brandy vont donc tout faire pour empêcher ce mariage.

Pour son premier roman, Palahniuk a choisi une narration à la chronologie totalement éclatée. Point de linéarité donc, mais tout est déjà là de cet auteur essentiel. Il suffit de voir comment l’on apprend, lors d’un repas de famille autour d’une dinde, la subtile différence entre le felching et le fletching. Tout simplement à hurler de rire.

« Ce que je me dis à moi même, c’est que le jet rouge qui pulse au sortir de l’orifice de la balle reçue par Brandy ressemble moins à du sang qu’il n’est un outil socio-politique. Cette idée qu’on est clonés à partir de toutes ces publicités pour shampooing, eh bien, ça vaut pour moi et pour Brandy Alexander aussi. Abattre quelqu’un d’un coup de fusil dans cette pièce serait l’équivalent moral de tuer une voiture, un aspirateur, une poupée Barbie. Effacer un disque d’ordinateur. Brûler un livre. Probablement que ça vaut pour le meurtre de n’importe qui sur terre. Nous sommes tous de tels produits. »

Ce passage montre clairement que l’auteur savait déjà être particulièrement percutant, saccageant avec jubilation les plates-bandes de l’Amérique bien-pensante. De la société de consommation à la réussite, tout y passe dans un joyeux jeu de massacre. Si le roman laisse un agréable champ de ruines en lieu et place des valeurs de l’Amérique, force est de constater qu’il ne convainc pas pleinement pour autant.


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Certes, l’auteur cogne durement, et fait très souvent mouche. Mais c’est un premier roman, et ça se sent. Quelques petites faiblesses narratives, deux ou trois longueurs, le tout agrémenté d’une traduction parfois un peu douteuse [lisez les traductions de Bernard Blanc, vous verrez immédiatement la différence] peinent donc à convaincre pleinement le lecteur. Palahniuk est l’un des meilleurs écrivains actuels, et son premier roman est donc intéressant à lire. Mais d’avantage comme une curiosité pour Palahniukologues, que comme un roman pour découvrir l’auteur.

Une bonne distraction donc, à réserver aux connaisseurs de l’auteur en général, et de Fight club en particulier, puisque tout y est déjà, en germes : n’hésitez donc surtout pas à lire Monstres invisibles, et à enchainer immédiatement sur Fight club [s’il le faut, relisez le pour l’occasion]. Ca, ça vaut vraiment le coup !