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Publié le 21/03/2010

Mort de Bunny Munro de Nick Cave

ÉD. FLAMMARION, JAN. 2010

Par PAT

Difficile d’aborder un roman de Nick Cave sans s’affranchir du Nick-Cave-chanteur. Exercice d’autant plus délicat que le premier roman du cultissime songwriter australien — « et l’âne vit l’ange » — prolongeait les thèmes abordés dans son œuvre musicale. En attaquant le tout récent Mort de Bunny Munro, on s’attend donc à retrouver à l’écrit le sel habituel des chansons néo-bizarres de l’auteur. Et on a tort. Complètement.


Virage radical, Mort de Bunny Munro joue perpétuellement sur le second degré délirant et l’humour le plus débridé. À croire que Nick Cave a perdu son aura couleur corbeau et sa nationalité australienne pour embrasser de plein fouet les Monthy Python à la sauce rock & drogue. Une sorte d’évolution bienvenue, donc, tout à fait inattendue et décidément jouissive. Car oui, Mort de Bunny Munro est drôle. Mort de Bunny Munro est même hilarant. Mort de Bunny Munro est tragi-comique. Mort de Bunny Munro est un sacré bouquin. Vague odyssée alcoolique sans véritable début ni fin, le roman de Nick Cave prend à peu près tout le monde à contre-pied. En décrivant la vie quotidienne déjantée d’un représentant en cosmétique anglais érotomane, l’auteur s’intéresse surtout aux relations père/fils, au comique de situation et à sa vision grotesque de l’horreur (sur ce point, au moins, on reste en terrain connu). L’Angleterre y est pluvieuse, triste, grise et froide, à peine réchauffée par les quelques individus cramés qui croisent la route de Bunny Munro. À force de coucher avec ses clientes, ce dernier rend malheureuse sa femme. Tellement malheureuse qu’elle finit par se pendre dans l’appartement familial devant son fils de neuf ans qui — pas plus traumatisé que ça — espère que son père adoré va remettre de l’ordre dans leur vie. Sauf que Bunny ignore tout de l’enfance et ne sait absolument pas comment s’occuper d’un gamin douloureusement intelligent et toujours rivé à son encyclopédie. Une fois l’enterrement expédié (un chapitre mémorable, notamment dans la confrontation avec la belle-famille éplorée), Bunny et Bunny Junior partent en voyage dans leur caisse pourrie, avec une valise de cosmétiques dans le coffre et une liste de clientes nymphomanes gentiment fournie par un collègue de Bunny. C’est le début d’un road trip décalé où les adultes sont monstrueux, mais monstrueusement tristes ou touchants. C’est selon. Selon le bon vouloir des ménagères esseulés, des fliquettes soupçonneuses, des racailles désœuvrées, des petites frappes, des caissières à McDonald et... du vagin d’Avril Lavigne (à qui Nick Cave présente ses excuses en guise de postface). Tout ça ne peut évidemment pas bien finir, et si certaines scènes jubilatoires sont de celles qui font hurler de rire tout seul dans le métro, Mort de Bunny Munro réussit son pari grâce au désespoir teinté d’absurde qui hante chacune de ses pages. Jusqu’à la dernière, forcément tragique, irrémédiablement belle. Et injuste.


Écrit en quelques mois lors d’une tournée des Bad Seeds, quand la créativité des musiciens épuisés touche au vide absolu, Mort de Bunny Munro enterre les clichés par son style flamboyant, son humour frénétique et son sérieux assumé. Un livre aussi léger que pesant, dans une ambiance de centrale nucléaire sous tranxenne. Mais bon, terriblement bon. Et salutaire.