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C’est le roman qui a révélé Jeff NOON au Royaume-Uni, la première plume d’un cauchemar trash et poétique qui s’est depuis développé sur quatre romans.
Se plonger dans Vurt, c’est donc assister à la naissance d’un monde glauque et superbe. L’expérience est intense car l’univers noonien est certainement un des plus déboussolants qu’il nous ait été donné d’explorer ces dix dernières années.
Vurt a reçu le Prix Arthur C. CLARKE 1994
La critique de Vurt

Trois personnages, trois histoires : Josef Kiss, Mary Gasalee et David Mummery, dont les routes sont inextricablement liées. Points communs : Le Blitz de Londres, et leur capacité télépathique, vécu davantage comme un fardeau que comme une bénédiction.
Un grand livre de Michael MOORCOCK
Josef Kiss, connu pour son attraction/répulsion pour les planches de théâtre, ses prestations pour des pubs TV, son penchant pour la boisson, son affection pour les coins insolites de Londres, son ex-talent de télépathe de foire, son physique oscillant entre Gargantua et un colosse bien rodé, ses interventions héroïques lors du Blitz et ses fréquentations régulières des hôpitaux psychatriques...
Mary Galasee, véritable miraculée du Blitz, pendant féminin de Peter Pan qui aurait elle-aussi plus ou moins oublié de vieillir. Il faut dire que pendant - et depuis - son coma qui a duré quinze ans, elle n’a pas vraiment vécu. Et gardant sa nostalgie du Pays des Rêves et du Peuple du Soleil, elle cherche désespérement à rattraper le temps perdu. Elle est elle aussi une habituée des hôpitaux psychatriques...
David Mummery, miraculé lui aussi, au fond, car réchappé par deux fois à un V2 n’est pas donné à tout le monde. Régulièrement frappé de visions et surtout obsédé par le supposé peuple troglodyte du Londres d’en-dessous, vestiges des anciens temps, où se télescopent anciennes rames de métro et ruines romaines, marqués par une certaine réalité, plus ou moins tangente à la nôtre. Lui aussi, un client régulier des psychiatres.
Sont-ils réellement dérangés, ces trois là, pour fréquenter des instituts médicaux spécialisés ? Pas à proprement parler, mais que voulez-vous, il faut bien passer par certains moyens pour obtenir des médicaments et atténuer quelque peu les perceptions para-normales qui les assaillent. En particulier, ces fameuses voix, que nos trois personnages captent en temps normal, sans en contrôler la provenance, l’intensité et le contenu.

L’histoire. Vous avez dit histoire ? Cette chose qui définit une ligne dans tout roman ? Sur laquelle viennent se greffer les trames psychologiques, les rebondissements, les anecdotes de parcours de certains personnages, et tout une ribambelle de choses indispensables pour qu’on qualifie un livre de roman ? Difficile de se prononcer, bien qu’au fond, il en existe bien une, d’histoire : celle du traumatisme du Blitz, de ses conséquences et de la mutations de Londres. Mais aussi l’histoire de la fin d’une époque, voir même de plusieurs.
Londres, Londres, Londres, fusion batârde des grandeurs de Jérusalem et des décadences de Babylone, à moins que ce ne soit l’inverse. A elle seule, elle forme, représente, LE personnage principal de ce livre, nos trois télépathes n’étant que des véhicules conçus pour nous faire visiter ce que MOORCOCK a pu percevoir de cette ville.
Et comme tout personnage principal, on suit pas à pas ses transformations physiques, ses évolutions psychologiques, ses artères, ses gangrènes, ses axes nerveux, ses cancers, le frémissement parcourant son corps lorsqu’elle respire tantôt cahin-caha, tantôt sainement à plein poumon. Et comme tout personnage principal, on s’y attache, on s’identifie à elle/lui, faisait peu à peu abstraction de son statut de non-humain.
Pour autant, ce n’est pas pour celà que nos trois télépathes doivent être négligés : au contraire. Car se mettre dans leur peau, c’est presque entrer dans un fragment du corps de Londres, tant ils font parti de l’âme de cette vile. D’ailleurs, leurs pouvoirs télépathiques ne se dissolvent-ils pas quand ils s’en éloignent ?
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Il n’est pas étonnant que cette oeuvre soit considérée par certains comme le chef-d’oeuvre de MOORCOCK. L’effort [car il en faut un peu] est largement récompensé. Se plonger dans cette oeuvre, c’est comme fumer un cigare, pour reprendre la comparaison utilisée assez récemment par un autre cafarnaute : difficile au début, mais le bonheur arrive après quelques bouffées un peu écoeurantes ou âcres. On ne peut que se féliciter de la qualité de traduction dont a bénéficier le livre ! |
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