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Par Soleil vert
Lisez les anthologies de SF.
Lorsque les maîtres d’œuvre travaillent correctement en dotant ces ouvrages, comme c’est le cas ici, d’une préface et de textes de présentation, au plaisir de la lecture s’ajoute celui de rebondir vers d’autres récits.
Au sommaire
• Gwyneth Jones, Les Réfugiés (Saving Tiamaat)
• Ian McDonald, L’Anneau de Verthandi (Verthandi’s Ring)
• Robert Reed Éclosion (Hatch)
• Paul J. McAuley, Gagner la paix (Winning Peace)
• Greg Egan, Gloire (Glory)
• Kage Baker, Maelström (Maelstrom)
• Peter F. Hamilton, Béni par un ange (Blessed by an Angel)
• Ken MacLeod, Qui a peur de Wolf 359 ? (Who’s Afraid of Wolf 359 ?)
• Tony Daniel, La Vallée des jardins (The Valley of the Gardens)
• James Patrick Kelly, Scinder le continuum (Dividing the Sustain)
• Alastair Reynolds, Les Fleurs de Minla (Minla’s Flowers)
• Mary Rosenblum, La Reine des neiges (Splinters of Glass)
• Stephen Baxter, Souvenance (Remembrance)
• Robert Silverberg, L’Empereur et la Maula (The Emperor and the Maula)
• Gregory Benford, Un revers de fortune (The Worm Turns)
• Walter Jon Williams, Avec des fleurs (Send Them Flowers)
• Nancy Kress, L’art de la guerre (Art of War)
• Dan Simmons, La Muse de feu (Muse of Fire)
Incontestablement ce pavé impressionne : 650 pages regroupant les plus grosses pointures de la SF anglo saxonne. A peine s’étonne-t-on dans ces « 18 nouveaux récits d’aventures dans l’espace » consacrés au Nouveau Space Opéra, de la présence de Silverberg, hommage rendu à celui qui paradoxalement contribua à détourner le lectorat de ce sous genre vers des formes de narrations plus audacieuses et spéculatives. On regrettera l’absence du plus brillant représentant actuel du space opéra, Iain Banks.
La préface ne nous éclaire guère sur les éléments constitutifs du N.S.O [1]. Tout au plus peut-on souligner l’influence du cyberpunk sur certains textes : « Il ne s’agissait pas d’un simple désert, mais d’un désert sauvage : jamais terraformé, mais conçu comme un champ de bataille, son code source irrémédiablement entortillé, belligérant et indompté ». [2]
Outre l’incorporation des nouvelles technologies, les préfaciers soulignent aussi avec raison un virage idéologique. Le thème de la survie fait jeu égal avec la conquête de l’univers.
Cependant il faut créditer Gardner Dozois et Jonathan Strahan de l’honnêteté de leur démarche. Nous ne sommes pas en présence d’un recueil thématique, mais d’une sélection de textes guidée par le plaisir. Bref on a affaire à du space opera point barre.
Beaucoup de nouvelles appartiennent à un cycle romanesque. Cela indisposera l’amateur du genre, mais n’influe en rien sur la qualité des textes.
Les 18 récits de N.S.O s’inscrivent dans quatre thématiques habituelles du space opera :
• Aventures dans l’espace
Explorations, conflits... vaste courant auquel se rattachent les nouvelles de Jones, McAuley, Hamilton, Mac Leod, Daniel, Kelly, Reynolds, Rosenblum, Baxter, Williams, et Kress.
• Le théâtre de l’espace
Cette thématique regroupe les ouvrages dans lesquels la narration s’organise autour d’une mise en scène (2001, Dune, Trames, l’oeuvre de Varley, les Big Dumb Objects...). Les récits de Reed, Baker et Simmons y font explicitement référence.
• Hard science
Egan et Benford, avec des fortunes diverses, explorent ce courant Asimovien.
• Contes et légendes de l’espace
Recyclages en tout genre, poésie, le space opera devient sa propre mythologie comme dans les textes de Mc Donald et Silverberg.
Une nouvelle se détache du lot, Les fleurs de Minla d’Alastair Reynolds. Un voyageur se détourne de sa mission pour venir en aide à un peuple menacé d’extinction. Avec des moyens narratifs assez simples Reynolds raconte l’affrontement de deux personnages. Un très beau texte de facture classique.
Eclosion de Robert Reed évoque la survie d’humains sur la coque d’un vaisseau-monde gigantesque ou une créature extra terrestre non moins imposante s’est échouée. Plus que le récit, on retiendra ce tableau d’immensités incompréhensibles et fascinantes emboîtées les unes dans les autres.
Un conflit sans pitié à l’échelle de l’univers : voici ce que nous raconte Ian Mc Donald dans L’anneau de Verthandi. A la limite de la caricature, ce texte court bénéficie d’une écriture hors norme.
Place à l’inénarrable Greg Egan. Dans Gloire deux savants traversent la Galaxie à la recherche de vestiges d’une civilisation dont l’insigne mérite est d’avoir étudié les mathématiques pendant trois millions d’années. Mais comment s’y prendre pour franchir des parsecs quand on ne dispose ni de trous de vers, ni de porte des étoiles ? Ce pitch sur le Big Crunch se dévore d’une traite.
Il faut cependant attendre les textes novateurs de Tony Daniel La Vallée des jardins, Mary Rosenblum La reine des neiges, Peter Hamilton Béni par un ange et un peu en retrait de James Patrick Kelly - qui dans Scinder le continuum assimile homosexualité et posthumanité - pour tâter du NSO.
Plus classiquement Gwyneth Jones dans Les Réfugiés emprunte (un peu abruptement) la thématique identitaire défrichée jadis par J. Tiptree et c’est avec plaisir que l’on suit les pérégrinations martiennes et drolatiques d’une troupe théâtrale imaginée par Kage Baker (Maelström).
Nancy Kress, Paul McAuley, Walter Jon Williams, Stephen Baxter, MacLeod fournissent des récits classiques de bonne facture mais pas inoubliables.
Trois textes déçoivent : difficile de ne pas bailler au récit de la capture d’un trou de vers concocté par Gregory Benford (Un revers de fortune). Quant à la nouvelle de Robert Silverberg L’empereur et la Maula, c’est un recyclage des Contes des Mille et une Nuits plutôt poussif.
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Enfin, avec La Muse de feu, Dan Simmons clôt le recueil par un récit plus prétentieux que captivant. Une troupe de comédiens rescapés d’une Terre détruite, entreprend une tournée théâtrale devant des ET rebelles à Shakespeare. |
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[1] Au sujet du NSO, consulter le dossier du CC
[2] Tony Daniel, La Vallée des jardins