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Publié le 01/12/2007

Nec Deleatur de Frédéric Delmeulle

ED. INDEPENDANT, JUIL. 2007

Par K2R2

Un auteur inconnu, un éditeur tout aussi obscur et un titre improbable à consonance latinisante, voilà qui risque de ne pas favoriser la diffusion du premier roman de Frédéric Delmeulle, Nec Deleatur.
Si ce n’était un message sibyllin du très estimé Gérard Klein himself, sur la liste de diffusion sf-info, proposant une chronique éclair plus que flatteuse de ce roman. L’auteur doit donc une fière chandelle au directeur d’Ailleurs & Demain, sans lui, Nec Deleatur aurair probablement risqué de sombrer dans l’oubli le plus total. Ce qui, avouons le d’entrée, aurait été fort dommage.


Pour son premier roman, l’auteur propose une variation assez classique sur le thème du voyage dans le temps et du paradoxe temporel. Un thème manié et remanié à l’envi par les écrivain de science-fiction, mais qui bénéficie dans le cas présent d’une petite touche personnelle originale et d’une ambiance à la Jules Verne pas déplaisante.

L’histoire débute comme une enquête policière d’Hercule Poirot, dans un décor début de XXème siècle, sur fond de triple meurtre mystérieux. Deux journalistes spécialisés mènent leurs investigations. Mais cette première intrigue est rapidement mise de côté par l’auteur, qui nous entraîne dans les aventures temporelles du jeune Child Kachoudas et de son oncle, inventeur génial d’une machine à voyager dans le temps. La machine en question est un sous-marin nucléaire d’origine russe transformé en véhicule spatio-temporel de choc, capable de se matérialiser n’importe où à n’importe quelle époque [et pas forcément dans une fosse marine par 1000 mètres de fond].
L’ennui c’est que l’expérience foire et la première mission est un véritable désastre. Sous prétexte d’assister à la mort de l’empereur Trajan [en 117 de notre ère], les deux compères influencent le cours de l’histoire et empêchent Hadrien d’accéder à la tête de l’empire.
Affolés, les deux hommes, secondés par une intelligence artificielle qui prend un malin plaisir à revêtir l’apparence de Marlene Dietrich, décident d’explorer minutieusement les périodes postérieures, afin de détecter les anomalies temporelles générées par leur intervention malheureuse. Evidemment, c’est la catastrophe, ils assistent quelques décennies plus tard seulement à la chute de l’Empire romain sous la pression des peuplades barbares [1], pire encore, ils ne découvrent dans leurs incursions nulle trace du christianisme.

Leurs déductions et leurs explorations les emmènent à assister à la chute de la civilisation occidentale. En plein XIIIème siècle, Paris n’a guère dépassé le stade de l’oppidum et à la fin du XXème siècle, toute trace de civilisation a disparu du bassin parisien, occupé par une immense forêt tempérée...
La situation oblige donc nos deux explorateurs à tenter de réparer leurs erreurs ; puisqu’ils ont créé un nouvel embranchement temporel, il leur faut revenir au IIème siècle afin de rétablir le cours normal de l’histoire et rejoindre ainsi leur propre XX ème siècle, pollué et surpeuplé. Mais comme les choses ne sont jamais simples, le plan de secours foire lui aussi, plongeant nos deux compères dans un nouveau paradoxe temporel.

Deux impressions viennent rapidement submerger le lecteur. Premièrement, Nec Deleatur est très bien écrit et la relecture du manuscrit a été soignée. Ensuite l’ambiance est à mi-chemin entre un roman vernien et un bon récit de pulp, ce qui est franchement loin d’être déplaisant et compense en grande partie les quelques faiblesses du scénario [la fin est honnêtement un poil tirée par les cheveux]. L’auteur semble s’être documenté de manière sérieuse et sème à l’occasion quelques clins-d’oeil historiques plutôt amusants [une allusion notamment à la bête du Gévaudan], qui prouvent que tout ceci ne doit surtout pas être pris trop au sérieux.
Sans être culturellement inaccessible, Nec Deleatur est bourré de références culturelles et de clichés que l’auteur utilise de manière assez évidente et accessible à la majorité des lecteurs [Marguerite Yourcenar, Gaston Leroux ou Marlene Dietrich, c’est pas ce que l’on appelle de l’élitisme culturel]. D’ailleurs, l’auteur adapte parfaitement son écriture à la situation, en témoigne le changement radical de style entre les différents fils narratifs au début du roman.

La construction narrative plutôt complexe au départ [le premier tiers du bouquin], devient par la suite plus classique, mais la lecture du roman reste toutefois extrêmement dynamique ; les 500 pages de Nec Deleatur se parcourent à une vitesse étonnante et le lecteur est accroché dès les premiers chapitres. Bref, de la vraie bonne littérature de divertissement, bien écrite et rondement menée.


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Un premier roman étonnant et très plaisant, qui, s’il ne révolutionne en rien la science-fiction, ni même le thème du voyage dans le temps, s’avère suffisamment honnête pour mériter l’attention.
On pourra toujours reprocher à l’auteur quelques dialogues laborieux, voire quelques explications un peu trop didactiques, mais très sincèrement, ce sont là des défauts inhérents à nombre de nouveaux auteurs.
En tout état de cause, nous suivrons avec intérêt les prochains projets de Frédéric Delmeulle, en espérant cette fois qu’ils retiennent davantage l’attention des éditeurs et des lecteurs.


> A LIRE : L’interview de l’auteur, Frédéric Delmeulle
> A LIRE EGALEMENT : Un long extrait de Nec Deleatur sur le site de l’éditeur



NOTES

[1] Rappelons que le règne d’Hadrien fut une période faste pour l’empire, il stabilisa les frontières et contribua à maintenir la Pax Romana grâce à une politique d’apaisement ; la chute de l’empire n’intervint en réalité qu’au Vème siècle