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Publié le 01/09/2009

Nécroville de Ian McDonald

ÉD. J’AI LU, AOÛT 1996

Par Arkady Knight

« La première chose offerte par la nanotechnologie est la résurrection des morts. »
Corollaire de Tesler.

Quarante ans après la mise au point de ce miracle, les ressuscités constituent une classe sociale à part entière. Assujettis à la multinationale Tesler qui leur a permis de revenir à la vie, ils sont devenus la main d’œuvre du monde des vivants. Parqués dans le ghetto de leurs nécropoles, les morts attendent leur heure.


Tous les ans, le soir du 1er novembre, pour la fête des Morts, les vivants sont invités à pénétrer dans l’enceinte des Nécrovilles. Cette nuit-là, alors que la révolte gronde dans ces zones de non-loi, cinq amis prévoient de se retrouver dans la Nécroville Saint-Jean de Mexico – cinq humains encore vivants, rendus à un point crucial de leur existence : Santiago Columbar, un artiste neurochimiste populaire et extravagant ; Trinidad, une jeune femme oisive et désabusée ; Toussaint, l’héritier maudit de l’empire Tesler ; Camaguey, un biologiste endeuillé ; et Yo-Yo Mok une e-avocate fauchée.

Se déroulant le temps d’une nuit, Nécroville met en scène cinq destins croisés, sur fond de révolution sociale. À la façon de Dan Simmons dans Hypérion, l’écrivain britannique élabore une trame globale narrée par le biais de récits entrecroisés, relevant chacun d’un genre particulier.

Récit le plus important en regard du contexte, celui de Toussaint. Refusant l’héritage à venir de son père, le jeune homme est kidnappé par un groupe de terroristes qui l’obligent à les conduire au cœur du complexe Tesler. À travers le face-à-face entre Toussaint et son patrimoine, Ian McDonald développe le fonctionnement de ce nouveau capitalisme basé sur l’exploitation des morts, mettant ainsi en perspective une évolution technologique radicale (la nanotechnologie et la résurrection de la chair). À la fois explication et résolution d’une situation sociale inédite, McDonald utilise le récit de Toussaint comme dynamique principale de son roman.

Second récit politique de Nécroville, celui de Yo-Yo. Après avoir été déchue à tort du barreau pour tentative de corruption, l’avocate se retrouve contrainte d’accepter une mystérieuse affaire de la part d’une morte : enquêter sur le meurtre de celle-ci. Rapidement, elle découvre que sa commanditaire faisait des recherches biologiques sur la résurrection et que sa mort est effectivement loin d’être anodine. Avec ce récit, Ian McDonald se fait ouvertement plaisir en déroulant un polar cyberpunk façon Gibson, tout en imaginant un avenir plausible à nos réseaux virtuels.

Les trois autres récits de Nécroville sont indépendants des enjeux politiques du roman ; ils se tournent vers des considérations plus humaines. Dans celui de Trinidad, la jeune femme, attirée et intriguée par Salamanca, un étrange individu en quête de vengeance, s’enfonce dans les profondeurs de la cité des morts et de ses cultes clandestins. Via ce récit d’action à épisodes et à rebondissements, Ian McDonald explore les nouvelles religions des Nécrovilles. Quelle religion, quelle foi peuvent encore guider des humains qui ont franchi la barrière de la mort ?

En parallèle de la réflexion métaphysique du récit de Trinidad, Ian McDonald mène une réflexion philosophique autour de la mort. Son héros principal, Santiago Columbar, double émancipé de l’auteur, est un neurochimiste au sommet de sa gloire, dans une société où la drogue a été élevée au rang d’art. Ayant repoussé les perceptions humaines au-delà de toutes limites, il lui reste à explorer l’ultime frontière : celle de la mort. Pour conduire cette exploration, il requiert l’aide d’une bande de motards infernaux qui l’entraînent dans une chasse à l’homme sanglante.

Dernier récit de Nécroville, le plus marquant et le plus touchant, celui de Camaguey. Dans ce récit de science-fiction intimiste, Ian McDonald observe les conséquences de la résurrection des morts du point de vue de l’amant – un angle d’attaque similaire à celui de Robert Silverberg dans sa novella « Né avec les morts ». Son amante disparue, la vie de Camaguey perd tout sens, et cette nuit de la fête des Morts, il erre dans la Nécroville, dans l’attente de son propre trépas.

Tour de force magistral, le Nécroville de Ian McDonald éblouit sur sa forme – la traduction de Jean-Pierre Pugi est irréprochable – et passionne sur son fond, tout autant dans la vision saisissante du futur proposée que dans la narration alternée de cinq destinées ordinaires le temps d’une nuit extra-ordinaire.
Sans retenue, sans pudeur, McDonald va jusqu’au bout de son sujet et fait de Nécroville l’une de ses meilleures œuvres (la meilleure si on s’en tient aux publications françaises), un roman de science-fiction dont l’éclatante modernité a, encore aujourd’hui, de quoi faire pâlir tous les auteurs du genre.


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Ian McDonald a assimilé tous les enjeux de la science-fiction moderne, pour les dérouler sous les feux d’un long cortège funèbre, en une frénésie d’images et de sensations. Si ça va trop vite, c’est que vous êtes trop vieux.