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C’est le roman qui a révélé Jeff NOON au Royaume-Uni, la première plume d’un cauchemar trash et poétique qui s’est depuis développé sur quatre romans.
Se plonger dans Vurt, c’est donc assister à la naissance d’un monde glauque et superbe. L’expérience est intense car l’univers noonien est certainement un des plus déboussolants qu’il nous ait été donné d’explorer ces dix dernières années.
Vurt a reçu le Prix Arthur C. CLARKE 1994
La critique de Vurt

"Beaucoup disent que je suis la seule vraie grenouille, essentiellement pour se payer ma tête. Il y a deux autres amphibiens améliorés comme moi, mais nous ne parlons pas la même langue. C’est d’ailleurs pour cela que les mauvais esprits m’appellent "LA" grenouille ; car je suis la seule française.
Et il y a autre chose : de tous les animaux améliorés à coup d’implants, et dont certains ont des mains leur permettant d’effectuer des travaux plus complexes que moi, je suis le seul qui écrit des livres."
Les agents de l’Unité 3, Mary Gentle, Brian Taylor et les autres, n’ont pas froid aux yeux : ils sont beaux, courageux, vifs, prêts à mettre leur vie en danger pour protéger l’intantiel et les animaux modifiés. Ils ont la science du combat à mains nues comme de la navigation en espace virtuel. Ils s’habillent à la mode des sixties, et on les imagine la mèche bien en place même en pleine fusillade. Il faut dire qu’ils sont des êtres de fictions, nés dans le cerveau modifié de la seule grenouille qui fasse profession de littérature, Harry.
En revanche, Harry, lui, a des soucis très quotidiens. Il tombe trop vite amoureux de jeunes femmes... qui le lui rendent mal. Ses confrères animaux modifiés sont loin depuis que Michèle, la vache, est parti vivre en Espagne avec son éleveur, Carlos - quant au lapin Thierry, il a complètement disparu... et les rares lettres échangées ne font pas de cette Basse-cour intelligente une communauté soudée. Harry ne trouve pas vraiment sa place... bon, il est ami avec Thomas PYNCHON, mais ça ne remplit pas une vie... Heureusement qu’il a ses bouquins... l’Unité 3, Mary Gentle, les terroristes, la fiction... la fiction ?
"Neurotwistin’ " se lit sur deux niveaux. L’un est réussi l’autre, beaucoup moins. Il y a "Neurotwistin’ ", le feuilleton. Une intrigue cyberpunk fortement dosée en parodie de film d’espionnage, qui n’est pas la moitié la mieux maîtrisée du roman. Ces épisodes d’action pures louchent vers Bruce STERLING mais ressemblent le plus souvent à une série télé à petit budget. Poursuite en voiture, jeu de cache-cache dans un train, fusillade autour d’un chalet, les scènes ont des airs de grands classiques aux limites du déjà-vus. Et, Laurent QUEYSSI ne nous en voudra pas, les multiples références musicales et littéraires qu’il a semé en route - avec une désinvolture parfois maladroite - n’enrichissent par une intrigue tristement linéaire. Peut-être, au contraire, le roman se disperse-t-il trop à vouloir jouer de toutes les ficelles à la fois. Enfin, quelle est l’utilité réelle - au niveau informatif autant qu’artistique - de la demi-douzaine d’illustrations qui accompagnent inégalement le texte ? Moins, parfois, c’est mieux.
Ce qui sauve "Neurotwistin’ ", c’est le deuxième niveau de lecture : en parallèle au feuilleton, il y a les états d’âme de son auteur, Harry, la grenouille neurasthénique. Et là, bravo. Bravo pour ces pages de surréalisme tordu qui voit un batracien s’interroger sur le sens de la vie et sur ses sentiments tendres. QUEYSSI a réussi à faire de Harry une grenouille pensante crédible et touchante ! Egalement réussi, le jeu sur les formats d’écriture [lettres, journal intime, feuilleton, synopsis de cinéma] qui a l’avantage de casser le récit et d’étendre la palette des styles. Et certaines idées développées [la motivation des terroriste, la façon dont les deux récits finissent par se rejoindrent...] s’avèrent - en fin de roman - bien plus complexes qu’elles ne paraissaient à première vue.
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Soyons indulgent : le premier roman de Laurent QUEYSSI a le charme indéfinissable des premiers romans et on ne peut pas lui en vouloir de ne pas maîtriser complètement son intrigue, en particulier la part de l’explicite et du non-dit ; car c’est avec une fraîcheur enthousiasmante que sont projetés dans ces pages bon nombre d’idées épatantes, un plaisir d’écriture évident, l’audace des débutants à se laisser porter par l’envie. Les textes de la grenouille-écrivain Harry, les meilleurs à notre goût, ont des fulgurances surréalistes qui frôlent la poésie. Cela seul suffirait à motiver l’intérêt pour les prochains écrits de Monsieur QUEYSSI. |
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