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Publié le 01/07/2007

« Nid de coucou » de David CALVO

ED. LES MOUTONS ÉLECTRIQUES, JUIN 2007

Par Mr.C Par Shinjiku

Poursuivant sa carrière aux Moutons électriques, David CALVO progresse dans son exploration du sous-monde néo-libéral qui jalonnent le nôtre, sage et démocratique comme chacun sait, sans que nous ayons même conscience [ou est-ce l’inverse ?]


Le lecteur vicieux, ou bibliothécaire, va évidemment se jeter consciencieusement sur la dernière page de l’ouvrage ; il constatera, non sans désarroi, que de nombreuses nouvelles qui composent ce recueil ont déjà été éditées ailleurs, au Fleuve Noir, chez Mnémos ou dans la revue Yellow Submarine par exemple. Ce très joli livre à la couverture si attirante ne serait-il alors qu’une somme de textes déjà lus ?

Le fait est que David CALVO a ajouté à ces textes de base une foultitude d’éléments nouveaux : nouvelles inédites, textes réflexifs, autobiographiques ou déjantés, mais aussi photos, dessins et cartes, qui s’immiscent entre « John Frog » [les déboires du gnafron John après un désanchantement raté par un sorcier M’bsi], « Iceblink Blunk » [enquête à la Columbo au pays des bonhommes de neige], « Davy Jone’s Locker » [Frank Sinatra n’est pas celui que vous croyez] et les autres fictions déjà connues. on a donc ici 60% [estimation très personnelle] d’anciens textes - remaniées et augmentés de façon à donner de la cohérence à l’ensemble.
Insidieusement, les 40% ajoutés tissent une toile entre les principales nouvelles, et les liens ainsi formés créent une idée générale qui s’installe dans un coin de tête et dépasse la narration - finalement classique [on a là, même sous leur forme la plus absurde et déjantée, du polar humoristique à la CHESTERTON, de l’aventure, du post-moderne, de l’introspection]. Les trames, déjà savoureuses, prennent une dimension supplémentaire et c’est toute l’histoire, rassemblée par fragments, de ce continent merveilleux qu’est le Gondwanaworld, qui s’étale sous nos yeux.

"NOUS PENSONS QU’ABANDONNER L’ESPOIR D’UN AILLEURS EST UNE PREUVE D’INTELLIGENCE, MAIS LA VERITABLE INTELLIGENCE SERAIT PLUTOT D’APPRENDRE A DOUTER CORRECTEMENT"

L’histoire justement, c’est ça : Casimir [si si, souvenez vous, « L’Ile aux enfants »] n’est pas que le gentil dinosaure agrumé que vous pensez connaître ; il est aussi [surtout ?] le tyran totalitaire d’un monde que nous pressentons sans connaître, le Gondwanaworld, méta-post-Pangée qui abrite tout ce que l’homme a pu rêver/cauchemarder de mythes par le biais de la culture de masse.

Toute la complexité, le paradoxe et l’intérêt du travail de David CALVO réside dans sa fascination/répulsion pour ces mythes, ces substituts mystiques et religieux crées par l’Occident depuis l’après-guerre. Il nous prend par la main, nous montre en quoi tout ce qu’il raconte depuis ses débuts est complètement lié, si logiquement absurde, et plus riche en réflexion que ce que son iconoclasme de surface pourrait laisser supposer ; nonobstant, il nous lâche au milieu d’aventures loufoques, avant de nous ramèner la main sur le fil rouge pour continuer...

En cela, « Nid de coucou » dépasse une certaine « Cité des Saints et des Fous » du brillant Jeff VANDERMEER, lequel proposait lui aussi un agencement foutraque de textes, mais sans jamais les relier par un sous-texte et, finalement, sans raconter quoi que ce soit, bien que le résultat final soit plus touffu, et son monde plus épais.
Il y a chez CALVO, au-delà du delirium, des personnages de cartoooons, de Casimir, du Grand Coucou et de la Jabule, une épaisse mélancolie de la victime des rêves d’enfants manipulés. Une mélancolie qui nous atteint parce qu’il n’est pas impossible qu’elle soit générationnelle.


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Somme habilement rassemblée, recomposée et illustrée de très bonnes nouvelles, « Nid de coucou » nous enfonce plus encore dans l’univers, pas si désordonné que ça, de David CALVO, dépasse son cadre, déborde sur la para-littérature et nous laisse une des plus fortes impressions de lecture de l’année à ce jour.